‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 167 sur 174 · LIVRE TROISIÈME. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. 3o

violence de leur ressentiment contre toute la nation 454 7 espagnole ils assassinèrent deux missionnaires dominicains que le zèle avait portés à s'établir dans la province de Cumana l . Ce meurtre de personnes révérées pour la sainteté de leur vie excita une grande indignation parmi les colons del'Espagnola; au milieu de la licence de leurs mœurs et de la cruauté de leurs actions , ils étaient pleins d'un zèle si ardent pour la religion et d'un respect si superstitieux pour ses ministres, qu'ils résolurent de punir ce crime d'une manière qui pût servir d'exemple , non-seulement sur ceux qui l'avaient commis , mais sur la nation entière. Pour l'exécution de ce projet ils donnèrent le commandement de cinq vaisseaux et de trois cents hommes à Diego Ocampo , avec ordre de détruire par le fer et par le feu tout le pays de Cumana, et d'en faire les habitants esclaves pour être transportés à l'Espagnola. Las Casas trouva à Porto-Rico cette escadre faisant voile vers le continent; et Ocampo ayant refusé de différer son voyage, il comprit qu'il lui serait impossible de tenter l'exécution de son plan de paix dans un pays qui allait être le théâtre de la guerre et de la désolation 2.

Dans l'espérance d'apporter quelque remède aux 12 avril, suites funestes de ce malheureux incident, il s'era- , .

7 a les surinon-

barqua pour Santo-Domingo , laissant ceux qui l'a- ter.

(1) Oviedo , Hlst. lié. XIX, cap. 3.

(2) Herrera, Decad. II, l'ib. IX, cap. 8, 9.

3oG HISTOIRE DE h' AMÉRIQUE.

151 7 vaient suivi cantonnés parmi les colons de Por to-R ico. Plusieurs circonstances concoururent à le faire recevoir fort mal à l'Espagnola. En travaillant a soulager les Indiens, il avait censuré la conduite de ses compatriotes, les colons de l'Espagnola, avec tant de sévérité, qu'il leur était devenu universellement odieux. Ils regardaient le succès de sa tentative comme devant entraîner leur ruine. Ils attendaient de grandes recrues d'esclaves de Cumana, et ces espérances s'évanouissaient si Las Casas parvenait à y établir sa colonie. Figueroa, en conséquence d'un plan formé en Espagne pour déterminer le degré d'intelligence et de docilité des Indiens, avait fait une expérience qui paraissait décisive contre le système de Las Casas. Il en avait rassemblé à l'Espagnola un assez grand nombre , et les avait établis dans deux villages, leur laissant une entière liberté et les abandonnant à leur propre conduite; mais ces Indiens accoutumés à un genre de vie extrêmement différent, incapables de prendre en si peu de temps de nouvelles habitudes , et d'ailleurs découragés par leur malheur particulier et par celui de leur patrie , se donnèrent si peu de peine pour cultiver le terrain qu'on leur avait alloué , parurent si dépourvus de soin et de prévoyance pour fournir à leurs propres besoins , et si éloignés de tout ordre et de tout travail régulier, que les Espagnols en conclurent qu'il était impossible de les former à une

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