‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 141 sur 174 · LIVRE TROISIÈME. 2$I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. 2$I

dérable dans l'histoire générale d'une époque où 4 509 une valeur romanesque, luttant sans cesse contre des obstacles presque insurmontables, distingue toutes les entreprises des armes espagnoles. Les habitants des pays dont Ojeda et Nicuessa allaient prendre le gouvernement se trouvèrent d'un caractère fort différent de celui des habitants des îles. Ils étaient guerriers et féroces. Leurs flèches étaient trempées dans un poison si violent que chaque blessure était suivie d'une mort certaine : dans un seul combat ils firent périr plus de soixante-dix des compagnons d'Ojeda, et, pour la première fois, les Espagnols apprirent à redouter les habitants du Nouveau- Monde. Nicuessa trouva de son côté un peuple également déterminé à défendre ses possessions et dont rien ne put adoucir la férocité. Les Espagnols eurent en vain recours à toute sorte de moyens pour les flatter et pour gagner leur confiance ; ils refusèrent de former aucune liaison et d'entrer en aucun commerce d'amitié avec des étrangers dont ils regardaient la résidence parmi eux comme. funeste à leur liberté et à leur indépendance. Quoique cette haine implaca- 4 5 1 0 ble des naturels rendît aussi difficile que dangereuse la formation d'un établissement dans leur pays , la persévérance des Espagnols , la supériorité de leurs armes et leur habileté dans l'art de la guerre auraient pu, avec le temps, surmonter cet obstacle ; mais tous les désastres qu'on peut imaginer

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1510 s'accumulèrent sur eux et parurent se combiner pour combler leur ruine. La perte de leurs vaisseaux , que divers accidents firent périr sur une cote inconnue; les maladies particulières à un climat, le plus malsain de toute l' Amérique; le défaut de subsistances, inévitable dans un pays mal cultivé; les divisions qui s'élevèrent entre eux, et les hostilités continuelles des habitants , les enveloppèrent dans une succession de calamités dont le simple récit fait frémir d'horreur. Quoiqu'ils eussent reçu de l'Espagnola deux renforts considérables , la plus grande partie de ceux qui s'étaient engagés dans cette malheureuse expédition périrent en moins d'un an dans la plus affreuse misère. Le petit nombre de ceux qui survécurent formèrent une faible colonie à Santa-Maria el Antigua , sur le golfe de Darien , sous le commandement de Vasco Nugnès de Balboa. Cet Espagnol déploya dans les occasions les plus critiques un caractère de valeur et de prudence qui lui mérita d'abord la confiance de ses compatriotes, et le fit désigner pour être leur chef dans des entreprises plus brillantes et plus heureuses. Ce n'était pas le seul Espagnol de cette expédition qui fût destiné à se montrer ensuite avec éclat dans des circonstances plus importantes. François Pizarre était un des compagnons d'Ojeda; ce fut à cette école d'adversité qu'il acquit ou perfectionna les talents auxquels on doit les actions extraordinaires

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