LIVRE TROISIÈME
Diego Colomb se proposa de conquérir l'île de Cuba \ 5 H et d'y établir une colonie , les différentes causes que je viens d'exposer déterminèrent plusieurs colons les plus distingués de l'Espagnola à entrer dans ce projet. Il confia le commandement des troupes destinées pour l'expédition à Diego Vélasquès, qui avait accompagné son père dans son second voyage, et qui était depuis long-temps établi à l'Espagnola , où il avait acquis une fortune considérable, et une telle réputation d'babileté et de prudence , que personne ne paraissait plus propre à conduire une expédition importante. Trois cents hommes parurent suffisants pour faire la conquête d'une île très peuplée et qui avait plus de sept cents milles de longueur ; mais les naturels en étaient aussi peu belliqueux que ceux de l'Espagnola. Ils furent intimidés par la seule vue de leurs nouveaux ennemis, et ne songèrent à opposer aucune résistance : quoique depuis le temps où les Espagnols avaient pris possession de l'île voisine ils dussent s'attendre a une descente sur leur territoire, aucune des petites bourgades entre lesquelles Cuba était partagée n'avait fait des dispositions pour se défendre ; aucune mesure n'avait été prise pour la sûreté commune. La seule opposition que les Espagnols rencontrèrent fut de la part d'Hattuey , cacique qui s'était enfui de l'Espagnola et avait pris possession de l'extrémité orientale de Cuba. Il se mit sur la défensive dès leur
\ 51 \ premier débarquement et tâcha de les repousser vers leurs vaisseaux; mais sa faible troupe fut bientôt rompue et dispersée , et le cacique lui-même ayant été fait prisonnier, Vélasquès, suivant la barbare maxime des Espagnols 9 le regarda comme un esclave qui avait porté les armes contre son maître, et le condamna a être brûlé. Lorsque Hattuey fut attacbé au poteau, un moine franciscain s'efforçait de le convertir, en lui promettant qu'il jouirait sur-lechamp de toutes les délices du ciel , s'il voulait embrasser la foi chrétienne. « Y a-t-il quelques Espace gnols , dit Hattuey après un moment de silence , « dans ce séjour de délices dont vous me parlez ? « — Oui , répondit le moine , mais ceux-là seulement « qui ont été justes et bons. — Le meilleur d'entre « eux , répliqua le cacique indigné , ne peut avoir « ni justice, ni bonté; je ne veux pas aller dans un « lieu où je rencontrerais un seul homme de cette race « maudite1.» Cet exemple effrayant de vengeance frappa les habitants des différentes provinces de Cuba d'une si grande terreur qu'ils tentèrent à peine de mettre quelque opposition au progrès de leurs ennemis , et Vélasquès réunit, sans perdre un seul homme2,
(i) B. de Las Casas, pag. 40.
(2) Les habitants de la province de Mayci, où résidait le cacique, se soumirent , il est vrai , sans résistance ; mais il n'en fut pas de même des habitants des autres provinces de l'île de Cuba, et, à moins que les Espagnols fussent invulnérables, il en dut périr un certain nombre, puisqu'on i5ia Pamphile de Narvaez , né comme Vélasquès dans le