LIVRE TROISIÈME
avec dignité. La renommée de ses découvertes *W avait attiré près de lui un si grand nombre d'aventuriers des différentes îles , qu'il pouvait rassembler quatre cent cinquante hommes en armes. A la tête de ces hardis vétérans il aurait été en état de résister à Pedrarias et à sa troupe ; mais , quoique ses compagnons murmurassent hautement de l'injustice du roi en déplaçant leur commandant, et se plaignissent que des étrangers voulussent recueillir le fruit de leurs travaux et de leurs succès , Balboa se soumit aveuglément à la volonté de son souverain , et reçut Pedrarias avec tous les égards dus à son caractère '.
Quoique Pedrarias dût à cette modération la Division en-
• •iii -i tre Pedrarias
possession paisible de son gouvernement , il nomma B ,, un comité pour faire des informations judiciaires sur la conduite de Balboa pendant qu'il était aux ordres de Nicuessa et d'Enciso , et lui imposa une amende considérable pour réparation des fautes dont il fut trouvé coupable par ses juges. Balboa sentit vivement l'humiliation de se voir soumis à une procédure et condamné à un châtiment dans le lieu même où il venait d'occuper le premier rang. Pedrarias, de son côté, ne pouvait cacher la jalousie qu'excitait en lui le mérite supérieur de Balboa; de sorte que le ressentiment de l'un et la jalousie de l'autre furent une source de divisions très
(i) Herrera, Decad. I, llb. X, cap. i3, ?4-
A5]k pernicieuses à la colonie; mais elle était menacée d'une calamité plus funeste encore. Pedrarias avait Juillet, débarqué au Darien dans le temps le plus défavorable de l'année, vers le milieu de la saison pluvieuse, dans cette partie de la zonetorride où les nuées versent des torrents d'eau inconnus dans les climats plus tempérés '. Le village de Santa-Maria était situé dans une plaine fertile ? environnée de bois et de marais. La constitution des Européens ne put pas résister à l'influence pestilentielle d'une semblable situation , dans un climat naturellement malsain et dans une saison si fâcheuse. Une maladie violente et meurtrière fit périr plusieurs soldats qui accompagnaient Pedrarias. L'extrême rareté des provisions aggrava encore leur détresse par l'impossibilité de se procurer les rafraîchissements nécessaires aux malades et une subsistance suffisante pour ceux qui se portaient bien 2. En un mois de temps plus de six cents Espagnols périrent dans la dernière misère. L'abattement et le désespoir se répandirent dans la colonie. Plusieurs des personnages principaux demandèrent leur démission et renoncèrent avec plaisir à toutes leurs espérances de fortune pour se dérober aux dangers de cette région meurtrière. Pedrarias s'efforça de distraire ceux qui restaient du sentiment de leurs souffrances en
(t) Richard, Hht. nat. de l'air, tom. I, p. 204.
(2) Herrera, Decad. I, l'ib, X, cap. 14. P. Martyr. Decad. p. 272.