LIVRE TROISIÈME. ll\r
Le nouveau gouverneur s'occupa ensuite de suivre 4 509 l'instruction qu'il avait reçue du roi pour l'établisse- Jjes à Cub^ ment d'une colonie à Cubagua , petite île que Colomb gua. avait découverte à son troisième voyage. Quoique ce fût un terrain stérile qui pouvait à peine fournir la subsistance de ses malheureux habitants, on trouvait sur les cotes une si grande quantité de ces huîtres qui produisent les perles que cette île ne put*pas échapper aux recherches des avides Espagnols , qui s'y portèrent bientôt en foule. Il se fit des fortunes considérables par la pêche des perles ? qui fut suivie avec une ardeur extraordinaire. Les Indiens , surtout ceux des îles Lucayes , furent obligés de plonger au fond de la mer pour y prendre ces huîtres, et cette occupation , aussi dangereuse que malsaine ? fut une nouvelle calamité qui ne contribua pas peu à la destruction de cette race infortunée1.
Vers cette même époque , Jean Diaz de Solis et Nouveaux Pinson s'embarquèrent ensemble pour un second v°yaSesvoyage. Ils cinglèrent directement au sud, vers la ligne équinoxiale que Pinson avait précédemment traversée, et s'avancèrent jusqu'au quarantième degré de latitude méridionale. Ils furent étonnés de trouver que le continent de l'Amérique s'étendait à leur droite à travers toute cette vaste étendue de l'Océan. Ils débarquèrent en différents endroits pour en prendre possession au nom de leur souverain; mais
(i)Hèrrera, Decad. I, lib, Vlly cap. 9, Gomara, Èiat cap. 78.
Si4B HISTOIRE DE l' AMERIQUE.
1509 quoique le pays leur parût très fertile et les invitât à s'y arrêter, comme leur armement avait été destiné à faire des découvertes plutôt que des établissements, ils n'avaient pas assez de monde pour laisser des colonies nulle part. Leur voyage servit cependant à donner aux Espagnols des idées plus justes et plus grandes sur l'étendue de cette nouvelle portion du globe \ Première Quoiqu'il se fût écoulé plus de dix ans depuis que tentative d un Q0lomD avait découvert le continent de l'Amérique .
établissement .
sur le conti- les Espagnols n'y avaient encore fait aucun établisueilt- sèment. Ce fut alors qu'on tenta sérieusement et
avec vigueur ce qui avait été si long-temps négligé ; mais le plan de cette entreprise ne fut ni formé par la couronne ni exécuté aux dépens de la nation ; ce fut l'ouvrage de l'audace et des spéculations de quelques aventuriers. La première idée de ce projet vint d'Alonzo d'Ojeda, qui avait déjà fait deux voyages pour tenter des découvertes et qui s'y était acquis beaucoup de réputation, mais point de fortune. L'opinion qu'il avait donnée de son courage et de sa prudence lui procura aisément des associés qui fournirent les fonds nécessaires pour les dépenses de l'expédition. Vers le même temps, Diego de Nicuessa, qui avait acquis une grande fortune àl'Espagnola, conçut un semblable dessein. Ferdinand encouragea l'un et l'autre ; il ne voulut pas , il est vrai , leur avan-
£i) Herrera, Decad. /, lié, VU, cap. 9.