LIVRE TROISIÈME. 3l
la place , et qu'un seul d'entre eux se retira sans être * 54 7 blessé. Leur commandant, quoique blessé en douze endroits, dirigea la retraite avec autant de présence d'esprit qu'il avait montré de courage dans l'action. Les Espagnols regagnèrent avec peine leurs vaisseaux. Après une tentative si malbeureuse , il ne leur restait d'autre parti que de hâter leur retour à Cuba. Ils souffrirent dans le trajet tous les tourments que la soif peut faire éprouver à des hommes blessés et malades, renfermés dans de petits vaisseaux et exposés à la chaleur de la zone torride. Quelques-uns succombèrent à tant de maux dans la traversée. Cordova , leur chef, mourut peu de temps après avoir pris terre à Cuba.
Toute malheureuse qu'avait été cette expédition y°yage de elle anima plutôt qu'elle n'abattit la passion des Espagnols pour les entreprises. Ils avaient découvert , à une petite distance de Cuba , une contrée d'une grande étendue, qui paraissait fertile et habitée par des peuples bien plus civilisés qu'aucune autre nation alors connue en Amérique. Quoiqu'on eût eu peu de commerce avec eux, on en avait tiré quelques ornements d'or de peu de valeur, mais artistement travaillés. Ces circonstances, exagérées par des hommes qui cherchaient à rehausser le
(i) Herrera , Decad. II, llb. H, cap. 17, 18. Hist. Vcrdadera de la conquista de la Nueva Espagna, por Bernai Diaz del Gastillo , cap. 1-7. Oviedo, lib. XVII; cap. 3. Gomara, cap. 52. P. Martyr, de Insulis nuper inventis, pag. 329.
3l4 HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.
aï>\ 7 mérite de leurs exploits, étaient plus que suffisantes pour réveiller des espérances romanesques. Il s'offrit beaucoup de monde pour une nouvelle expédition. Velasquès, désirant de se distinguer par un service important qui pût lui mériter du roi l'indépendance à laquelle il aspirait dans son gouvernement de Cuba , ne se contenta pas d'exciter leur ardeur, il arma à ses dépens quatre vaisseaux pour le voyage. Deux cent quarante volontaires , parmi lesquels plusieurs avaient de la naissance et de la fortune , s'embarquèrent pour cette expédition. Elle était sous les ordres de Jean de Grijalva, jeune homme d'un mérite et d'un courage reconnus £ . Ses instructions étaient d'observer avec attention la nature des pays qu'il découvrirait; de faire des échanges pour de l'or; et, si les circonstances lui paraissaient favorables , d'établir une colonie dans quelque position avantageuse. Il mit à la voile de
4518 San -Ja go -de -Cuba le 8 avril i5i8. Le pilote Alaminos suivit la même route que dans le voyage précédent ; mais la violence des courants ayant entraîné les vaisseaux vers le sud , la première terre Découverte qu'ils reconnurent fut l'île de Cozumel, à l'est du de la Nouvelle yucatan. Tous les habitants s'enfuirent dans les bois
Espagne.
3 mai. et dans les montagnes à l'approche des Espagnols , qui ne firent pas un long séjour dans l'île; ils arri-
(i) Orellana prétend qu'il était neveu de Velasquez ; Hcrrera ne parle pas de relte parenté. ( D. L. R. )