LIVRE TROISIÈME
bientôt ils deviendraient eux-mêmes , par la culture, 4 51 7 de riches et d'utiles citoyens. Mais, quoiqu'on eût grand besoin d'une nouvelle recrue d'habitants à l'Espagnola, où la petite vérole venait de se montrer et d'emporter un nombre considérable d'Indiens, ce projet , malgré l'appui des ministres flamands, fut traversé par l'évêque de Burgos, toujours opposé aux plans de Las Casas l.
Ce dernier commençait alors à désespérer de faire il forme le aucun bien aux Indiens dans les établissements déjà proje
J nouvelle co-
formés par les Espagnols. Le mal était trop invé- lonie. téré pour céder aux remèdes. On faisait tous les jours des découvertes nouvelles dans le continent, qui donnaient de hautes idées de sa population et de son étendue. Dans toutes ces vastes régions il n'y avait encore qu'une seule colonie très faible , et , si l'on en exceptait un petit espace sur l'isthme de Darien , les naturels étaient maîtres de tout le pays. C'était là un champ nouveau et plus étendu pour le zèle et l'humanité de Las Casas , qui se flattait de pouvoir empêcher qu'on y introduisît le pernicieux système d'administration qu'il n'avait pu détruire dans les lieux où il était déjà tout établi. Plein de ces espérances , il sollicita une concession de la partie qui s'étend le long de la cote, depuis le golfe de Paria jusqu'à la frontière occidentale de cette province , aujourd'hui connue sous le nom de Sainte-
(i) Kerrera, Decad. Il, lié. II, cap. 21.
!2C)8 HISTOIRE DE l'aMERIQUE.
Ioït Marthe. 11 proposa d'y établir une colonie formée de cultivateurs , d'artisans et d'ecclésiastiques. 11 s'engagea à civiliser, dans l'espace de deux ans, dix mille Indiens, et à les instruire assez bien dans les arts utiles pour pouvoir tirer de leurs travaux et de leur industrie un revenu de quinze mille ducats pour la couronne. Il promettait aussi qu'en dix ans sa colonie aurait fait assez de progrès pour rendre au gouvernement soixante mille ducats par an. Il stipula qu'aucun navigateur ou soldat ne pourrait s'y établir , et qu'aucun Espagnol n'y mettrait le pied sans sa permission. Il alla même jusqu'à vouloir que les gens qu'il emmènerait eussent un habillement particulier, différent de celui des Espagnols , afin qu'ils ne parussent point aux Indiens de ces districts de la même race d'hommes qui avait apporté tant de calamités à l'Amérique l. Par ce plan, dont je ne donne qu'une légère esquisse, il paraît clairement que les idées de Las Casas , sur la manière de civiliser et de traiter les Indiens, étaient fort semblables à celles que les j ésuites on t suivies depuis dans leurs grandes entreprises sur l'autre partie du même continent. Las Casas supposait que les Européens , employant l'ascendant que leur donnaient une intelligence supérieure et de plus grands progrès dans les sciences et les arts, pourraient conduire , par degrés , l'esprit des Américains a
(i) H errera, Decad.U, lia. IV, cap. •>..