‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 149 sur 174 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

hommes pour tenter la conquête de cette riche *M contrée, sur laquelle il avait reçu des instructions si encourageantes. Le premier avis de la découverte du Nouveau - Monde ne causa peut-être pas une plus grande joie que cette nouvelle inattendue qu'on avait enfin trouvé un passage au grand Océan méridional. On ne douta plus qu'il n'y eût une communication avec les Indes orientales par une route qui était à l'ouest de la ligne de démarcation tracée par le pape. Les trésors que le Portugal tirait chaque jour de ses établissements et de ses conquêtes en Asie étaient un sujet d'envie et un objet d'émulation pour les autres puissances. Ferdinand se flatta dès lors de l'espérance de partager ce commerce lucratif; et, dans l'empressement qu'il avait d'arriver à ce but, il était disposé à faire un effort supérieur à ce que Balboa demandait. Mais dans cette disposition même on reconnut les effets de la politique jalouse qui le guidait, ainsi que de la funeste antipathie de Fonseca , alors évêque de Burgos , pour tout homme de mérite qui se distinguait dans le Nouveau- Monde. Malgré les services récents de Balboa , qui le désignaient comme l'homme le plus propre à achever la grande entreprise qu'il avait commencée , Ferdinand fut assez peu généreux pour n'en tenir aucun compte et pour nommer Pedrarias d'Avilla gouverneur du Darien. Il lui donna le commandement de quinze gros vais-

iôik seaux avec douze cents soldats. Ces bâtiments furent équipés aux frais du public avec une magnificence que Ferdinand n'avait encore montrée dans aucun des armements destinés pour le Nouveau-Monde; et tel fut l'empressement des gentilshommes espagnols à suivre un chef qui devait les conduire dans un pays où , suivant le bruit de la renommée, ils n'auraient qu'à jeter leurs filets dans la mer pour en tirer de l'or1, que quinze cents d'entre eux s'embarquèrent à bord de la flotte, et qu'un beaucoup plus grand nombre se seraient engagés pour cette expédition si on avait voulu les recevoir \

Pedrarias, étant arrivé au golfe de Darien sans aucun accident remarquable, envoya sur-le-champ à terre quelques - uns de ses principaux officiers pour informer Balboa de son arrivée avec la commission du roi qui le nommait gouverneur de la colonie. Ces députés , qui avaient entendu parler des exploits de Balboa et qui s'étaient formé les plus hautes idées de ses richesses, furent bien étonnés de le trouver vêtu d'un habit de toile , ayant des souliers de ficelle, occupé avec quelques Indiens à couvrir de roseaux sa cabane. Sous ce vêtement simple , qui répondait si peu à l'attente et aux désirs de ses nouveaux botes, Balboa les reçut

(i) Herrera, Decad. I, lib. X , cap. i/(.

(2)Herrera, Decad. /, lib. X, cap. (>, 7. P. Martyr. Dccad.p. 17 7-260.

Page 1