‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 157 sur 174 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Les opérations violentes d'Albuquerque ? qui 4547 venait d'être chargé du partage des Indiens , rai- Barthelenn

% v ... de Las Casas

lumerent le zèle des Dominicains contre les repar- entreprend la timientos , et suscitèrent à ce peuple opprimé un défense des avocat doué du courage ? des talents et de l'activité nécessaires pour défendre une cause si désespérée. Cet homme zélé fut Barthélemi de Las Casas , natif de Séville ? et l'un des ecclésiastiques qui accompagnèrent Colomb au second voyage des Espagnols ? lorsqu'on voulut commencer un établissement dans l'île Espagnola. Il avait adopté de bonne heure l'opinion dominante parmi les ecclésiastiques \ qui regardaient comme une injustice de réduire les Indiens en servitude; et? pour montrer sa sincérité et sa conviction , il renonça à la portion d'Indiens qui lui était échue lors du partage qu'on en avait fait entre les conquérants ? déclarant qu'il pleurerait toujours la faute dont il s'était rendu coupable en exerçant pendant un moment sur ses frères cette domination impie \ Dès lors il fut le patron déclaré des Indiens, et par son courage à les défendre , aussi bien que par le respect qu'inspiraient ses talents et son caractère, il eut souvent le bonheur d'arrêter les excès de ses compatriotes. Il s'éleva vivement contre les opérations d'Albuquerque , et quoiqu'il eût bientôt découvert que l'intérêt du

(1) Fr. Aug. Davila Padilla, Hist. de la Fundacionde la provincia de St.-Jago de Mexico , pag. 3o3, 3 04. Herrera, Decad. /, lié. X, cap. 12.

1517 gouverneur le rendait sourd à toutes les sollicitations , il n'abandonna pas pour cela la malheureuse nation dont il avait épousé la cause. Il partit pour l'Espagne avec la ferme espérance qu'il ouvrirait les yeux et toucherait le cœur de Ferdinand en lui faisant le tableau de l'oppression que souffraient ses nouveaux sujets *.

Il obtint facilement une audience du roi, dont la santé était fort altérée. Il mit sous ses yeux avec autant de liberté que d'éloquence les effets funestes des repartimientos dans le Nouveau-Monde , lui reprochant avec courage d'avoir autorise ces mesures impies qui avaient porté la misère et la destruction sur une race nombreuse d'hommes innocents que la Providence avait confiés à ses soins. Ferdinand t dont l'esprit et le corps étaient affaiblis , par la maladie , fut vivement alarmé de ce reproche d'impiété , qu'il aurait méprisa dans d'autres circonstances. 11 écouta le discours de Las Casas avec les marques d'un grand repentir , et promit de s'occuper sérieusement des moyens de réparer les maux dont on se plaignait. Mais la mort l'empêcha d'exécuter cette résolution. Charles d'Autriche , a qui tous ces royaumes furent dévolus, faisait alors sa résidence dans ses états des Pays-Bas. Las Casas avec son ardeur accoutumée se préparait à partir

(i) Herrcra, Decad. I, lib. X, cap. 12; Décati. II, lib. I, cap. 2. IJavila Tadilla , Hist., pag. 3o4-

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