LIVRE TROISIÈME
de la colonie. Tous les Espagnols du Nouveau Monde \ 51 y témoignèrent leur satisfaction de la conduite de Zuazo et de ses associés , et admirèrent la hardiesse de Ximenès, qui s'était écarté si fort des routes ordinaires dans la formation de son plan , et sa sagacité dans le choix des personnes auxquelles il avait donné sa confiance, et qui en étaient dignes par leur sagesse, leur modération et leur désintéressement '.
Las Casas seul était mécontent. Les considérations Mécontendictées par la prudence qui avaient déterminé les ement e as surintendants ne faisaient aucune impression sur lui. Le parti qu'ils prenaient de conformer leurs règlements à l'état de la colonie , lui paraissait l'ouvrage d'une politique mondaine et timide , qui consacrait une injustice parce qu'elle était avantageuse. Il prétendait que les Indiens étaient libres par le droit de nature, et, comme leur protecteur, il sommait les surintendants de ne pas les dépouiller du privilège commun de l'humanité. Les surintendants recurent ses remontrances les plus âpres sans émotion et sans s'écarter en rien de leur plan. Les colons espanols ne furent pas si modérés à son égard, et la fermeté avec laquelle il insistait sur une demande qui leur était si odieuse l'exposa souvent au danger d'être massacré. Las Casas, pour se garantir de la
(i) Herrera, Decad. Il, lib. II, cap. i5. Remesal , Hist. gén. lib. II, cap. 14, :5, iG.
1517 fureur des colons j fut obligé de chercher un asile dans un couvent, et, voyant que tous ses efforts en Amérique étaient sans effet, il repartit pour l'Europe bien résolu de ne pas abandonner la défense d'un peuple qu'il regardait comme victime d'une oppression cruelle1.
Ses négo- S'il eût trouvé dans Ximenès la même vigueur dations avec d'esprit qUe ce ministre mettait ordinairement aux
les ministres * l
de Charles v. affaires, il eût été vraisemblablement fort mal reçu. Mais le cardinal était atteint d'une maladie mortelle et se préparait à remettre l'autorité dans les mains du jeune roi, qu'on attendait de jour en jour des Pays-Bas. Charles arriva, prit possession du gouvernement, et, par la mort de Ximenès, perdit un ministre qui aurait mérité sa confiance par sa droiture et ses talents. Beaucoup de seigneurs flamands avaient accompagné leur souverain en Espagne. L'attachement naturel de Charles pour ses compatriotes l'engageait à les consulter sur toutes les affaires de son nouveau royaume, et ces étrangers montrèrent un empressement indiscret à se mêler de tout et à s'emparer de presque toutes les parties de l'administration \ La direction des affaires d'Amérique était un objet trop séduisant pour leur échapper. Las Casas remarqua leur crédit naissant. Quoique les hommes à projets soient communément
• (i) Herrcra , Dccad. II, l'ib. II, cap. 16.
(■>.) Hist. du règne de Otaries V, vol. •* , p. 43.