LIVRE TROISIÈME. 3c
vie sociale, et qu'il fallait les regarder comme des 1517 enfants condamnes à rester continuellement sous la tutelle des Européens , qui leur étaient supérieurs en sagesse et en sagacité1.
Malgré la réunion de toutes ces circonstances, qui Son F°Jet
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armaient si fortement contre ses mesures ceux
rement.
mêmes à qui il s'adressait pour les mettre à exécution, Las Casas, par son activité et sa persévérance , par quelques condescendances et beaucoup de menaces , obtint à la fin un petit corps de troupes pour protéger sa colonie au premier moment de son établissement. Mais à son retour à Porto-Rico , les maladies lui avaient déjà enlevé beaucoup de ses gens, et les autres , ayant trouvé quelque occupation dans l'île, refusèrent de le suivre. Avec ce qui lui restait de monde il fit voile vers Gumana. Ocampo avail exécuté sa commission dans cette province avec tant de barbarie , il avait massacré ou envoyé en esclavage à l'Espagnola un si grand nombre d'Indiens j que tout ce qui restait de ces malheureux s'était enfui dans les bois , et que le petit établissement qu'il avait formé dans un lieu nommé par lui Tolède , s$ trouvant dans un pays désert, touchait à sa destruction. Ce fut cependant en ce» même endroit que Las Casas fut obligé de fixer sa résidence. Abandonné et par les troupes qu'on lui avait données pour le protéger, et par le détachement d'Ocampo, qui
(i) Ilevrera , Decod. II, llb. X, cap. 5.
3o8 HISTOIRE DE i/ AMÉRIQUE.
4 5/17 avait prévu les calamités auxquelles il devait s'attendre dans un poste si misérable, il prit les précautions qu'il jugea les meilleures pour la sûreté et la subsistance de ses colons; mais, comme elles étaient encore bien insuffisantes , il retourna à FEspagnola solliciter des secours plus puissants, afin de sauver des hommes que leur confiance en lui avait engagés à courir de si grands dangers. Bientôt après son départ, les naturels du pays, ayant reconnu la faiblesse des Espagnols, s'assemblèrent secrètement , les attaquèrent avec la furie naturelle à des hommes réduits au désespoir par les barbaries qu'on avait exercées contre eux , en firent périr un grand nombre, et forcèrent le reste à se retirer à l'île de Cubagua dans la plus grande consternation. La petite colonie qui y était établie pour la pêche des perles partagea la terreur panique dont les fugitifs étaient saisis , et abandonna l'île. Enfin , il ne resta pas un seul Espagnol dans aucune partie du continent ou des îles adjacentes, depuis le golfe de Paria jusqu'aux confins du Darien. Accablé par cette succession de désastres et voyant cette fin malheureuse de tous ses grands projets, Las Casas n'osa plus se montrerai s'enfermajdans le couvent des dominicains à Santo-Domingo , et prit bientôt après l'habit de cet ordre1.
(1) Herrera, Decad. II , l'ib. X, cap. 5; Dccad. III, lia. 11 , cap, >, /u 5. Oviedo, Hist. lib. XIX, cap. 5. Gomara, cap. 77. Davila Padilla, Jib. I, cap. ()7. Remesal , Hist. gén. lil>. II, cap. 22, a3l