LIVRE TROISIÈME. â6l
« troubler la tranquillité des peuples qui sont si 1512 « loin de vous, je vous conduirai dans un pays où, « le métal qui paraît être le grand objet de votre « admiration et de vos désirs est si commun , que « les plus vils ustensiles en sont faits. » Ravis de ce qu'ils entendaient, Balboa et ses compagnons demandèrent avec empressement où était cette heureuse contrée et comment ils pourraient y arriver. Le cacique leur apprit qu'à la distance de six soleils, c'est-à-dire de six jours de marche vers le sud, ils découvriraient un autre Océan près duquel cette riche contrée était située ; mais que s'ils se proposaient d'attaquer ce royaume puissant , ce ne pouvait être qu'avec des forces très supérieures à celles qu'ils avaient alors1.
Ce fut la première indication que reçurent les projet de Espagnols du grand Océan méridional et du riche et vaste pays connu ensuite sous le nom de Pérou. Balboa eut alors devant lui des objets dignes de son ambition sans bornes et de l'audacieuse activité de son génie. Il conclut sur-le-champ que l'Océan dont parlait le cacique était celui que Colomb avait cherché dans cette même partie de l'Amérique , dans l'espérance de s'ouvrir par là une communication plus directe avec les Indes orientales; et il conjectura que la riche contrée dont on lui faisait la des-
(1) Herrera, Decad. I, lib. IX, cap. %. Gomara, cap. 60. P, Martyr, Decad. p. T49.
Balboa.
-1512 cription devait être une partie de cette grande et opulente région de la terre. Flatté de l'idée d'exécuter ce qu'un si grand homme avait en vain entrepris, et empressé d'effectuer une découverte qui ne devait pas être moins agréable au roi qu'utile à son pays , il attendit avec impatience le moment de partir pour cette expédition , auprès de laquelle tous ses premiers exploits paraissaient être de peu d'importance. Mais il fallait faire des arrangements et des préparatifs indispensables pour s'assurer du succès. Il commença par solliciter et gagner l'amitié des caciques voisins. Il envoya quelques-uns de ses officiers à l'Espagnola avec une grande quantité d'or, qui était à la fois la preuve du succès qu'il avait déjà eu et l'annonce de ceux qu'il se promettait encore. Les présents qu'il en fit, distribués à propos , lui méritèrent la protection du gouvernement et attirèrent beaucoup de volontaires à son service. Dès qu'il eut reçu de cette île le renfort considérable qu'il en attendait, il se crut en état de tenter son expédition. Difficultés L'isthme de Darien n'a pas plus de soixante milles
dans l'exécu- • 1 ..1 j • ».
de largeur; mais cette langue de terre qui unit ensemble le continent méridional de l'Amérique avec le septentrional est fortifiée par une chaîne de hautes montagnes qui s'étendent dans toute sa longueur, et en font une barrière assez solide pour résister à l'impulsion des deux mers opposées. Les montagnes sont couvertes de forêts presque inaccessibles. Dans