LIVRE TROISIÈME
qu'il exécuta dans la suite. Fernand Cortès, dont 4540 le nom est devenu encore plus fameux, s'était engagé de bonne heure dans cette entreprise qui avait fait prendre les armes à toute la valeureuse jeunesse de l'Espagnola ; mais le bonheur constant qui l'accompagna dans ses aventures postérieures le déroba dans celle-ci aux désastres auxquels ses compagnons furent exposés. Il tomba malade à Santo-Domingo avant le départ de la flotte, et cette indisposition l'empêcha de s'embarquer '.
L'issue malheureuse de cette expédition ne décou- , ;°"{lll(,'e
1 de Cuba.
ragea point les Espagnols et ne les empêcha point de former de nouvelles entreprises du même genre. Lorsque les richesses s'acquièrent par degrés par la persévérance de l'industrie , ou s'accumulent par les lentes opérations d'un commerce régulier, les moyens qu'on emploie sont tellement proportionnés à leur effet qu'il n'en résulte rien qui puisse frapper l'imagination et exciter les facultés de l'ame à des efforts extraordinaires. Mais lorsqu'on voyait de grandes fortunes s'élever presque dans un instant; lorsqu'on voyait l'or et les perles s'échanger pour des bagatelles; lorsque les pays où se trouvaient ces précieuses productions, défendus seulement par des sauvages, devenaient la proie du premier aventurier qui avait de l'audace , des circonstances si ex-
(i) HervcrdL, Dccad. I, lib.VU, cap. •>.. Gomara, I/ist., cap. 5;, 58, 5q. Bonson, Hist.,lib. I, cap. 18-23. P. Martyr. Decad. 122.
451 o traordinaires et si séduisantes ne pouvaient manquer d'enflammer l'esprit entreprenant des Espagnols, et de les précipiter en foule vers cette nouvelle route ouverte aux richesses et aux honneurs. Tant que cet esprit conserva sa force et son ardeur, toutes les tentatives de découverte ou de conquête furent applaudies, et de nouveaux aventuriers s'y engagèrent à l'envi les uns des autres. La passion de nouvelles entreprises, qui caractérise cette époque des découvertes à la fin du quinzième et au commencement du seizième siècle, aurait suffi pour empêcher les Espagnols de s'arrêter dans leur carrière : mais des événements arrivés dans le même temps àl'Espagnola concoururent à étendre leur navigation et leurs conquêtes. La rigueur avec laquelle on avait traite les habitants de cette île en ayant presque entièrement éteint la race , plusieurs des colons espagnols se virent dans l'impossibilité, comme je l'ai déjà observé , de continuer leurs travaux avec la même vigueur et le même avantage , et furent obligés de chercher des établissements dans quelques pays où les naturels n'eussent pas été détruits par l'oppression. D'autres, entraînés par cette légèreté inconsidérée , si naturelle aux hommes qui font des fortunes rapides, avaient dissipé par une folle prodigalité ce qu'ils avaient acquis sans peine, et la nécessité les forçait à s'engager dans les entreprises les plus hasardeuses pour rétablir leurs affaires. Lorsque don