LIVRE TROISIÈME
leur associé Zuazo et Las Casas , s'embarquèrent 1547 pour Santo -Domingo. A leur arrivée, le premier usage qu'ils firent de leur autorité fut de mettre en liberté tous les Indiens qui avaient été donnés aux courtisans espagnols, et à toute personne non résidente en Amérique. Cet acte de vigueur, joint à ce qu'on avait appris d'Espagne sur l'objet de leur commission , répandit une alarme générale. Les colons conclurent qu'on allait leur enlever en un moment tous les bras avec lesquels ils conduisaient leurs travaux et que leur ruine était inévitable. Mais les PP. de Saint -Jérôme se conduisirent avec tant de précaution et de prudence que les craintes furent bientôt dissipées. Ils montrèrent dans toute leur administration une connaissance du monde et des affaires qu'on acquiert rarement dans le cloître, et une modération et une douceur encore plus rares parmi des hommes accoutumés à l'austérité de la vie monastique. Ils écoutèrent tout le monde ; ils comparèrent les différentes informations qu'ils avaient recueillies, et après une mûre délibération ils demeurèrent persuadés que l'état de la colonie rendait le plan de Las Casas, vers lequel penchait le cardinal, impossible dans l'exécution. Ils se convainquirent que les Espagnols établis en Amérique étaient en trop petit nombre pour pouvoir exploiter les mines déjà ouvertes et cultiver le pays ; que pour ces deux genres de travaux ils ne pouvaient se passer des Indiens ;
1517 que, si on leur ôtait ce secours, il faudrait abandonner les conquêtes, ou au moins perdre tous les avantages qu'on en retirait; qu'il n'y avait aucun mot if assez puissant pour faire surmonter aux Indiens rendus libres leur répugnance naturelle à toute espèce de travail , et qu'il fallait l'autorité d'un maître pour les y forcer ; que , si on ne les tenait pas sous une discipline toujours vigilante , leur indolence et leur indifférence naturelles ne leur permettraient jamais de recevoir l'instruction chrétienne, ni d'observer les pratiques de la religion. D'après tous ces motifs ils trouvèrent nécessaire de tolérer les rêva? timientos et l'esclavage des Américains. Ils s'efforcèrent en même temps de prévenir les funestes effets de cette tolérance et d'assurer aux Indiens le meilleur traitement qu'on pût concilier avec l'état de servitude. Dans cette vue ils renouvelèrent les premiers règlements, y en ajoutèrent de nouveaux, ne négligèrent aucune des précautions qui pouvaient diminuer la pesanteur du joug; enfin ils employèrent leur autorité , leur exemple et leurs exhortations à inspirer à leurs compatriotes des sentiments d'équité et de douceur pour ces Indiens, dont le travail leur était indispensable. Zuazo, dans son département, seconda les efforts des surintendants. Il réforma les cours de justice, afin de rendre leurs décisions plus équitables et plus promptes , et fit divers règlements pour mettre sur mi meilleur pied la police intérieure