LIVRE TROISIÈME
cer la plus légère somme , mais il leur prodigua les 4 509 titres et les patentes. Il érigea sur le continent deux gouvernements , dont l'un s'étendait depuis le cap de Vêla jusqu'au golfe de Darien , et l'autre depuis ce golfe jusqu'au cap Gracias à Dios. Le premier fut donné à Ojeda, le second à Nicuessa. Ojeda équipa un vaisseau et deux brigantins , montés de trois cents hommes, et Nicuessa six vaisseaux avec sept cent quatre-vingts hommes. Ils mirent à la voile de Santo-Domingo vers le même temps pour se rendre à leurs gouvernements respectifs. Afin de donner quelque apparence de validité à leurs titres de propriété sur ces contrées , plusieurs des plus célèbres théologiens et jurisconsultes d'Espagne furent employés à prescrire la manière dont on devait en prendre possession '. L'histoire du genre humain n'offre rien de plus singulier ni de plus extravagant que la forme qu'ils imaginèrent pour remplir cet objet. Les chefs des deux expéditions devaient, en débarquant sur le continent , annoncer aux naturels les principaux articles delà foi chrétienne; les informer en particulier de la juridiction suprême du pape sur tous les royaumes de la terre ; les instruire de la concession que le saint pontife avait faite de leur pays au roi d'Espagne ; les requérir d'embrasser les dogmes de cette religion qu'on leur faisait connaître, et de se soumettre au souverain dont on leur
(i) Hetrera, Dccad. I, lib. Vil, cap. i5.
2 5o HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
1509 annonçait l'autorité. S'ils refusaient d'obéir à cette sommation , dont il était impossible à un Indien de comprendre seulement les termes, alors Ojeda et Nieuessa étaient autorisés à les attaquer avec le fer et le feu; à les réduire en servitude, eux, leurs femmes et leurs enfants ; à les obliger par la force à reconnaître la juridiction de l'église et l'autorité du roi d'Espagne, puisqu'ils ne consentaient pas à le faire volontairement '.
Désastres H était difficile aux habitants du continent de 5 „ donner tout d'un coup leur assentiment à une doc-
de cette en- 1
treprise. trine trop subtile pour des esprits sans culture, et qui leur était expliquée par des interprètes peu instruits de leur langue ; il ne leur était pas plus aisé de concevoir comment un prêtre étranger, de qui ils n'avaient jamais entendu parler, pouvait avoir quelque droit de disposer de leur pays , ni comment un prince inconnu pouvait s'arroger une juridiction sur eux comme sur ses sujets ; aussi s'opposèrentils vigoureusement à l'invasion de leurs territoires. Ojeda et Nieuessa tâchèrent de conquérir par la force ce qu'ils ne pouvaient obtenir par la persuasion. Les écrivains contemporains ont rapporté leurs opérations avec les plus grands détails ; mais, comme ils n'ont fait aucune découverte importante ni fondé aucun établissement permanent , ces événements ne méritent pas de tenir une place consi-
(i) Voyez la noie 28.