LIVRE TROISIÈME
pour la Flandre, dans la vue de prévenir le jeune 4517 monarque, lorsque le cardinal Ximenès , devenu régent de Castille , lui ordonna de renoncer à ce voyage , et lui promit d'écouter lui - même ses plaintes.
Le cardinal pesa la matière avec l'attention que Règlements
.... -.du cardinal
mentait son importance, et comme son esprit ar- x- enès dent aimait les plans hardis et peu communs, celui qu'il adopta très promptement étonna les ministres espagnols, accoutumés aux lenteurs et aux formalités de l'administration de Ferdinand. Sans égard ni aux droits que réclamait don Diego Colomb , ni aux règles établies par le feu roi , il se détermina à envoyer en Amérique trois surintendants de toutes les colonies avec l'autorité suffisante pour décider en dernier ressort la grande question de la liberté des Indiens , après qu'ils auraient examiné sur les lieux toutes les circonstances. Le choix de ces surintendants était délicat. Tous les laïques , tant ceux qui étaient établis en Amérique que ceux qui avaient été consultés sur l'administration de ce département , avaient déclaré leur opinion et pensaient que les Espagnols ne pouvaient conserver leurs établissements au Nouveau- Monde , à moins qu'on ne leur permît de retenir les Indiens dans la servitude. Ximenès crut donc qu'il ne pouvait compter sur leur impartialité et se détermina à donner sa confiance à des ecclésias-
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-154 7 tiques. Mais comme d'un autre coté les Dominicains et les Franciscains avaient épousé des sentiments contraires, il exclut ces deux ordres religieux. Il fît tomber son choix sur les moines appelés Hiéron imite s , communauté peu nombreuse en Espagne , mais qui y jouissait d'une grande considération. D'après le conseil de leur général et de concert avec Las Casas , il choisit parmi eux trois sujets qu'il jugea dignes de cet important emploi. Il leur associa Zuazo, jurisconsulte, d'une probité distinguée , auquel il donna tout pouvoir de régler l'administration de la justice dans les colonies. Las Casas fut chargé de les accompagner avec le titre de protecteur des Indiens x .
Confier un pouvoir assez étendu pour changer en un moment tout le système du gouvernement du Nouveau-Monde, à quatre personnes que leur état et leur condition n'appelaient pas à de si hauts emplois , parut à Zapata et aux autres ministres du dernier roi une démarche si extraordinaire et si dangereuse qu'ils refusèrent d'expédier les ordres nécessaires pour l'exécution. Mais Ximenès n'était pas disposé à souffrir patiemment qu'on mît aucun obstacle à ses projets. Il envoya chercher les ministres , leur parla d'un ton si haut et les effraya tellement qu'ils obéirent sur-le-champ2. Les surintendants,
(i) Hcrrera, Decad. II, lié. II, cap. 5. (2) IbkL cap. G.