LIVRE TROISIÈME. 3l
tout ce que leur pays avait de plus précieux. Ils 4 518 s'empressèrent d'établir un commerce avec ces étrangers, et en six jours les Espagnols obtinrent des bijoux d'or d'un travail curieux, pour la valeur de quinze mille pezos , en échange de quelques bagatelles européennes de vil prix. Les deux prisonniers que Hernandez de Gordova avait emmenés duYucatan avaient jusqu'alors servi d'interprètes; mais comme ils ne comprenaient pas la langue de ce nouveau pays , les naturels firent entendre par signes qu'ils étaient sujets d'un grand monarque appelé Montézuma , dont la domination s'étendait sur cette province ainsi que sur plusieurs autres. Grijalva quitta cet endroit, dont il dut être fort satisfait , et continua sa route vers l'ouest. Il débarqua sur une petite île qu'il nomma Vile des 19 juin. Sacrifices , parce que ce fut là que les Espagnols virent pour la première fois l'horrible spectacle de victimes humaines que la barbare superstition des naturels offrait à leurs dieux. Il toucha à une autre petite île, qu'il appela Saint- Jean- de- Ulua. Il dépêcha de cette île Pierre de Alvarado , un de ses officiers , à Velasquès , avec un détail circonstancié des importantes découvertes qu'il avait faites , et avec les richesses qu'il avait obtenues en trafiquant avec les naturels. Après le départ d' Alvarado il continua avec les vaisseaux qui lui restaient de suivre la cote jusqu'à la rivière de Pa-
3l8 HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
4 518 nuco; le pays lui parut partout riche, fertile et très peuplé.
Plusieurs des officiers de Grijalva prétendirent que ce n'était pas assez d'avoir découvert <ies belles régions, ni d'avoir rempli à leurs différents débarquements la frivole cérémonie d'en prendre possession pour la couronne de Castille ; que leur gloire seraitimparfaites'ils n'établissaient dans milieu favorable une colonie qui non-seulement assurât à la nation espagnole un abord dans le pays, mais qui, avec les renforts qu'ils avaient la certitude de recevoir, pût servir par degrés à soumettre tout le pays à la domination de leur souverain. Mais il y avait plus de cinq mois que l'escadre était à la mer; la plus grande partie des vivres était épuisée, et ce qui restait de provisions avait été tellement gâté par la chaleur du climat, qu'il n'était plus guère possible d'en faire usage ; la mort avait emporté plusieurs Espagnols ; d'autres étaient malades; le pays était rempli d'habitants qui paraissaient aussi industrieux que braves , et ils étaient sous la domination d'un monarque puissant qui pouvait les réunir et rassembler des forces considérables pour repousser une invasion. Songer à établir une colonie dans des circonstances si désavantageuses, c'eût été s'exposer à une destruction inévitable. Quoique Grijalva eût de l'ambition et du courage, il n'avait pas les talents nécessaires pour former et exécuter une si grar.de entreprise. Il jugea