‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 148 sur 174 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

jours le premier au danger, et en leur promettant 4 515 avec confiance plus de gloire et de richesses que n'en avait jamais mérité le plus heureux de leurs compatriotes , il savait si bien échauffer leur enthousiasme et soutenir leur courage , qu'ils le suivaient sans murmurer. Ils avaient pénétré assez avant dans les montagnes, lorsqu'un cacique puissant se présente avec un corps nombreux de ses sujets pour défendre le passage d'un défilé; mais des hommes accoutumés à vaincre de si grands obstacles ne pouvaient être arrêtés par de si faibles ennemis. Ils attaquèrent les Indiens avec impétuosité et continuèrent leur marche après les avoir dispersés sans beaucoup de peine et en avoir fait un grand carnage. Quoique leurs guides leur eussent dit qu'il ne leur fallait que six jours pour traverser l'isthme dans sa largeur, ils en avaient déjà passé vingt-cinq à se frayer un chemin à travers les bois et les montagnes. Plusieurs d'entre eux étaient prêts à succomber sous les fatigues continuelles de cette marche dans un climat brûlant ; plusieurs furent attaqués des maladies particulières au pays , et tous étaient impatients d'arriver au terme de leurs travaux et de leurs souffrances. Enfin les Indiens les assurèrent que du sommet de la montagne la plus voisine ils découvriraient l'Océan qui était l'objet de leur désir. Lorsqu'après des peines infinies ils eurent gravi la plus grande partie de cette montagne escarpée \ Balboa fit faire

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1513 halte à sa troupe et s'avança seul au sommet, afin de jouir le premier d'un spectacle qu'il désirait depuis si long- temps. Dès qu'il aperçut la mer du Sud s'étendant devant lui dans un horizon sans bornes, il tomba à genoux, et, levant les mains vers le ciel, il rendit grâces à Dieu de l'avoir conduit à une découverte si avantageuse pour son pays et si glorieuse pour lui-même. Ses com pagnons, observant ses transports , s'avanc èrent vers lui pour partager son admiration, sa reconnaissance et sa joie. Ils se hâtèrent de gagner le rivage, et Balboa, s'avançant jusqu'au milieu des eaux de la mer avec son bouclier et son épée, prit possession de cet Océan au nom du roi d'Espagne, et fit vœu de le défendre avec les armes qu'il tenait contre tous les ennemis de son souverain '.

Cette partie de la grande mer Pacifique ou mer du Sud que Balboa découvrit d'abord, et qui est située à l'est de Panama , conserve encore le nom de golfe de Saint-Michel qu'il lui donna. Il força à main armée plusieurs des petits princes qui gouvernaient les districts voisins de ce golfe à lui donner des vivres et de l'or. D'autres lui en envoyèrent volontairement. Quelques caciques ajoutèrent à ces dons précieux une quantité considérable de perles , et il apprit d'eux avec une grande satisfaction que les huîtres où se

(i) Herrera, Deead. /, lié. X, cap. i. Gomara, cap. 62, ttc. P. Martyr. Dccad. p. ?.o5 , etc.

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trouvent les perles abondaient dans la mer qu'il venait A 51 3 de découvrir.

La découverte de cette source de richesses con- Onluimdi-

., que un pays

tribua à encourager ses compagnons , et il reçut en p]lls opuient. même temps des avis qui le confirmaient dans l'espérance de retirer de son expédition des avantages encore plus grands. Tous les Indiens des cotes de la mer du Sud l'assurèrent de concert qu'il y avait à une distance assez considérable , vers le sud-est, un riche et puissant royaume dont les habitants avaient des animaux apprivoisés pour porter des fardeaux ; et , pour lui en donner une idée , ils traçaient sur le sable la figure des Hamas ou moutons , qu'on trouva ensuite au Pérou , et que les Péruviens avaient en effet accoutumés à porter des fardeaux. Comme le Uama ressemble à peu près pour la forme au chameau , bête de charge qui était regardée comme particulière à l'Asie , cette circonstance, jointe à la découverte des perles, autre production asiatique, concourut à affermir les Espagnols dans la fausse idée où ils étaient que le Nouveau-Monde était voisin des Indes orientales '.

Mais quoique les avis que Balboa recevait des habitants delà cote, fortifiant ses propres conjectures et ses espérances , lui donnassent une extrême impatience de voir ce pays inconnu , il était trop prudent pour tenter d'y entrer avec une poignée

(r) Herrera, Decad. I, lib. X, cap. a.

h$\'k d'hommes épuisés de fatigue et affaiblis par les maladies l . Il se détermina à ramener sur-le-champ ses compagnons à l'établissement de Santa -Maria dans le Darien , pour revenir la saison suivante avec des forces proportionnées à l'entreprise hasardeuse qu'il méditait. Afin d'acquérir une connaissance plus étendue de l'isthme ? il prit à son retour une route différente de celle qu'il avait suivie en allant et ou il n'éprouva pas moins de difficultés et de dangers que dans la première ; mais il n'y a ^ rien d'insurmontable a des hommes animés par l'espérance et par un succès déjà obtenu. Balboa revint à Santa-Maria ? après une absence de quatre mois , rapportant plus de gloire et de richesses que les Espagnols n'en avaient encore acquis dans aucune de leurs expéditions au Nouveau-Monde. Parmi les officiers qui l'avaient accompagné il n'y en avait point qui se fût plus distingué que François Pizarre, et il n'y en eut aucun qui déployât plus de courage et d'ardeur pour aider Balboa à s'ouvrir une communication avec ces pays, où il joua ensuite lui-même un rôle si glorieux2.

Pedraiias Le premier soin de Balboa fut d'envoyer en Espagne les détails de l'importante découverte qu'il

est nomme

«o meilleur

«lu Darien. venait de faire, et de demander un renfort de mille

(i) Voyez la note 29.

(2) Herrera, Decad. I, l\b. X, cap. 3-G. Comara, cap. 64. P. Martyr. Decad. p. 229.

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