‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 162 sur 174 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

et plus patiente sous le joug de la servitude. On recon- 4 517 nut que le travail d'un noir équivalait à celui de quatre Américains \ Le cardinal Ximenès avait été sollicité de permettre et d'encourager ce commerce; mais il avait repoussé le projet avec fermeté, parce qu'il avait senti combien il était injuste de réduire une race d'hommes en esclavage en délibérant sur les moyens de rendre la liberté à une autre2. Mais Las Casas, inconséquent comme le sont tous les esprits qui se portent avec une impétuosité opiniâtre vers une opinion favorite, était incapable de faire cette réflexion. Pendant qu'il combattait avec tant de chaleur pour la liberté des habitants du Nouveau-Monde , il travaillait à rendre esclaves ceux d'une autre partie ; et dans la chaleur de son zèle pour sauver les Américains du joug, il prononçait sans scrupule qu'il était juste et utile d'en imposer un plus pesant encore sur les Africains. Malheureusement pour ces derniers , le plan de Las Casas fut adopté 3. Charles accorda à un de ses courtisans flamands le privilège exclusif d'importer en Amérique quatre mille noirs. Celui-ci vendit son privilège pour vingt-cinq mille ducats 4 à des marchands génois , qui les premiers établirent avec une

(i)Ibid. llb. IX, cap. 5.

(2) Herrera, Decad. II, lib. II, cap. S.

(3) Voyez la note 3i.

(4) 2 45ooo ducats, suivant M. de Navarrele, Introduction à la Collection des voyages et découvertes des Espagnols , etc., § 58. ( D. L. R. )

'2C)6 HISTOIRE DE i/ AMÉRIQUE.

î5f,7 forme régulière entre l'Afrique et l'Amérique ce commerce d'hommes , qui a reçu depuis de si grands accroissements \ Las Casas Mais les marchands génois , conduisant leurs opé -

propose d'en- • i, • ]. , v • 1

vover des cul- ratlons avec 1 avidité ordinaire aux monopoleurs, tivateurs à demandèrent bientôt un prix si exorbitant des noirs spagnoa. qU'jjs posaient à l'Espagnola, qu'on y en vendit trop peu pour améliorer l'état de la colonie. Las Casas, dont le zèle était aussi inventif qu'infatigable, eut recours à un autre expédient pour soulager les Indiens. Il avait observé que le plus grand nombre de ceux qui jusque là s'étaient établis en Amérique étaient des soldats ou des matelots employés à la découverte ou à la conquête de ces régions, des fils cadets de familles nobles attirés par l'espoir de s'enrichir promptement, ou des aventuriers sans ressource et forcés d'abandonner leur patrie par leurs crimes ou par leur indigence. A la place de ces hommes avides , sans mœurs , incapables de l'industrie persévérante et de l'économie nécessaire dans l'établissement d'une colonie , il proposa d'envoyer à l'Espagnola et dans les autres îles un nombre suffisant de cultivateurs et d'artisans auxquels on donnerait des encouragements pour s'y transporter. De tels hommes, accoutumés à la fatigue, seraient en état de soutenir des travaux dont les Américains étaient incapables par la faiblesse de leur constitution , et

(i) Herrcra , Decad. II, lib. Il, cap. 20.

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