‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 166 sur 174 · LIVRE TROISIÈME. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. 3o

de Las Casas, et que l'évêque du Darien lui-même 4 54 7 convenait que l'affaire était assez importante pour qu'on pût essayer le plan proposé , il céda à Las Casas, par des lettres-patentes , la partie de la cote de Cumana dont nous avons fait mention plus haut, avec tout pouvoir d'y établir une colonie sur le plan qu'il avait proposé I .

Las Casas pressa les préparatifs de son voyage rl fait SfS

i , . préparatifs.

avec son ardeur accoutumée ; mais , soit par son inexpérience dans ce genre d'affaires , soit par l'opposition secrète des nobles Espagnols, qui craignaient que l'émigration de tant de personnes ne leur enlevât un grand nombre de bras utiles employés à la culture de leurs terres, il ne put déterminer qu'environ deux cents cultivateurs ou artisans à l'accompagner à Cumana.

Rien cependant ne put amortir son zèle. Il mit à H part pour la voile avec cette petite troupe , à peine suffisante memlLlc *

r r 7 r y rencontre de

pour prendre possession du vaste territoire qu'on grands obstalui accordait, et avec laquelle il était impossible de ces réussir à en civiliser les habitants. Le premier endroit où il toucha fut l'île de Porto-Rico. Là il eut connaissance d'un nouvel obstacle à l'exécution de son plan , plus difficile à surmonter qu'aucun de ceux qu'il avait rencontrés jusqu'alors. Lorsqu'il avait quitté l'Amérique, en 1 5i 7, les Espagnols n'avaient

(1) Herrera, Decad. II, lib. IV, cap, 3, 4, 5. Argensola, Annales de Aragon, 74 , 97. Remesal , Hist. gén. lib. II, cap, 19, 20.

3o4 HISTOIRE DE l'aMERIQTJE.

4 517 presque aucun commerce avec le continent, si l'on excepte les pays voisins du golfe du Darien. Mais tous les genres de travaux s'affaiblissant de jour en en jour à l'Espagnola par la destruction rapide des naturels du pays , les Espagnols manquaient de bras pour continuer les entreprises déjà formées, et ce besoin les avait fait recourir à tous les expédients qu'ils pouvaient imaginer pour y suppléer. On leur avait porté beaucoup de nègres , mais le prix en était monté sihaut que la plupart des colons nepouvaient y atteindre. Pour se procurer des esclaves à meilleur marché, quelques-uns d'entre eux armèrent des vaisseaux et se mirent à croiser le long des cotes du continent. Dans les lieux où ils étaient inférieurs en force , ils commerçaient avec les naturels et leur don-

naient des quincailleries d'Europe pour les plaques d'or qui servaient d'ornements à ces peuples ; mais partout où ils pouvaient surprendre les Indiens ou s'en emparer par la force, ils les enlevaient et les vendaient à l'Espagnola1. Cette piraterie était accompagnée des plus grandes atrocités. Le nom espagnol devint en horreur sur tout le continent. Dès qu'un vaisseau paraissait , les habitants fuyaient dans les bois ou couraient au rivage en armes pour repousser ces cruels ennemis de leur tranquillité. Quelquefois ils forçaient les Espagnols à se retirer avec précipitation, ou ils les massacraient. Dans la

(i) Herrera, Decad. III, lib. II, cap. 3.

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