LIVRE TROISIÈME. 28 I
contre les maximes de leurs compatriotes à l'égard 1517 des Indiens, et condamnèrent les repartimientos ou ces distributions par lesquelles on les livrait en esclaves à leurs conquérants , comme des actes aussi contraires à l'équité naturelle et aux préceptes du christianisme qu'à la saine politique. Les Dominicains , à qui l'instruction des Américains fut d'abord confiée, se montrèrent très ardents a attaquer ces distributions. En 1 5 1 1 , Montesino , un de leurs plus célèbres prédicateurs, déclama contre cet usage dans la grande église de Santo-Domingo avec toute l'impétuosité d'une éloquence populaire. Don Diego Colomb, les principaux officiers de la colonie, et tous les laïques qui avaient entendu ce sermon set plaignirent du moine à ses supérieurs , mais ceuxci , loin de le condamner, approuvèrent sa doctrine comme également pieuse et convenable aux circonstances. Les Franciscains, guidés par l'esprit d'opposition et de rivalité qui subsistait entre les deux ordres, parurent disposés à se joindre aux laïques et à prendre la défense des repartimientos. Mais comme ils ne pouvaient pas avec décence approuver ouvertement un système d'oppression si contraire à l'esprit du christianisme , ils s'efforcèrent de pallier ce qu'ils ne pouvaient pas justifier, et alléguèrent , pour excuser la conduite de leurs concitoyens , qu'il était impossible de faire aucune amélioration dans la colonie, à moins que les Espagnols n'eussent assez
1517 d'autorité sur les naturels pour les contraindre au
travail
Décisions Les Dominicains , sans égard pour ces consi-
contraires sur 1 / . • 1 y.- . jv . / a. 1
cet obet aérations de politique et d intérêt personnel , ne voulurent se relâcher en rien de la sévérité de leur doctrine , et refusèrent même d'absoudre et d'admettre à la communion ceux de leurs compatriotes qui tenaient des Indiens en servitude \ Les deux partis s'adressèrent au roi pour avoir sa décision sur un objet de si grande importance. Ferdinand nomma une commission de son conseil privé à laquelle il joignit quelques-uns des plus habiles jurisconsultes et théologiens , pour entendre les députés d'Espagnola chargés de défendre leurs opinions respectives. Après une longue discussion , la partie spéculative de la controverse fut décidée en faveur des Dominicains , et les Indiens furent déclarés un peuple libre, fait pour jouir de tous les droits naturels de l'homme ; mais , malgré cette décision , les rep artimientos continuèrent de se faire dans la même forme qu'auparavant 3. Comme le jugement de la commission reconnaissait le principe sur Jequel les Dominicains fondaient leur opinion , il était peu propre à les convaincre et à les réduire au silence. Enfin, pour rétablir la tranquillité dans
(1) Herrera , Decad. 1 , lib. VIII, cap. 1 1 . Oviedo , lib. III, cay. 6 ,
(2) Oviedo, lib. III, cap. G, p. 97.
(3) Herrera, DccaJ. /, lib. VIII, cap. 12 , lib. IX. cap. 5.