‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 147 sur 174 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

ce climat humide , où il pleut pendant les deux tiers 1512 de l'année , les vallées sont marécageuses et si fréquemment inondées ? que les habitants se trouvent, en plusieurs endroits , dans la nécessité de bâtir leurs maisons sur des arbres, afin de s'élever à quelque distance au-dessus d'un sol humide et des reptiles qui s'engendrent dans les eaux corrompues '. De grandes rivières se précipitent avec impétuosité des montagnes. Cette région n'était peuplée que de sauvages errants et en petit nombre , et la main de l'industrie n'y avait rien fait pour corriger ou adoucir ces inconvénients naturels. Dans cet état de choses , tenter de traverser un pays inconnu , sans avoir d'autres guides que des Indiens sur la fidélité desquels on ne pouvait guère compter, était l'entreprise la plus hardie que les Espagnols eussent encore formée dans le Nouveau-Monde. Mais l'intrépidité de Balboa était si extraordinaire qu'elle le distinguait de tous ses compatriotes dans un temps où le dernier des aventuriers se faisait remarquer par son audace et par son courage. Il joignait à la bravoure la prudence , la générosité , l'affabilité et ces talents populaires qui dans les entreprises les plus téméraires inspirent la confiance et fortifient l'attachement. Cependant, après la jonction des volontaires de l'Espagnola, il ne put rassembler que cent quatre-vingt-dix hommes pour son expédition ; mais

(1) P. Martyr. Dccad. p. i58.

^ 51 3 c'étaient des vétérans robustes , accoutumés au climat de l'Amérique et prêts à le suivre au milieu des plus grands dangers. Ils se firent accompagner de mille Indiens qui portaient leurs provisions ; et , pour compléter leur armement de guerre, ils emmenèrent avec eux plusieurs de ces chiens féroces si formidables pour des ennemis entièrement nus.

il découvre Balboa se mit en marche pour cette grande expéla mer du Su - dition le Ier septembre, vers le temps où les pluies périodiques commençaient à diminuer. Il se rendit par mer sans aucune difficulté sur le territoire d'un cacique dont il avait gagné l'amitié; mais il n'eut pas plutôt commencé à pénétrer dans la partie intérieure du pays qu'il se trouva retardé dans sa marche par tous les obstacles qu'il avait eu lieu de craindre , tant de la nature du terrain que de la disposition des habitants. A son approche, quelques caciques s'enfuirent avec tous leurs sujets vers les montagnes, emportant avec eux ou détruisant tout ce qui pouvait servir à la subsistance des troupes espagnoles. D'autres rassemblèrent leurs sujets pour s'opposer à Balboa , qui ne tarda pas à sentir combien il lui serait difficile de conduire un corps de troupes au milieu de nations ennemies , à travers des marais , des rivières et des bois qui n'avaient jamais été franchis que par des sauvages errants. Mais en partageant toutes les fatigues d'une pareille marche avec le dernier de ses soldats , en se montrant tou-

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