‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 136 sur 174 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

mines, la disette des subsistances amena la famine 4 507 qui en fit mourir un grand nombre. Pour compléter la désolation , les babitants furent attaqués de différentes maladies , dont les unes étaient occasionnées par les fatigues auxquelles on les condamnait , et les autres étaient l'effet de leur commerce avec les Européens. Les Espagnols se voyant ainsi privés par degrés des bras dont ils étaient accoutumés à se servir, il leur fut impossible d'étendre plus loin les progrès de leur établissement et même de continuer les ouvrages qu'ils avaient commencés. Pour apporter un prompt remède à un état si alarmant, Ovando proposa de transporter à l'Espagnola 4 508 les babitants des îles Lucayes, sous prétexte qu'il serait plus aisé de les civiliser et de les instruire dans la religion chrétienne lorsqu'ils seraient unis à la colonie espagnole, sous l'inspection immédiate des missionnaires qui y étaient établis. Ferdinand, trompé par cet artifice , ou disposé peut-être à se prêter à un acte de violence que la politique lui représentait comme nécessaire, consentit à la proposition. On équipa plusieurs vaisseaux pour les Lucayes; les commandants, qui savaient la langue du pays , dirent aux habitants qu'ils venaient d'une contrée délicieuse où résidaient leurs ancêtres défunts , et que ceux-ci les invitaient à s'y rendre afin de partager le bonheur dont ils jouissaient. Ces hommes simples et crédules écoutaient avec admii. 16

'i[\i histoire du l'Amérique.

i 508 ration ces récits merveilleux : empressés d'aller voir leurs parents et leurs amis dans l'heureuse région dont on leur parlait, ils suivirent avec plaisir les Espagnols. Cet artifice en fît passer quarante mille à l'Espagnola, où ils allèrent partager les souffrances des habitants de l'île, et mêler leurs pleurs et leurs gémissements avec ceux de cette race infortunée '.

Découvertes Les Espagnols avaient pendant quelque temps et nouveaux p0Uss^ leurs travaux dans les mines de PEspacnola

établissements L .

avec tant d'ardeur et de succès que cet objet paraissait avoir absorbé toute leur attention. L'esprit de découverte languissait, et depuis le dernier voyage de Colomb aucune entreprise de quelque importance n'avait été formée. Mais la diminution des Indiens faisant sentir l'impossibilité de s'enrichir dans cette île avec autant de rapidité qu'auparavant , cette considération détermina les Espagnols à chercher des contrées nouvelles oîi leur avidité pût trouver à se satisfaire avec plus de facilité. Jean Ponce de Léon ? qui commandait sous Ovando dans la partie orientale de l'Espagnola 9 passa dans l'île de Saint- Jean de Porto- Rico \ que Colomb avait découverte à son second voyage , et pénétra dans l'intérieur du pays. Comme il trouva un sol fertile et

(i) Herrera, Dcccd. /, lié. VII, cap. 3. Oviedo, Ub. III, cap. 6. Gomara, Ilist. cap. 41.

(2) Jean Ponce, né dans la province de Léon, passa dans l'île de Porto-Kico, en i5o8. (D. L. II.)

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