‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 156 sur 174 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

la colonie alarmée parles remontrances et les cen- 4 517 sures de ces religieux , Ferdinand publia un décret de son conseil privé ? duquel il résultait qu'après un mûr examen de la bulle apostolique et des autres titres qui assuraient les droits de la couronne de Castille sur ses possessions dans le Nouveau- Monde , la servitude des Indiens était autorisée par les lois divines et humaines ; qu'à moins qu'ils ne fussent soumis à l'autorité des Espagnols et forcés de résider sous leur inspection ? il serait impossible de les arracher à l'idolâtrie et de les instruire dans les principes de la foi chrétienne ; qu'on ne devait plus avoir aucun scrupule sur la légitimité des repartimientos , attendu que le roi et son conseil en prenaient le risque sur leur conscience ; qu'en conséquence les Dominicains et les moines des autres ordres devaient s'interdire à l'avenir les invectives que l'excès d'un zèle charitable , mais peu éclairé , leur avait fait proférer contre cet usage '.

Ferdinand , voulant témoigner clairement l'intention où il était de faire exécuter ce décret , accorda de nouvelles concessions d'Indiens à plusieurs de ses courtisans2. Mais afin de ne pas paraître oublier entièrement les droits de l'humanité ? il publia un édit par lequel il tâcha de pourvoir à ce que les Indiens fussent traités doucement sous le

j (i) Herrera, Decad. I, lib. IX, cap. 14. (2) Voyez la note 00.

1517 joug auquel il les assuj étissait ; il régla la nature du travail qu'ils seraient obligés de faire; il prescrivit la manière dont ils devaient être vêtus et nourris ? et fit des règlements relatifs à leur instruction dans les principes du christianisme '. Mais les Dominicains , qui jugeaient de l'avenir par la connaissance qu'ils avaient du passé , sentirent bientôt l'insuffisance de ces précautions ? et présagèrent que tant que les individus auraient intérêt de traiter les Indiens avec rigueur , aucun règlement public ne pourrait rendre leur servitude douce ni même tolérable. Ils jugèrent qu'il serait inutile de consumer leur temps et leurs forces à essayer de communiquer les vérités sublimes de l'évangile à des hommes dont l'ame était abattue et l'esprit affaibli par l'oppression. Quelques - uns de ces missionnaires découragés demandèrent à leurs supérieurs la permission de passer sur le continent , pour y remplir l'objet de leur mission parmi ceux des Indiens qui n'étaient pas encore corrompus par l'exemple des Espagnols 7 ni prévenus par leurs cruautés contre les dogmes du christianisme. Ceux qui restèrent à l'Espagnola continuèrent de faire des remontrances avec une fermeté décente contre la servitude des Indiens 2.

(r) Herrcra, Decad. lib. IX, cap. 14.

(2) H errera, Decad. I , lib. IX, cap. 14. Touron , Hist. géa. de l'Amérique, tom. /, p. 352.

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