LIVRE TROISIÈME
goûter ces moyens de bonheur dont ils étaient dé- 1 51 7 pourvus, leur faire cultiver les arts de l'homme en
société et les rendre capables de jouir des avantages
de la vie civile.
L'évêque de Burgos et le conseil des Indes re- Son projet
, , „ ! est favorable-
garderent le plan de Las Casas non - seulement mentrecu# comme chimérique, mais comme extrêmement dangereux. Ils pensaient que l'esprit des Américains était naturellement si borné et leur indolence si excessive, qu'on ne réussirait jamais à les instruire, ni à leur faire faire aucun progrès. Ils prétendaient qu'il serait fort imprudent de donner une autorité si grande sur un pays de mille milles de cotes à un enthousiaste visionnaire et présomptueux , étranger aux affaires et sans connaissance de l'art du gouvernement. Las Casas, qui s'attendait a cette résistance, ne se découragea point. Il eut recours encore aux favoris flamands, qui appuyèrent ses vues auprès de Charles V avec beaucoup de zèle, précisément parce que les ministres espagnols les avaient rejetées. Ils déterminèrent le 1549 monarque , qui venait d'être élevé à l'empire , à renvoyer l'examen de cette affaire à un certain nombre de membres de son conseil privé , et Las Casas ayant récusé tous les membres du conseil des Indes , comme prévenus et intéressés , tous furent exclus. La décision des juges choisis à la recommandation des Flamands fut entièrement con-
1517 forme aux sentiments de ces derniers. On approuva le nouveau plan i et l'on donna des ordres pour le mettre à exécution, mais en restreignant le territoire accordé à Las Casas à trois cents milles le long de la cote de Cumana , d'où il lui serait libre de s'étendre dans les parties intérieures du pays \
Délibération Cette décision trouva des censeurs. Presque tous
lfranièrrceUX ^ avaient été en Amérique la blâmaient et dont on de- soutenaient leur opinion avec tant de confiance et
lndVenteileSPar deS raisons si P^ibles , qu'on crut devoir s'arrêter et examiner de nouveau la question avec plus de soin. Charles lui-même, quoique accoutumé dans sa jeunesse à suivre les sentiments de ses ministres avec une déférence et une soumission qui n'annonçaient pas la vigueur et la fermeté d'esprit qu'il montra dans un âge plus mûr, commença à soupçonner que la chaleur que les Flamands mettaient dans toutes les affaires relatives à l'Amérique avait pour principe quelque motif dont il devait se défier; il déclara qu'il était déterminé à approfondir lui-même la question agitée depuis si longtemps sur le caractère des Américains et sur la 20 juin. manière la plus convenable de les traiter. Il se présenta bientôt une circonstance qui rendait cette discussion plus facile. Quevedo , évêque du Da-
(1) Gomara , HUi, gén. chap. 77. Herrera , Decad. Il, lié. IV, cap. 3, Oviedoj l.XIX, cap. 5.