LIVRE TROISIÈME. 3lO
plus prudent de retourner à Cuba, après avoir rem- 4 54 8 pli l'objet de son voyage et exécuté tout ce que l'armement qu'il commandait l'avait mis en état de faire. Il revint à San-Jago-de-Cuba le 26 octobre , environ six mois après en être parti1.
Ce fut là le voyage le plus long et en même temps Préparatifs
-, , , 1 t- 1 c ' pour «ne au-
leplus heureux que les espagnols eussent encore tait treexpédition. dans le Nouveau-Monde. Ils avaient découvert que le Yucatan n'était pas une île comme ils l'avaient imaginé, mais une partie du grand continent d'Amérique. De Potonchan ils avaient suivi leur route, pendant plusieurs centaines de milles, le long d'une cote qui n'avait pas encore été reconnue , et qui , s'étendant d'abord vers l'ouest , tournait ensuite vers le nord. Enfin tout le pays qu'ils avaient découvert paraissait aussi important par sa richesse que par son étendue. Dès qu'Alvarado fut arrivé à Cuba, Yelasquès , enchanté d'un succès qui surpassait tellement toutes ses espérances, dépêcha sur-le-champ une personne de confiance pour annoncer cette importante nouvelle en Espagne, y porter les riches productions des contrées qui avaient été découvertes par ses soins, et solliciter une augmentation d'autorité qui pût le mettre en état d'en entreprendre la conquête. Il n'attendit pas même le retour de son messager, ni l'arrivée de Grijalva, qui commençait à lui inspirer
(r) Herrera, Decad. II, lib. III , cap. 1,2, 9, 10. Bern. Diaz, cap. 8, 17. Oviedo, Hist. lib. XV11 , cap. 9, 20. Gomara, cap. 49.
4 518 beaucoup de défiance et de jalousie, et qu'il était résolu de ne plus employer ' : il commença donc a préparer un armement proportionné à l'importance et aux dangers de l'entreprise qu'il méditait.
Comme l'expédition dont Yelasquès était alors occupé s'est terminée par des conquêtes beaucoup plus importantes que tout ce que les Espagnols avaient fait jusqu'alors, et les a conduits à la connaissance d'un peuple qui peut être regardé comme très civilisé si on le compare avec ceux des Américains que l'on connaissait auparavant, il convient de suspendre quelque temps le récit de ces événements , si différents de ceux que nous avons déjà rapportés, afin de jeter un coup d'œil sur l'état du IN ouveau-Monde à l'époque de sa première découverte , et d'examiner la police et les mœurs des tribus simples et grossières qui occupaient toutes les parties du continent où les Espagnols avaient pénétré.
(i) Velasquez était d'ailleurs mécontent de Grijalva , qui n'avait pas suivi ses instructions relativement à la fondation d'une colonie dans les pays qu'il découvrirait. ( D. L. R. )
FfTV DU LIVRE TROISIEME
Note i , page 9.
Tyr était située à une trop grande distance du golfe Arabique ou mer Rouge pour qu'il fût possible de transporter par terre les marchandises jusqu'à cette ville ; c'est ce qui engagea les Phéniciens à se rendre maîtres de Rhinocrura ou Rhinocolura, le port de la Méditerranée le plus voisin de la mer Rouge. C'était à Elath , le meilleur port de cette mer vers le nord, qu'ils débarquaient les cargaisons qu'ils avaient achetées en Arabie, en Ethiopie ou dans l'Inde. De là on les transportait par terre à Rhinocolura , dont la distance n'était pas considérable , et on les embarquait de nouveau dans ce port pour être transportées à Tyr et réparties dans le reste du monde. Strabo. Géogr. édit, Casaub., lib. Wï , pag-. 1128. Diodor. Sicul. Biblioth. Hist. édit. Wesselingi , lib. I , p. 70.
Note 11, page i3.
Le Périple d'Hannon, le seul monument authentique que nous ayons de la science des Carthaginois dans l'art de la navigation , est un des fragments les plus curieux qui nous aient été transmis par l'antiquité. Le savant et ingénieux M. Dodwell , dans une disser- 1. 21
tation qu'il a mise à la tète de ce Périple qui se trouve dans l'édition des Geographi minores, publiée à Oxford, cherche à prouver que ce n'est qu'un ouvrage supposé par quelque Grec qui a pris le nom d'Hannon. Mais Montesquieu , dans Y Esprit des Lois, liv. XXI , ch. 8 , et Bougainville , dans une dissertation insérée dans le XXVIe vol. des Mémoires de V Académie des inscriptions , etc. , ont prouvé son authenticité par des raisons qui me paraissent irrésistibles. Ramusio a joint à la traduction qu'il a faite de ce curieux voyage une dissertation qui sert à l'éclaircir. Racolte de viaggi, vol. I, page 112. Bougainville a traité le même sujet avec son savoir et son habileté ordinaires. Il paraît qu'Hannon , selon la méthode de naviguer des anciens, entreprit ce voyage avec de petits bâtiments , construits d'une manière propre à ranger de fort près les côtes. Il se rendit en douze jours de Gadès à l'île de Cerné , qui probablement est l'île d'Arguin des modernes. Elle devint la principale station des Carthaginois sur cette côte ; et Bougainville prétend que les citernes qu'on y trouve encore sont des monuments de leur puissance et de leur industrie. En partant de Cerné et suivant toujours la côte , il arriva en dix-sept jours à un promontoire qu'il appela la Corne de V Occident, qui sans doute est le cap des Palmes. De là il s'avança vers un autre promontoire, auquel il donna le nom de la Corne du Midi, etqui estmanifestementle cap desTrois-Pointes, situé à environ cinq degrés au nord de la ligne1. Toutes les (i)M. Gossclin ne partage pas l'opinion deRobertson; il démontre dans
circonstances contenues dans un court extrait de son journal , qui est parvenu jusqu'à nous , concernant la figure et l'état de l'intérieur et des côtes de l'Afrique , se trouvent confirmées et éclaircies par la comparaison qu'on en fait avec les rapports des navigateurs modernes. Les faits même qui , par leur peu de probabilité , paraissaient devoir rendre douteuse la vérité de cette relation , tendent à la confirmer. 11 marque que pendant le jour on observait un profond silence dans le pays qui se trouve au sud de l'île de Cerné, mais que lorsque la nuit était venue on allumait un nombre considérable de feux sur les bords des rivières , et que l'air retentissait alors du bruit des fifres et des tambours et de cris de joie. Suivant Ramusio , la même chose s'y pratique encore , parce que la chaleur excessive oblige les habitants de se tenir pendant le jour dans les bois ou dans leurs cabanes. Au coucher du soleil , ils en sortent à la lumière des flambeaux pour jouir pendant la nuit du plaisir de la musique et de la danse. Ramusio , 1 , 113 , F. Dans un autre endroit il représente la mer comme embrasée par des torrents de feu. Ce qui arriva à M. Adanson sur la même côte , peut expliquer ce passage. « Dès que le soleil , dit-il , en se plongeant sous l'ho- « rizon, avait ramené les ténèbres , la mer nous prê- « tait aussitôt sa lumière. Laproue du navire, en faisant
son mémoire intitulé Recherches sur les connaissances géographiques des anciens le long des cotes occidentales de l'Afrique qu'Hannon n'a pas dépassé le cap Bojador , ou le cap Non, et que les anciens n'ont rien connu au-delà. ( D. L. R. )
« bouillonner ses eaux, semblait les mettre en feu. « Nous voguions ainsi dans un cercle lumineux qui « nous environnait comme une gloire d'une grande « largeur , d'où s'échappait dans le sillage un long « trait de lumière qui nous suivit jusqu'à l'île de « Gorée. » Voyage au Sénégal , in-\°. Paris , 1757 , page 97.
Note m, page i3.
Long-temps après la navigation des Phéniciens et d'Eudoxe autour de l'Afrique , Polybe , le plus intelligent et le plus instruit des historiens de l'antiquité , affirme qu'on ignorait de son temps si l'Afrique était un continent étendu vers le sud, ou si elle était entourée par la mer. Polibii Hist., lib. III. Pline le naturaliste assure qu'il ne peut y avoir aucune communication entre les zones tempérées du sud et du nord. Plinii Hist, nat. edit. in usum Delph. in-\° , lib. II, cap. 68. Si ces deux auteurs avaient ajouté foi aux relations de ces voyages , le premier ne se serait pas trouvé dans le doute , et le second n'aurait pas soutenu une pareille opinion. Strabon parle du voyage d'Eudoxe , mais le traite comme une fable , lib. II , pag. 155 ; et même suivant ce qu'il en dit, on ne peut guère en porter un autre jugement. Il paraît que Strabon n'a eu aucune connaissance certaine touchant la forme et l'état des parties méridionales de l'Afrique Geogr.ylib. XVII, pag. 1180.Ptolémée, le plus curieux et le plus savant des anciens géographes , n'était pas mieux instruit sur les parties de
l'Afrique situées à quelques degrés au-delà de la ligne équinoxiale ; car il pensait que ce grand continent n'était pas entouré par la mer, mais qu'il s'étendait , sans interruption ., vers le pôle antarctique ; et il s'est; trompé sur sa véritable figure , au point de dire que ce continent s'élargit de plus en plus à mesure qu'on avance vers le sud. Pool. Geogr., lib.W, cap. 9. Brietii Parai le la Geogr. veteris et novœ , pag. 86.
Note iv, page 21.
Un fait rapporté par Strabon nous donne une preuve aussi forte que singulière de l'ignorance des anciens sur la situation des différentes parties de la terre. Pendant qu'Alexandre marchait le long des rives de l'Hydaspe et de l'Acesine , deux des rivières qui se jettent dans l' Indus , il remarqua qu'il y avait un grand nombre de crocodiles dans ces rivières , et que le pays produisait les mêmes espèces de fèves qui sonttrès communes en Egypte. Il conclut de ces circonstances qu'il avait découvert la source du Nil , et prépara une flotte pour se rendre en Egypte en descendant l'Hydaspe. Strab. Geogr., lib. XV,j».102O. Cette surprenante erreur ne provenait pas d'une ignorance de la géographie, particulière à ce monarque ; car Strabon nous apprend qu'Alexandre s'appliquait avec une attention singulière à l'étude de cette science , et qu'il avait des cartes ou des descriptions exactes des pays par lesquels il passait : lib. II , pag. 120. Mais dans ce siècle les connaissances des Grecs ne s'étendaient pas au-delà des limites de la Méditerranée.
Notêv , pa ge 21 .
Le flux et le reflux , qui sont très considérables à l'embouchure de l'Indus , devaient rendre ce phénomène plus redoutable aux yeux des Grecs. Varen. Geogr., vol. I, pag. 251.
Note vi, page 25.
Il est probable que les anciens étaient rarement excités à s'avancer aussi loin , soit par un motif de curiosité, soit par quelque intérêt de commerce; c'est pour cela qu'ils avaient des idées très fausses sur la situation de cette grande rivière. Ptolémée place la première branche du Gange , qu'il distingue par le nom de la grande embouchure, au cent quarantesixième degré de longitude de son premier méridien , qu'il fait passer par les îles Fortunées. Mais sa véritable longitude , prise de ce méridien , est aujourd'hui déterminée, d'après les observations astronomiques, à cent cinq degrés seulement. Un si grand géographe ne peut avoir été entraîné dans une erreur aussi grave que par les rapports infidèles qu'il avait reçus de ces pays éloignés; ce qui prouve évidemment que les voyages qu'on y faisait n'étaient pas fréquents. Ses connaissances étaient encore plus bornées , et ses erreurs plus considérables relativement aux contrées de l'Inde qui sont au-delà du Gange. J'aurai occasion de faire observer ailleurs qu'il a placé le pays des Seres , ou la Chine, à soixante degrés plus à l'est que n'est sa véritable position. M. d'Anville, un des plus savants géographes modernes , a jeté une grande
clarté sur cette matière , dans deux dissertations publiées dans les Mémoires de V Acad. des Inscript. , tom. XXXII , pag. 573, 604.
Note vu, page 27.
Il est remarquable que les découvertes des anciens furent faites principalement par terre , et celles des modernes par mer. Le progrès des conquêtes conduisit les premiers , et celui du commerce présida aux entreprises des seconds. Strabon fait observer judicieusement que les conquêtes d'Alexandre-le-Grand firent connaître l'orient; que celles des Romains ouvrirent la route de l'occident, et qu'on doit à celles de Mithridate , roi de Pont , la connaissance du nord : lib. X, pag. 26. Lorsqu'on fait des découvertes par terre , les progrès doivent être lents et les opérations bornées ; celles qui se font par mer ont une sphère plus étendue et une marche plus rapide ; mais elles sont sujettes à des erreurs particulières : quoiqu'elles fassent connaître la position des différents pays , et qu'elles servent à déterminer leurs limites du coté de la mer, elles nous laissent dans une parfaite ignorance sur leur état intérieur. Il y a plus de deux siècles et demi que les Européens ont doublé le cap méridional de l'Afrique , et qu'ils ont porté le commerce dans la plupart de ses ports ; mais ils n'ont fait pour ainsi dire que parcourir les cotes et marquer quelques ports et quelques caps d'une grande partie de ce vaste continent; les contrées intérieures sont restées presque absolument inconnues1. Les anciens, qui n'avaient
(t) Depuis l'époque où Robert sop écrivait, nos connaissances sur l'in-
3a8 notes
qu'une connaissance imparfaite de ses côtes , excepté de celles qui sont baignées par la Méditerranée ou par la mer Rouge , avaient coutume de pénétrer dans l'intérieur du pays ; et si nous pouvons nous en rapporter au témoignage d'Hérodote et de Diodore de Sicile , ils ont exploré plusieurs parties qui nous sont aujourd'hui inconnues. Les connaissances géographiques resteront donc inexactes et bornées jusqu'à ce qu'on unisse ensemble ces deux manières de faire des découvertes.
Note vin, page 3i.
Les idées des anciens , sur cette chaleur excessive de la zone torride qui la rendait inhabitable , et leur opiniâtreté à persister dans cette erreur long - temps après avoir porté leur commerce dans plusieurs parties de l'Inde situées entre les tropiques , doivent paraître si singulières et si absurdes , qu'il ne sera peutêtre pas inutile de produire quelques preuves de leur étrange méprise sur ce point , et d'expliquer l'inconséquence apparente de leur théorie avec leur propre expérience. Cicéron , qui a porté ses regards sur toutes les parties de la philosophie connue des anciens , paraît avoir pensé que la zone torride était inhabitable , et que par conséquent il ne pouvait y avoir aucune communication entre les zones tempérées du
térieur de l'Afrique se sont étendues. Voir V Essai sur les progrès de la géographie de l'intérieur de l'Afrique et sur les voyages de découvertes qui s'y rattachent, par M. de Larenaudicre , et Les voyages du major Lain^, de Denjbam et de Clapperton. (D. L. R.)
nord et du sud II fait dire par Scipion l'Africain à Scipion le jeune : « Vous \oyez encore cette même « terre comme ceinte de quelques cercles qu'on ap- « pelle zones ; vous remarquez que les deux extrêmes, « qui ont chacune un des pôles pour centre , sont toute jours hérissées de glaces, tandis que celle du milieu, « qui est la plus grande , est brûlée des rayons du so- « leil. Il n'en reste donc que deux habitables : voici « la zone australe dont les peuples , étant vos anti- « podes , sont pour vous comme s'ils n'étaient pas : » Songe de Scipion , chap. 6 , trad. de M. Barrett. Geminus , philosophe grec , contemporain de Cicéron , paraît du même sentiment , non dans un ouvrage populaire, mais dans son 'EiGrxyoyvi uç (petit opine, qui est un traité purement scientifique. «Lorsque nous « parlons , dit-il , de la zone tempérée du midi et de « ses habitants, et de ceux qu'on appelle antipodes , il « faut toujours sous-entendre que nous n'avons aucune « connaissance ni relation de la zone tempérée du « midi, et que nous ignorons si elle est habitée ou non . « Mais la figure sphérique de la terre et la ligne que « parcourt le soleil entre les deux tropiques nous font « croire qu'il y a une autre zone , située au midi , qui « jouit du même degré de température que la zone du « nord que nous habitons : » cap. 13 , pag. 31. Ap. Petavii Opus de doctr. temp. in quo Uranologium sive systemata var. auctorum; Amst. 1705 , vol. III. L'opinion de Pline le naturaliste sur ces deux points était la même : « Des cinq parties ou zones qui séparent le « ciel , les deux zones opposées qui touchent chacune
33o NOTES
« à l'une des extrémités de la terre à l'endroit de ses « pôles, dont l'un est appelé septentrional et l'antre « austral, ne produisent que des glaçons, et font de ces « contrées le séjour éternel des frimas : partout ténè- « bres perpétuelles , et dont l'influence maligne n'est «jamais corrigée par l'aspect bienfaisant des signes « qui nous regardent. Le seul éclat des neiges y pro- « duitune lumière blanchâtre. Quant à la partie de la « terre située sous la zone du milieu, qui est celle « sous laquelle le soleil fait sa route , incessamment « brûlée par le voisinage de cet astre et consumée « par ses flammes, c'est à juste titre qu'on la nomme « torride. A droite et à gauche de cette ceinture brû- « lante , et entre les deux extrémités glaciales , il reste « uniquement deux zones tempérées. Encore le pas- « sage de l'une à l'autre est-il impraticable , vu l'in- « cendie qui règne dans le ciel constellé d'un bout à « l'autre de la ligne. Si donc vous concevez la terre « divisée en quatre parties , il est clair que le ciel à « lui seul en retranche trois : » lib. II, cap. 68 l. Strabon ne s'explique pas moins clairement sur cet objet. « La partie de la terre qui se trouve près de « l'équateur dans la zone torride , est inhabitable à « cause de l'excessive chaleur » : lib. II , pag. 154. Je pourrais joindre ici l'autorité de plusieurs philosophes et historiens respectables de l'antiquité.
Pour expliquer le sens dans lequel cette doctrine était généralement reçue , nous devons faire observer queParmenide, commenous l'apprend Strabon, fut le
' ' \) Traduction do Poinsinel de Sivry.
premier qui divisa la terre en cinq zones. Il étendait audelà des tropiques les limites de la zone qu'il supposait inhabitable par la trop grande chaleur. Strabon nous dit aussi qu'Aristote fixait les différentes zones de la même manière qu'elles sont marquées parles géographes modernes. Maislesprogrèsdesdécouvertesayant démontré par degrés que plusieurs régions de la terre situées entre les tropiques sont non-seulement habitables, mais même très peuplées et très fertiles, les géographes prirent le parti de renfermer la zone torride dans des bornes plus étroites. Il n'est pas facile de marquer avec précision les limites qu'ils lui donnaient. Un passage de Strabon , qui est , je pense , le seul auteur de l'antiquité qui nous ait transmis quelque notion sur ce sujet , me ferait croire que ceux qui calculaient d'après la mesure de la terre donnée par Eratosthène supposaient que la zone torride comprenait près de seize degrés , à peu près huit de chaque coté de l'équateur ; au lieu que ceux qui suivaient le calcul de Posidonius donnaient environ vingt-quatre degrés à la zone torride ; c'est-à-dire un peu plus de douze degrés de chaque coté de l'équateur. Strabo , hb. II , pag. 151. Suivant la première opinion, environ deux tiers de cette partie du globe qui se trouve entre les tropiques étaient habitables, et selon la seconde hypothèse il n'y en avait que la moitié. Avec cette restriction , la doctrine des anciens touchant la zone torride paraît moins absurde , et nous pouvons concevoir pourquoi ils regardaient cette zone comme inhabitable , même après s'être ouvert une commu-
nication avec plusieurs endroits situés entre les tropiques. Lorsque les savants parlaient de la zone torride , ils la regardaient , suivant la définition des géographes , comme occupant une étendue de seize ou tout au plus de vingt-quatre degrés ; et comme ils n'avaient presque aucune connaissance des contrées plus voisines de l'équateur, ils pouvaient les croire inhabitables. On continua de donner dans le discours familier le nom de zone torride à cette portion de la terre contenue entre les tropiques. Gicéron , qui paraît avoir ignoré ces idées des derniers géographes , suit la division de Parmenide, et décrit la zone torride comme la plus large des cinq. Quelques anciens ont rejeté comme une erreur populaire la pensée de cette chaleur excessive de la zone torride. Suivant Plutarque , Pythagore était de ce sentiment ; Strabon nous apprend qu'Eratosthène et Polybe avaient adopté la même opinion : lib. II , pag> 154. Ptolémée paraît n'avoir fait aucun cas de l'ancienne doctrine concernant la zone torride.
Note ix, page 48.
Robertson place l'invention de la boussole vers l'an 1302 , et l'attribue à Flavio Gioia , bourgeois d'Amalfi.
Ces assertions sont aujourd'hui contestées. Dans un excellent article de la Biographie universelle , M. Émeric David fait naître Flavio Gioia vers la fin du treizième siècle à Pasitano , village situé près d'Amalfi, et rappelle les opinions les plus remarquables élevées
à ce sujet : nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en citant textuellement ce que dit ce savant écrivain. «Polydore Virgile place l'invention de la boussole au nombre de celles dont les auteurs sont inconnus : Omninô in aperto non est (Pol. Virg. de invent. rer. , lib. III, cap. 18), et quelque superficiel que soit cet écrivain , son témoignage est d'un grand poids contre Gioia , attendu qu'il était né en Italie , deux cents ans seulement après ce célèbre Amalfitain. Plusieurs savants ont attribué l'invention de la boussole aux Phéniciens , aux Tyriens , au roi Salomon. Court de Gebelin est un de ceux qui en font honneur aux Phéniciens. D'autres, induits en erreur par un passage mal interprété de Plaute , ont cru que les Romains et les Grecs avaient connu ce guide des mariniers. De ce nombre est Abundantius Collina , dans son Mémoire intitulé : De acûs nauticœ inventore. (Bonon. inst. comment. , tom. II , pag. 3. ) Ces opinions ont été complètement réfutées par Turnèbe , Bochar,Dutens ; par J.Chr.Trombelli : De acûs nauticœ inventore (ibid.) ; par Gr. Grimaldi , Sopra il primo inventore délia Busso/tf (Recueil de l'Académie de Cortone , tom. III.); par Montucla , dans son Histoire des Mathématiques ; et plus récemment par M. Azuni, dans une Dissertation sur l'origine de la Boussole , imprimée deux fois en italien et ensuite en français. (Paris, 1807, in-8. ) Les anciens ne connurent point la vertu directive de l'aimant. Le silence de tous les auteurs de l'antiquité qui ont parlé de cette pierre , et notamment de Lucrèce, de Pline, de Claudien, de Plutarque, forme sur
ce fait une preuve négative qui ne laisse rien à répliquer. Gerbert, né en Auvergne, vers le commencement du dixième siècle, et pape sous le nom de Sylvestre II , voulant , lorsqu'il était évêque de Magdebourg , construire une montre solaire horizontale, reconnut le point du nord à l'aide d'un instrument avec lequel il considéra l'étoile polaire : In Magdeburg horologiumjecit, illud recle constituens , consideratâ per Jistulam quamdam Stella nautarum duce. ( Dithmar , Chronic. apud Leibnitz, scriptores rer. brunsw. , t. I , pag. 399. ) Le père Costadau , Collina , déjà cité , et d'autres écrivains ont cru reconnaître dans cet instrument une boussole. Montucla a détruit cette fausse opinion , et n'a vu , dans l'instrument de Gerbert , qu'un tube qu'il dirigeait sur l'étoile polaire , pour prendre la direction du méridien. Mais des témoignages plus convaincants attestent que des navigateurs de la Méditerranée connaissaient l'aiguille aimantée , et savaient en faire usage plus de cent ans avant Gioia. Albert dit le Grand , dans son traité De mineralibus (lit?. II , tract. 3, cap. 6) , rapporte un passage d'un ouvrage faussement attribué à Aristote , qu'il rend en ces termes : Angulus magnetis quidam est , ciijus virtus apprehendendi ferrum est , ad Zorortj hoc est, septentrionalem , et hoc utuntur nautœ ; angulus vero alius magnetis illi oppositus , trahit ad Aphron , id est polum meridionalcm. Que ce passage ne soit point d'Aristote , peu importe pour le temps où vivait Albert , né en 1193 et mort en 1280 ; et il faut même remonter plus haut , car la citation doit
être extraite de quelque ouvrage plus ancien. Le traité De mineralibus lui-même ne fût-il pas d'Albert , comme l'ont pensé quelques critiques , cela n'atténuerait point le mérite du texte que l'auteur y a inséré. Le même texte se trouve d'ailleurs cité , par Vincent de Beauvais , dans la première partie de sa Bibliotheca mundi (lib. VIII, cap. 19), et cette première partie intitulée : Spéculum naturale , a été terminée l'an 1250 , ainsi qu'on le voit au livre XXVII , chap. 102. Brunetto Latini parle aussi de la boussole dans son Trésor, composé d'abord en français, à Paris, en 1260 , et ensuite traduit par lui-même en italien. « Pour ce , dit-il , nagent les mariniers à l'en- « seigne de ces deux étoiles que l'on appelle tramon-
« taines ; et chacune des deux faces (de l'aimant)
« aise la pointe de l'aiguille à celle tramontaine à « que cette face gist [lib. I, cap. 113). » Il existe un texte devenu fameux dans cette discussion ; c'est celui de la Bible-Guyot (vers 622 à 658 ). La boussole s'y trouve nettement désignée sous les noms de manière ou marinière, manette ou marinette, suivant les variantes des divers manuscrits. On peut voir ce morceau en entier dans les Fabliaux et Contes publiés par Barbazan etMéon (tom. II, pag. 327 î ). La satire dite la
(i) Voici ce passage curieux tout entier avec l'interprétation, ou plutôt la traduction d'après M. Peignot ( Gabriel ). De notre père l'apostoile Volsisse qu'il semblast l'estoile Qui ne se muest. Bien la voient Li marinies qui si avoient :
Par celle estoille vont et vienent ,
Bible - Guyot est généralement attribuée à Guyot , moine français , natif de Provins , qui florissait à la fin du douzième siècle , puisqu'il se trouvait à la cour de
Et lor sen et lor voie tienent ,
Ils l'apelent la tresmontaigne ,
Icele estaiche est moult certaine.
Toutes les autres se removent,
Et rechangent lor liens et tornent;
Mais celle estoille ne se muet,
Un art font qui mentir ne puet
Par la vertu de la manière
Ou li fers volontiers se joinct
Ont , si gardent le droict point ,
Puis d'une aiguille i ont touchie,
Et en un festu l'ont couchie
En l'cve le metent sans plus ,
Et li festus la tient desus,
Puis se tourne la poincte toute
Contre l'estoille , si sans doute ,
Que ja nus hom n'en doutera
Ne jà pour rien ne faussera.
Quant la mer est obscure et brune ,
Quant ne voit estoille ne lune ,
Dont font à l'aguille allumer ,
Puis n'ont-ils garde d'esgarer ,
Contre l'estoille va la pointe.
J'aurais voulu que notre saint père le pape ressemblât à l'étoile ( polaire) qui ne se remue. Les mariniers qui sont en route la voient bien ; par cette étoile , ils vont et tiennent leur sentier et leur chemin ; ils l'appellent la tramontane ; ce guide est très certain. Toutes les autres (étoiles) se meuvent , changent de lieu et tournent ; mais celle-ci ne bouge. Ils font un art qui ne peut tromper par le moyen de la manœuvre. Ils ont une pierre laide et brune à laquelle le fer se joint volontiers ; ils gardent le point droit, puis ils en approchent une aiguille qu'ils couchent sur une planchette , ils la mettent sur l'eau et pas plus. La planchette tient l'ai-
l'empereur Frédéric Ier, en 1181. Cette pièce de vers fût-elle , comme on Ta supposé , un ouvrage de Hugues de Bercy , contemporain de saint Louis , cette différence ne rapprocherait la date que de cinquante ou soixante ans. Un passage du cardinal de Vitry, également clair, fixe enfin les époques d'une manière non équivoque ; et il nous reporte au temps de Guyot , et même au-delà. Jacques de Vitry, natif d'Argenteuil et évêque de Ptolémaïs , alla dans la Palestine lors de la quatrième croisade , par conséquent vers Tan 1204. De retour de ce voyage , il remplit les fonctions de légat du pape Innocent III , en 1210 , dans l'armée du comte de Montfort contre les Albigeois. Reparti pour la Terre-Sainte , il ert revint sous Honorius III , assez long-temps avant la mort de ce pape ; et il mourut lui-même en 1244. On croit qu'il a écrit sa description de la Palestine , formant le premier livre de son histoire , et intitulée Historia orientalis , pendant son séjour dans l'Orient, ce qui en place la composition entre les années 1215 et 1220 ; et d'ailleurs il parle d'un fait qu'il a observé dès l'an 1204. Or, il s'exprime ainsi {cap. 91) : A eus Jerrea , postquam adamantem contigerit , ad stellam septentrionalem , quœ velut axis firmamenti , aliis vergentibus , non movetur, semper convertitur; undè valdè necessarius est navigantibus in mari. Le sens de ses paroles ne présente aucune obscurité.
guille dessus , puis la pointe se tourne vers l'étoile , et sans doute que nul homme n'en doutera , et pour rien (cela) ne manquera. Quand la mer est obscure et brune , quand on ne voit ni étoile ni lune , on approche une lumière de l'aiguille, puis on n'a garde s'égarer, (puisqu'on voit que) la pointe va du côté de l'étoile.
On voit même qu'il ne s'agit pas d'une découverte nouvelle , mais d'un usage déjà établi , d'un instrument regardé comme absolument nécessaire aux marins , d'une connaissance devenue générale et vulgaire. Albert-le-Grand , Guyot et le cardinal de Vitry, étant tous des Français, Brunetto Latini ayant composé son ouvrage pendant son séjour en France , et Jacques de Vitry ayant dû traverser la Méditerranée sur des vaisseaux français, les Bénédictins, auteurs de Y Histoire littéraire de France, ont cru pouvoir en conclure que la boussole est une invention française. Ils ont aussi
fait valoir l'usage , sans doute français, et adopté par toutes les nations , de tracer une fleur-de-lis sur la rose des vents, pour marquer le coté du nord. C'est cette opinion que M. Azuni a renouvelée et défendue par tous les moyens qu'une érudition étendue a pu lui fournir, dans la dissertation que nous avons citée. D'autres écrivains ont réclamé en faveur des Arabes. Tels sont Tiraboschi , dans sa Storia délia letteratura italiana; Andrès , Origine e progressi d'ogni letteratura; Bergeron, Abrégé de V Histoire des Sarrasins; Riccioli, Geographia et hydrographia reformata , etc. Ceux-ci n'ont présenté , il est vrai , que des assertions vagues et dénuées de toute preuve positive. Chardin , qui s'est élevé contre leur opinion , est persuadé que les Arabes ont reçu la boussole de l'Europe. Rcnaudot est allé jusqu'à soutenir qu'il n'existe aucun écrit arabe où il soit fait mention ni de la boussole, ni même de la vertu directive de l'aimant ( Ancienne relations des Indes , pag. 288 ,291). Il paraît qu'on n'a
pu lui opposer jusqu'à présent qu'un ouvrage de Bailak Kaptchaki , intitulé en arabe : Trésor des marchands dans la connaissance des pierres (Bibliothèque royale des manuscrits , in-fol. , n° 970 ) ; et le passage de cet écrivain , découvert originairement par M. Sylvestre de Sacy , confirme l'opinion de Renaudot plutôt qu'il ne la détruit, puisque l'auteur, qui écrivait Tan 681 de l'hégire , rapporte un fait dont il a été témoin en l'an 640 ( 1242 de notre ère ) , et que ces époques sont postérieures à Guyot de Provins et au cardinal de Vitry. Ebn-Iounis, astronome arabe , dans sa Grande table hakémite , ouvrage composé l'an 1007 de notre ère , et publié en français par M. Caussin ( Notices des manuscrits de la Bibliothèque royale , tom. VII), fournit même une preuve négative très concluante que les Arabes de son temps ne connaissaient pas la boussole ; car, soit parmi les instruments dont il fait mention, soit parmi les observations qu'il rappelle, il n'en parle en aucune manière ; mais il reste toujours entre ces deux époques, c'est-à-dire entre l'an 1007 et l'an 1290, le passage attribué à Aristote , nécessairement puisé dans quelque auteur arabe. Les auteurs qui ont écrit sur la Chine ont attaqué Gioia avec plus de succès. Le P. Le Comte , Mailla , le P. Gaubil , Histoire de V Astronomie chinoise; Barrow , Nouveau voyage en Chine , etc. , etc. , se montrent convaincus que les Chinois faisaient usage de la boussole fort long-temps avant notre ère. M. Jos. Hager a développé cette opinion dans une dissertation publiée en italien , sous le titre de Mcmoria sulla
34o NOTES
bussola orientale , Pavie , 1809 ? in-Jol. ; il s'est attaché à prouver que la boussole est une invention des Chinois , et que ce peuple nous Fa transmise par ses communications avec les Arabes. Il pourra paraître étonnant, clans ce système , que la boussole , en usage dans les mers de l'Inde , 1 000 ou 2000 ans avant Jésus- Christ , n'ait été connue ni des navigateurs égyptiens, sous les Ptolémées , ni des Grecs de Constantinople , dans le moyen âge. Chardin avait laissé la question dans le doute. M. de Guignes a fait plus ; il assure que les sources où le P. Gaubil a puisé sont des romans modernes, et il blâme cet historien d'avoir cru voir une boussole dans des textes reconnus pour fabuleux {Mémoires de V Académie des inscriptions , tom. XLVI , pag. 549, 55 1 ). Cependant on ne doute plus guère aujourd'hui que les Chinois n'aient possédé la boussole , sinon aux époques dont parle le P. Gaubil , du moins long -temps avant les Européens. Le jugement qu'en ont porté Barrow , Macartney et les autres voyageurs les plus récents , a donné une très grande force à cette opinion. Les écrivains , enfin, qui ont attribué l'invention à Gioia , sont innombrables. G. Grimaldi , entre autres , savant Napolitain , a rassemblé en faveur de son compatriote , dans la dissertation que nous avons citée , une foule de passages très positifs , et s'est étayé de noms très imposants. On ne peut se dissimuler que Gioia n'ait eu pour lui pendant long-temps , l'opinion de l'Europe entière ; et il faut bien que quelque fait important ait donné sujet à cet assentiment général. Quel est donc le titre
de ce marin à la reconnaissance publique? LeP.Fournier a résolu cette espèce de problème dans son Hydrographie, (liv. XI, chap. 1) ; et Montucla, adoptant l'opinion de Fournier , l'a développée avec une clarté propre à satisfaire tous les esprits. La boussole en usage sur la Méditerranée dans le douzième et le treizième siècles ne consistait qu'en une aiguille aimantée , qu'on faisait nager dans un vase , au moyen de deux brins de paille ou d'un morceau de liège qui la soutenaient sur l'eau. Telle est la description qu'en fait l'auteur de la Bible-Guyot. De là le nom de Calamite ou de Grenouille, sous lequel on la trouve désignée dans quelques auteurs. La boussole connue des Arabes , au treizième siècle , suivant Bailak Kaptchaki , n'était pas autre chose. « Il est aisé de sentir , dit « Montucla, combien ce moyen était peu commode , « et combien de fois l'agitation de la mer devait le
« rendre impraticable Les Melpliitains , ajoute cet
« auteur ( il aurait dû dire les Amalfitains ) , imagi- « nèrent la suspension commode dont nous usons « aujourd'hui, en mettant l'aiguille touchée de l'ai- « mant , sur un pivot qui lui permet de se tourner de « tous les cotés avec facilité. On ne sait s'ils allèrent « d'abord plus loin. Dans la suite on la chargea d'un « carton divisé en trente-deux rumbs de vent, qu'on « nomme la rose des vents ; et l'on suspendit la boîte « oui la porte , de manière que , quelques mouve- « ments qu'éprouvât le vaisseau, elle restât toujours « horizontale. Les Anglais se font honneur de cette « addition à la boussole, jure an injuria 3 c'est ce que
«je ne saurais dire; je n'en connais du moins « aucune preuve. » Si l'on examine avec attention le sens du vers d'Àntonius Panormitanus , dans lequel on a cru trouver une des preuves les plus fortes de l'invention de Gioia, peut-être remarquera-t-on qu'il ne fait allusion , en effet , qu'à un grand et important perfectionnement. Ce vers est ainsi conçu :
Prima dédit nautis usum magnetis Amalpliis.
Le poète ne paraît pas vouloir assurer que la ville d'Amalfi ait donné la connaissance de l'aiguille aimantée; il ditseulement qu'elle en a donné ou plutôt facilité l'usage. Voilà donc le mérite de Gioia ; c'est , selon toute apparence , celui d'avoir rendu véritablement utile un instrument dont à peine on pouvait faire usage auparavant. La timidité de nos pilotes, dans le douzième et treizième siècles , lorsqu'ils étaient déjà en possession de la Calamité, et l'audace qu'ils ont déployée, munis de la boussole d'Amalfi, attestent évidemment l'importance du service qu'a rendu Gioia à la marine moderne. Perfectionner de cette manière, c'est réellement inventer. Il est possible que les Français aient ajouté la rose des vents à l'aiguille suspendue de Gioia : de là sera venue la fleur-de-lis qui désigne le nord. Il est possible encore que les Anglais aient conçu la pensée de renfermer l'aiguille , son pivot et la rose des vents dans une boîte, £0.2? ou £o.r<?/.' de là le nom de boussole. Les Allemands réclament cependant et les noms des vents, est, sud, nord, ouest, et même le nom de boussole. Ces particularités sont de peu d'importance. Ce qui paraîtra démontré , c'est que la découverte de la
vertu directive de l'aimant est antérieure à Gioia , et qu'avant lui les navigateurs , tant de la Méditerranée que des mers de l'Inde, faisaient usage de l'aiguille aimantée : ce qui est plus que vraisemblable, c'est qu'il a été cependant en Europe , par un perfectionnement très important, le véritable créateur de la boussole, telle que nous la connaissons aujourd'hui. On ne connaît d'ailleurs nullement l'histoire de sa vie. Quelques écrivains l'ont nommé Givi ; le nom de Gioia est le plus généralement adopté. Muratori se plaint dans ses Tables chronologiques , de ce que Vossius et d'autres savants le nomment Gira et le disent natif de Malfi : c'est , dit-il , Gioia d'Amalli qui a inventé la boussole, en l'an 1303. (Tab. XXXVIII, />«£-. 219.)
Note x, page 5o.
Ces îles qui étaient connues des anciens n'ont jamais été entièrement perdues de vue, puisque les géographes arabes les ont connues et décrites. On ne peut donc pas dire qu'elles ont été découvertes , soit par les Espagnols , soit par les Portugais , car ceux-ci prétendaient les avoir vues les premiers, et ce ne fut même que par suite d'une transaction entre les deux états qu'elles furent abandonnées à l'Espagne. Voy. Schmausii , Corpus juris genlium academ. tom. I, pag. 119 ; elles ont été seulement retrouvées. Note xi, page 5i.
Jean de Bethencourt partit de La Rochelle le 1" mai 1402 , se rendit à Cadix avec quelques bâtiments , et de là aux îles Canaries. ( D. L. R. )
Note xii j page 56.
Le tribunal de l'inquisition qui, partout où il est établi arrête nécessairement l'esprit de recherche et le progrès des lettres, fut introduit en Portugal par Jean III, qui commença à régner en 1521 \
Note xin, page 67.
Nous en trouvons un exemple dansHackluyt, d'après l'autorité de Garcia de Resende , historien portugais. Quelques négociants anglais ayant résolu d'ouvrir un commerce avec la côte de Guinée , Jean II , roi de Portugal, envoya des ambassadeurs à Edouard IV, pour lui représenter le droit qu'il avait acquis par la bulle du pape de dominer sur cette contrée, et pour le prier de défendre à ses sujets de continuer leur expédition. Edouard eut une si grande déférence pour le titre exclusif des Portugais, qu'il satisfit pleinement à leur demande. Hackluyt, Navigations , Voyages and Traffics of the English , vol. II , part. II , pag. 2.
Note xiv , page 79.
Le temps de la naissance de Colomb peut être déterminé exactement par les circonstances suivantes. Il paraît par le fragment d'une 1 ittre qu'il écrivit à Ferdinand et Isabelle, en 1501, qu'il avait déjà
(1) Notre savant ami M. Adrien Balbi , dans son Essai statistique sur le royaume de Portugal et d'Algarve, comparé aux autres Etats de l'Europe, Paris, 1822 , a prouvé par des faits que les Portugais n'ont pas autant dégénéré de leurs ancêtres que le suppose Robertson, et qu'ils sont loin d'être aussi arriérés qu'on le croyait généralement.
exercé alors pendant quarante ans le métier de marin. Il leur dit dans une autre lettre qu'il se mit en mer à Tâge de quatorze ans : il suit donc de ces deux faits qu'il était né en 1447 . Vie de Christophe Colomb, par don Ferdinand son fils. Churchill' s Collect. of voyages , vol. II, pag. 484 , 485.
Note xv, page 8o.
Les savants ne sont pas d'accord sur la position de la Thulé des anciens Les uns pensent, avec Cluverius, que c'est Y Islande ; d'autres soutiennent, avec Danville , que c'est une des îles Shetland; d'autres enfin, qu'il faut appliquer ce nom à une partie de la Norwège méridionale. Malte-Brun est d'avis , dans son Précis de la géogr. univ, , tom. I , pag. 103, que Thulé correspond parfaitement au Jutland, à cause des dunes sablonneuses, des brouillards et des autres traits caractéristiques de ce pays , qui le font ressembler au tableau que Pythéas a tracé de Thulé. Quelques savants ont écrit que les anciens avaient donné le nom de Thulé à plusieurs pays différents : en adoptant cette opinion, on pourrait concilier toutes celles qui ont été émises à ce sujet. (D. L. R. )
Note xvi, page 88.
Les anciens géographes connaissaient la figure sphérique de la terre. Ils inventèrent la méthode de calculer la longitude et la latitude , qui est encore en usage aujourd'hui. Suivant leur principe , l'équateur ou le cercle imaginaire qui enveloppe la terre était de trois cent soixante degrés , qu'ils divisaient en
vingt-quatre parties ou heures, chacune de quinze degrés. Marinus de Tyr, le plus habile des anciens géographes avant Ptolémée, supposait que le pays des Seres ou Sinœ , qui était le lieu le plus reculé de l'Inde que connussent les anciens , se trouvait à quinze heures , ou deux cent vingt-cinq degrés à l'est du premier méridien qui passait par les îles Fortunées. Ptolém. Geogr. lib. I, cap. 11. Si cette supposition était bien fondée , le pays des Seres ou la Chine n'était qu'à neuf heures ou cent trente-cinq degrés à l'ouest des îles Fortunées ou Canaries , et la navigation par cette route aurait été beaucoup plus courte que par la route que suivaientles Portugais. MarcoPolo , dans ses voyages , décrit des pays , principalement l'île de Cipango ou Zipangri , qu'on croit être le Japon ' , qui se trouvait beaucoup plus à l'est qu'aucune partie de l'Asie connue des anciens. Marc. Paul.dereg. Orient, lib. II , cap. 70 ; lib. III, cap. 2. Il résulte de là que le Japon, s' étendant encore plus à Test, était beaucoup plus près des îles Canaries. Les conclusions de Colomb , quoique fondées sur des observations inexactes , se trouvaient justes. Si les suppositions de Marinus avaient été bien fondées , et si les pays que Marco Polo visita avaient été situés à l'est de ceux dont Marinus avait déterminé la longitude , la route la plus facile et en même temps la plus courte pour se rendre aux Indes orientales aurait été de naviguer droit à l'ouest. Hcrrcra, Decad. I , lib. I, cap. 2. Une
(i) Nous Tavons déjà dit, il n'existe plus aujourd'hui de doute à cv sujet. Le Cipango de Marco Polo est bien le Japon. (D. L. R.)
connaissance plus étendue du globe nous a découvert la grande erreur où est tombé Marinus , en supposant que la Chine se trouve à quinze heures ou deux cent vingt-cinq degrés à l'est des îles Canaries, et que Ptolémée même s'est trompé en réduisant la longitude de la Chine à douze heures ou cent quatrevingts degrés. La longitude des limites occidentales de ce vaste empire est de sept heures ou de cent quinze degrés du méridien des îles Canaries. Mais Colomb suivait les lumières que son siècle pouvait lui fournir, et s'appuyait de l'autorité des écrivains qu'on regardait alors comme les maîtres et les guides du genre humain dans la science de la géographie. Note xvii, page n3.
Comme les Portugais , en faisant leurs découvertes, ne s'écartaient qu'à une petite distance des cotes de l'Afrique , ils crurent que les oiseaux , dont ils observaient le vol avec une grande attention , ne se hasardaient pas loin des terres. Dans l'enfance de la navigation on ignorait que souvent les oiseaux poussent leur vol à une distance immense des cotes. En naviguant vers les Indes occidentales, on trouve quelquefois des oiseaux à plus de deux cents lieues de terre. Sloane's , Nat. hist. of Jamaica ,vol.\ , pag. 30. Catesby a vu en mer un hibou à'plus de six cents lieues des côtes : Hist. nat. of Carolina , prcf. pag. 7. Hist. nat. de Bujfon, tom. XVI, pag. 32. Il paraît donc que cet indice de terre , sur lequel Colomb semble s'être appuyé avec quelque confiance, n'était rien moins que certain. Cette observation est confirmée
par le capitaine Cook , celui de tous les navigateurs qui a traversé le plus de mers et acquis le plus d'expérience. « Personne, dit-il , ne sait encore à quelle « distance quelques-uns des oiseaux océaniques s'a- « vancent sur la mer : pour mon propre compte , je « ne crois pas qu'il y en ait un seul sur lequel on puisse « se fier pour indiquer le voisinage de la terre. » Voyage towards the South Pôle , vol. 1 , pag. 275. Note xvin, page 126.
« Il n'est plus douteux aujourd'hui, parmi les botanistes , dit M. le baron de Humboldt , Essai polit, sur la nouv. Esp. tom. III, p. 52 et tom. \\p. 184, que le maïs ou blé turc , zéa maïs, la seule graminée à graines farineuses que cultivaient les Américains avant l'arrivée des Européens, est un véritable blé américain , et que c'est le nouveau continent qui Ta donnée à l'ancien »
« Lors de la découverte de l'Amérique par les Espagnols, il (le maïs) était déjà cultivé dans la partie la plus méridionale du Chili jusqu'en Pensylvanie. D'après une tradition des peuples aztèques, la culture de cette graminée , qui portait dans leur langue le nom de Tlaolli, en Haïtien celui de Mahiz, et en Quichua celui de Cara , avait été introduite au Mexique dans le septième siècle par les Toultèques qui y portèrent en même temps celle du coton et du piment. »
Cette opinion de M. de Humboldt est partagée par le célèbre Parmentier, qui s'exprime ainsi dans l'article Maïs du nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle appliquée aux arts, t. XVIII : « Quelles que soient
les raisons sur lesquelles se sont fondés des auteurs , d'ailleurs recommandables , pour essayer de prouver que le maïs n'est pas originaire d'Amérique, cette plante a des caractères trop frappants pour la méconnaître. Varron , Columelle , Pline , Palladius , Dioscoride, Théophraste, Gallien, tous ceux en un mot qui ont traité de l'économie rurale ou des végétaux nourrissants et médicamenteux, gardent le plus profond silence sur le maïs. Il n'en est fait non plus aucune mention dans les relations des voyageurs qui ont été en Asie et en Afrique avant la découverte de Christophe Colomb. Cependant ils donnent les détails les plus circonstanciés des productions particulières aux contrées qu'ils ont parcourues. Les premiers auteurs qui en aient parlé ne remontent guère au-delà du quinzième siècle , et c'est aux Espagnols que nous devons la première description exacte que nous possédions de ce grain.
« Dans le mémoire qui a été couronné , en 1784 , par l'académie des sciences de Bordeaux , sur cette question '.Quel serait le meilleur moyen pour conserver le plus long-temps possible, soit en grain, soit enfariné, lé maïs ou blé de Turquie , plus connu dans la Guienne sous le nom de blé d Espagne , et quels seraient les différents moyens d en tirer parti dans les années abondantes , indépendamment des usages connus et ordinaires dans cette province ? nous avons rassemblé tous les faits qui ne permettent plus de douter que le maïs ne soit une production indigène du continent , ainsi que des îles d'Amérique , d'où il a été transporté dans les autres parties de l'univers. »
3 5o NOTES
« Quelques auteurs, clitM. Loiseleur-Deslonchamps, Dictionnaire des sciences naturelles y par plusieurs professeurs au Jardin du Roi , etc. , tom. XXVIII , art. Maïs , (1823), ont voulu essayer de prouver que le maïs était originaire de l'Inde , d'où il aurait été transporté en Turquie , puis en Afrique , et enfin dans les deux Amériques. Cette opinion a surtout été soutenue par M. Amoureux , dans un mémoire sur le maïs , qui concourut avec celui de Parmentier, couronné en 1784 par l'académie de Bordeaux ; mais Parmentier nous paraît avoir complètement réfuté cette opinion. »
« M. Constant Duméril ne se prononce pas d'une manière aussi positive ; car il dit seulement dans ses Eléments d'histoire naturelle , que le maïs parait originaire de l'Amérique méridionale. »
Dans un ouvrage quia paru en français à Turin, en 1818, sous le titre de Solution du problème économicopolitique concernant la conservation ou la suppression de la culture du riz en Lombardie et basse Italie , M. de Gregory , savant piémontais , cherche à prouver que le maïs existait en Europe bien avant la découverte de l'Amérique , et que par conséquent il n'est point originaire du nouveau continent.
Suivant cet écrivain, le maïs, latine melica, était cultivé dans le Vercellais depuis 1185 , ainsi qu'il résulte des états qui se trouvent dans les archives du chapitre à VerceiL
En 1204 , « Jacobus ex marchionibus Incisée et Antoniellus Molinari tradiderunt et donaverunt eorum patriœ [Incisœ in Monfcrrato) bursam unam desemine, sf.u
ET ECLAIRCISSEMENTS. 35l
GRANIS DE COLORE AUREO ET PARTIM ALBO, 71071 (MiplillS CLTltea
■visis inregionibus nostris , quœ dixerunt delulisse ab una provincia Jlsiœ Natolia dictœ , perquam cum equitibus suis incursiones executi erant tempore circumvallationis Tïtagnce illius civitatis Constantinopoli ,ct vocari meliga, quœ tractu temporis magnum redditum , et subsidium patriœ comparant , quam bursam , etc. Voij. Molinari, Storia , d' Incisa, tom. I ,pag. 198.
On semait du maïs, ajoute M. de Gregory , à Montiglio en 1300 , à Carignan en 1301 , à Rivara en 1350, à Monasterolo en 1369, à San-Benigno en H43.
« Ducange dit, dans son Glossarium ad scriptores mediœ et infimœ latinitatis , Paris, 1733, pag. 644, verbo melica vox est Italica1 nostris blé sarrazin , vel milium indicum. Memoriale potestatem regiens. ad an. 1221 , apud Murator., t. VIII , coll. 4105, et eo anno fuit maxima caris tia b lavis, ita quod se x tarins frumenti
vendebatur XII solidos impériales et sextarius
melica VIII solidos. Ibid. ad ann. 1277. coll. 1143. Et magna pluvia fuit, ita quod homines non potuerunt colligere melicas de campîs j nec cas siccare , nec potuerunt bene seminare. »
Pour décider cette question de l'histoire des céréales , il est indipensable d'examiner si le zea maïs et le melica ou meliga sont de la même espèce ou du même genre. Si on trouvait que le second n'est point le véritable maïs, M. de Gregory aurait à prouver que le véritable maïs qu'il dit avoir été cultivé au commencement du quatorzième siècle dans plusieurs
35^ notes
contrées de l'Italie y était réellement connu à cette époque , en citant quelque acte ou document authentique et incontestable à l'appui de son assertion ; car les états qui se trouvent , suivant lui , dans les archives du chapitre de Verceil , et desquels il résulte que le maïs , latine melica, était cultivé dans le Vercellais dès l'an 1185 , ne prouvent rien, tant qu'il n'est pas démontré que le melica est un véritable maïs.
La description succincte de la graminée appelée
meliga, apportée de la Natolie à l'époque du siège
de Constantinople , c'est-à-dire au commencement
du treizième siècle, et dont il est parlé dans l'acte
cité par Molinari , de la donation faite à la ville
d'Incise, paraît, il est vrai, convenir au maïs; mais
pourrait convenir également à l'houque sorgho {holcus
sorghum ) que les Arabes cultivent pour faire du pain,
et dont les semences, suivant le Dictionnaire d'histoire
naturelle de l'Encyclopédie méthodique, varient pour la
couleur, du blanc au jaune, à la couleur ferrugineuse
et au pourpre noirâtre. Nous ajouterons que Rum-
phius , dans son Herbarium amboinense dit que le
sorghum, appelé aussi melica en Italie et melega en
Lombardie , a été observé dans l'Asie mineure par
Belon.
La conséquence tirée par Parmentier , « que de ce qu'il n'est pas fait mention du maïs dans les relations des voyageurs qui ont été en Asie et en Afrique avant la découverte de l'Amérique , cette graminée n'y existait pas , ne nous semble pas tout-à-fait juste ; car ces voyageurs n'étant pas allés dans toutes les contrées de
l'Asie et de l'Afrique , peuvent ne pas avoir visité les parties de ces continents où le maïs était cultivé. Il est de fait que X Indian corn (blé dinde) qui paraît être le maïs , est cultivé dans l'Assam , à la base de l'Himmalaya, et probablement dans d'autres contrées. Depuis quelle époque? Est-ce avant la découverte de l'Amérique ? Les voyageurs ne s'expliquent pas à ce sujet, et c'est ce qui trancherait la question , en supposant qu'ils n'aient pas confondu les espèces, et que X Indian corn dont ils parlent soit bien le maïs. Si c'était le maïs , serait-il présumable que les Européens l'aient importé dans ces pays reculés de l'Asie si peu connus et depuis si peu de temps? On pourrait ajouter que la partie de l'Assam où un voyageur anglais , le capitaine Bedfort, vient de pénétres récemment et où il a trouvé X Indian corn en pleine culture, celle où coule le Brahma kund , réservoir dans lequel , suivant la légende indoue , l'Enfant-Rivière- Dieu ( Infant-River-God) le fils de Brahma fut élevé , n'avait pas été encore explorée par d'autres Européens, si l'on s'en rapporte à la relation extraite de la Gazette du gouvernement de Calcutta , et insérée dans le n° d'avril 1827 de XAsiatic Journal,
Nous soumettons des doutes ; c'est aux botanistes à décider. (D.L. R)
Note xix, page 127.
L'amiral , dans une lettre qu'il adresse à Ferdinand et Isabelle , décrit un des ports de Cuba avec l'admiration qui caractérise l'enthousiasme des découvertes. « Je découvris, dit-il, une rivière où une ga-
554 TVOT,;s
u 1ère peut entrer facilement. Sa beauté m'engagea à „ la sonder, et je trouvai depuis cinq jusqu'à huit „ brasses d'eau. Après avoir remonté cette rivière à « une distance considérable , tout m'engagea à y faire « un établissement. La beauté de la rivière , la hmpi- . dite des eaux qui permettait d'en voir le fond sa- „ blonneux , la grande quantité de palmiers de toute „ espèce , les plus grands et les plus beaux que j'aie „ vus , le nombre extraordinaire d'autres arbres ma- « gnifiques , les oiseaux , la verdure des plaines , tout „ cela forme un tableau si intéressant, que ce pays « surpasse tous les autres autant que le jour surpasse .. la nuit en éclat et en lumière ; ce qui m'a fait dire . souventqueje tenterais en vain d'endonnerune des- « cription complète à vos altesses ; car ni ma langue „ ni ma plume ne pourraient rendre la vente ; et le « spectacle de tant de beautés m'étonne au point que « je ne sais comment le décrire. » Fie <k Colomb ,
chap. 30.
Note xx, page i52.
Le récit que Colomb fait de la conduite sage et humaine des Indiens à cette occasion est fort remarquable : « Le roi , dit-il dans une lettre à Ferdinand .et Isabelle, ayant été instruit de notre malheur, . exprima un vif chagrin de la perte que nous venions „ de faire , et envoya sur-le-champ à notre bord tous a les habitants de l'endroit avec plusieurs grands ca- . nots. Nous déchargeâmes bientôt le vaisseau de tout . ce qui se trouvait sur le lillac , avec le secours que „ nous fit donner le roi, tandis que lui-mome, avec
« ses frères et ses autres parents, prit tout le soin « possible pour faire observer le meilleur ordre, tant « sur le vaisseau qu'à terre. De temps en temps un de « ses parents venait, les larmes aux yeux, me dire « de sa part de ne point m'affliger , et qu'il me don- « nerait tout ce qu'il possédait. Je puis assurer vos « altesses que dans aucun lieu de l'Espagne on n'au- « rait pris autant de soin de nos effets , lesquels furent. « déposés dans un endroit près du palais du roi, pour « y être gardés jusqu'à ce qu'on eût débarrassé les « maisons où l'on devait les transporter. Il fit placer « sur-le-champ des sentinelles armées pour garder « ce dépôt pendant la nuit, et les Indiens qui se trou- « vaient sur la côte se désolaient , comme s'ils avaient « partagé notre perte. Ce peuple est si doux , si hu- « main et si paisible, que j'ose répondre à vos altesses « qu'il n'y a pas au monde une meilleure espèce « d'hommes , ni un aussi bon pays que celui-ci. Ils « aiment leurs voisins comme eux-mêmes ; leur con- « versation, qui est la plus douce et la plus affectueuse « du inonde , est toujours gaie et accompagnée « d'un sourire. Quoiqu'il soit vrai qu'ils vont nus , « vos altesses peuvent être persuadées qu'ils ont plu- « sieurs coutumes fort louables. Le roi est servi avec « beaucoup d'appareil , et ses manières sont si hon- « nêtes qu'on les voit avec un grand plaisir. On n'en « trouve pas moins à observer la mémoire étonnante « de ce peuple , et le désir qu'il a d'acquérir des con- « naissances , ce qui le porte à s'informer des causes « et des effets de tout. » Vie de Colomb, chap. 32,
Il est probable que les Espagnols étaient redevables de cette attention officieuse à l'opinion qu'avaient les Indiens que c'étaient des êtres d'une nature supérieure;
Note xxi, page 140.
Tout ce qui nous reste d'un homme tel que Colomb doit nous être précieux. Une lettre qu'il écrivit à Ferdinand et Isabelle , et où il leur parle de ce qui s'est passé à cette occasion , nous fournit une peinture frappante de son courage , de son humanité , de sa prudence , de son amour pour le bien public et de son adresse à faire sa cour. « J'aurais été , « dit-il , moins touche de ce malheur si je m'étais « trouvé seul exposé au danger, tant parce que ma « vie n'est qu'un dépôt dont je dois compte à l'Etre- « Suprême , que parce que j'ai été déjà exjposé plu- « sieurs fois au péril le plus imminent. Mais ce qui « me causait un chagrin infini et me tourmentait, « c'était de voir qu'après avoir reçu du Seigneur la v< foi nécessaire pour exécuter une pareille entre- « prise, dans laquelle j'avais maintenant eu le bonce heur de réussir, pour convaincre mon adversaire, « et pour accroître la gloire et la puissance de vos « altesses , il plaisait au Tout-Puissant d'arrêter tout « par ma mort. Cependant ce malheur aurait été « moins affligeant pour moi s'il n'avait pas entraîné « la perte de ceux qui m'avaient suivi dans l'espèce rance d'acquérir une grande fortune , et qui , en « voyant le danger où ils se trouvaient, maudis- « saient non-seulement l'idée qu'ils avaient eue de
« rn'accompagner, mais encore le respect et la « crainte que je leur inspirais et qui les empê- « chaient de me quitter , comme ils l'avaient soute vent résolu. Mais ce qui mettait le comble à « ma douleur , c'était la pensée d'avoir laissé mes « deux fils au collège à Cordoue, sans amis et dans « un pays étranger , tandis qu'il était très probable « qu'on ne saurait jamais que j'avais rendu à vos « altesses des services assez essentiels pour que mes « enfants méritassent leurs bontés. Et quoique je « me consolasse par l'espérance que Dieu ne per- « mettrait pas que ce qui devait tant contribuer à « la gloire de son église , et qui m'avait coûté de « si grands travaux, restât imparfait, je pensai ce- « pendant que , pour me punir de mes fautes , sa « volonté était de me priver de la gloire que j'au- « rais pu en recueillir dans ce monde. Pendant « que j'étais dans cet état de trouble , je songeai « au bonheur qui accompagne vos altesses , et il me « vint dans l'idée que , même si je périssais et que « le vaisseau fût perdu , il serait possible que vous « fussiez par quelque hasard instruits de mon voyage « et du succès que j'avais eu jusqu'alors. Dans cette «vue, j'écrivis sur un morceau de parchemin, « avec toute la brièveté que demandait la situation « où je me trouvais , la découverte que j'avais faite « des pays que j'avais annoncés, en combien de « jours j'avais achevé mon voyage , et quelle route « j'avais tenue. Je fis connaître la bonté du pays , le a caractère de ses habitants; j'ajoutai que j'avais
« laissé les sujets de vos altesses en possession de « tous les pays que j'avais découverts. Après « avoir cacheté cet écrit, je l'adressai à vos altes- « ses , et promis mille ducats à celui qui le remet- « trait ainsi fermé , afin que si quelque étranger le « trouvait, la récompense promise pût le déter- « miner à ne pas donner ces informations à d'au- « très personnes. Je fis alors apporter un grand « tonneau, et ayant enveloppé le parchemin d'une « toile cirée et ensuite d'une espèce de gâteau « de cire, je le mis dans le tonneau, que je « fis jeter à la mer après l'avoir bouché. Tout « l'équipage s'imagina que c'était un acte de dévote tion. Craignant que ce tonneau ne fût jamais « trouvé , et voyant que nous approchions plus près « de l'Espagne , je fis un autre paquet semblable « au premier, que je plaçai au haut de la poupe , afin « que , si le vaisseau coulait à fond , le tonneau « restât au dessus de l'eau pour flotter au gré de la « fortune. »
Note xxn, page i45.
Quelques auteurs espagnols , guidés par le petit intérêt de la jalousie nationale , ont cherché à diminuer la gloire de Colomb, en faisant entendre qu'il avait été conduit à la découverte du Nouveau-Monde, non par ses propres lumières ou par son génie entreprenant, mais par les instructions qu'il avait reçues. Selon eux, un vaisseau ayant été écarté de sa route par les vents d'est fut emporté bien loin
à l'ouest sur la côte d'un pays inconnu, d'où il ne revint qu'avec beaucoup de difficulté ; tout l'équipage périt de fatigue et de besoin , excepté le pilote et trois matelots. Ces quatre marins moururent aussi quelques jours après leur arrivée ; mais le pilote ayant été reçu dans la maison de Colomb , son ami intime , lui découvrit avant sa mort le secret de la découverte qu'il avait faite par hasard , et lui laissa ses papiers qui contenaient le journal de son voyage, lequel servit de guide à Colomb dans son entreprise. Gomara est, je crois, le premier qui ait publié ce conte. Hist. cap. 13. Toutes les circonstances en sont dénuées des preuves nécessaires pour le rendre probable. On ne connaît ni le nom ni la destination de ce navire. Quelques auteurs prétendent qu'il appartenait à un des ports de l'Andalousie , et qu'il était destiné ou pour les Canaries ou pour Madère ; d'autres disent qu'il était biscaïen , et qu'il prenait la route d'Angleterre ; d'autres enfin assurent que c'était un vaisseau portugais qui trafiquait sur la côte de Guinée. Le nom du pilote est pareillement inconnu, aussi bien que celui du port où il aborda à son retour. Suivant les uns , ce fut en Portugal ; selon d'autres , à Madère ou aux Açores. On n'ignore pas moins l'année que se fit ce voyage. Monsons Nav. Tracts. Churchill, III, 371. And. Bernaldes ni Pierre Martyr, contemporains de Colomb, ne parlent point de ce pilote ni de ses découvertes. Herrera, avec son bon sens ordinaire ; passe aussi ce fait sous silence, et Oviedo n'en
36o NOTES
parle que comme d'un conte à amuser le vulgaire. Hist. lib. II , cap. 2. Des auteurs plus modernes ont supposé que Colomb avait été guidé dans son voyage par quelque instruction particulière , parce qu'on Fa vu diriger constamment sa route à l'ouest en partant des Canaries ; mais ils ne se rappellent pas que, selon les principes sur lesquels il fondait toutes ses espérances de succès , il croyait qu'en dirigeant sa route vers l'ouest il devait nécessairement arriver à ces régions de l'orient dont les anciens ont parlé. Ce fut la confiance invariable qu'il eut dans son propre système qui lui fit tenir cette route sans en changer jamais.
D'autres nations , outre les Espagnols , ont mis en question si Colomb pouvait s'arroger l'honneur d'avoir découvert l'Amérique. Quelques écrivains allemands l'attribuent à Martin Behaim , leur compatriote ; il était de la famille noble des Behaims de Schwartzbach , l'une des premières de la ville impériale de Nuremberg. Il fut élève du célèbre Jean Muller , plus connu sous le nom de Regiomontanus , et acquit une telle connaissance de la cosmographie , qu'il conçut le dessein d'explorer ces régions dont il avait été habitué à étudier et à décrire la position et les avantages. La duchesse de Bourgogne, qui le protégeait, l'envoya à Lisbonne, où la réputation que les Portugais avaient acquise par leurs découvertes attirait tous les hommes aventureux. Là, suivant Herman Schedel,donl le Chronicon ?nu?idi , traduit de l'allemand fut imprimé à Nuremberg,
en 1493 , son mérite comme cosmographe lui fit donner*, conjointement avec Diego Cano , le commandement d'une escadre qui, en 1483, fut envoyée pour faire des découvertes. On assure que dans ce voyage il découvrit le royaume de Congo. Il se maria en 1486 dans l'île de Fayal, l'une des Açores, et fut l'ami particulier de Colomb. Herrera, dec. I , lib. I, c. 2. Magellan possédait un globe terrestre fait par Behaim , sur lequel il avait tracé la route qu'il se proposait de tenir pour chercher la communication avec la mer du Sud, qu'il a découverte plus tard. Gomara J Hist. c. 19. Herrera, dec. 11, lib. 2, c. 19. En 1492, Behaim visita ses parents établis à Nuremberg, et leur donna une mappemonde faite de sa propre main , et qui est conservée depuis dans les archives de la famille. Ce que nous avons rapporté de l'histoire de Martin Behaim, paraît bien authentique; mais tout ce qu'on raconte sur la découverte d'une partie du Nouveau-Monde semble tout-à-fait conjectural.
Dans une édition précédente de cette histoire de l'Amérique , j'avais à peine eu le temps de recueillir quelques informations sur Behaim , excepté dans une dissertation superficielle, intitulée : De vero novi orbis inventore , et publiée à Francfort en 1714, par Jos. Fred. Stuvenius , j'avais été entraîné par l'autorité d'Herrera à supposer que Behaim n'était point ne en Allemagne ; mais depuis des renseignements plus exacts et plus complets, qui m'ont été communiqués par le savant Dr Jean Ileinold Forster, j'ai
maintenant reconnu que je m'étais trompé. Le Dl Forster a bien voulu me donner en même temps une copie de la mappemonde de Behaim, que Doppelmayer a publiée dans son Histoire des mathématiciens et artistes de Nuremberg. D'après cette mappemonde, l'imperfection des connaissances cosmographiques à cette époque est manifeste. A peine est-il un seul lieu placé comme il aurait dû l'être ; et en l'examinant , je ne trouve aucun motif de supposer que Behaim ait eu la plus légère connaissance de quelque partie de l'Amérique que ce soit. Il trace, il est vrai , une île à laquelle il donne le nom de Saint-Brandon. Cette île , dit-on , peut être une partie de la Guyane, qu'on supposait d'abord ne pas faire partie du continent. Il la place à la même latitude que les îles du Cap-Vert; et je soupçonne que c'est une île imaginaire qui n'a été admise dans les anciennes mappemondes , que sur l'autorité de la légende d'un Irlandais nommé Brandon ou Brendan , dont l'histoire est si ridiculement fabuleuse , qu elle ne mérite point qu'on en fasse la moindre mention. Girald. Cambriensis ap. Missingham florihgium sanctorum , p. 427.
Les prétentions des Gallois ne paraissent pas mieux fondées. Suivant Powell, une dispute s'étant élevée dans le douzième siècle entre les fds d'Ovven Guyneth, roi de la partie septentrionale du pays de Galles , touchant la succession de sa couronne , Madoc , l'un de ces princes , fatigué de ces disputes, se mit en mer pour chercher un séjour plus tran-
quille. Il dirigea sa course droit à l'ouest en laissant l'Irlande au nord , et arriva dans un pays inconnu qui lui parut si agréable qu'il retourna dans le pays de Galles et ramena avec lui plusieurs de ses partisans ; cela se passa, dit-on , vers l'an 1170, et depuis cette époque on n'entendit plus parler ni de Madoc ni de sa colonie. Il faut observer que Powell sur le témoignage de qui est fondée l'authenticité de ce fait , a publié son histoire plus de quatre siècles après la date de l'événement dont il parle. Chez un peuple aussi grossier et aussi ignorant que l'étaient les Gallois de ce temps , la mémoire d'un fait si reculé ne peut avoir été conservée que fort imparfaitement, et aurait besoin d'être confirmée par quelque écrivain d'un plus grand poids que Powell , et moins éloigné de l'époque du voyage de Madoc. Des savants plus modernes se sont à la vérité appuyés sur le témoignage de Meredith ap Rhees , barde gallois , qui mourut en 1477 ; mais il vécut lui-même dans un temps trop éloigné de cet événement pour que son témoignage soit d'un plus grand poids que celui de Powell. D'ailleurs ses vers, publiés par Hackluyt , vol. III , pag. 1 , nous apprennent seulement que Madoc , mécontent de l'état de ses affaires domestiques, parcourut l'Océan pour y chercher de nouvelles possessions. Mais quand même nous admettrions l'histoire de Powell comme authentique, il ne s'ensuivrait pas que le pays inconnu, découvert par Madoc en naviguant à l'ouest et en laissant l'Irlande au nord, fût une partie de l'Amérique. Les
connaissances d£s Gallois dans le douzième siècle étaient trop bornées pour leur permettre d'entreprendre un pareil voyage. Si Madoc a l'ait quelque découverte , ce ne peut probablement être que Madère ou quelqu'une des îles Hébrides. On a allégué le rapport qu'il y a entre le langage gallois et quelques dialectes de l'Amérique comme une preuve du voyage de Madoc ; mais les traits qu'on en cite sont en si petit nombre , et dans quelques-uns même les affinités sont si obscures ou si gratuites , qu'on ne peut établir aucune preuve sur la ressemblance accidentelle d'un petit nombre de mots. Il y a un oiseau qu'on n'a trouvé jusqu'ici que sur les cotes de l'Amérique méridionale , depuis le port Désiré jusqu'au détroit de Magellan ; on lui donne le nom de penguin , mot qui dans la langue galloise signifie tête blanche. Presque tous les auteurs qui veulent faire honneur aux Gallois de la découverte de l'Amérique citent ce mot comme une preuve irréfragable de l'affinité qu'il y a entre la langue galloise et celle qu'on parle dans cette partie de l'Amérique ; mais M. Pennant, qui nous a donné une description détaillée du penguin , remarque que tous les oiseaux de cette espèce ont la tête noire; « de sorte, ajoute-t-il, que nous « devons renoncer à l'espérance fondée sur cette hy- « pothèse de retrouver dans le Nouveau-Monde la « race galloise.» Phil.Transact. vol. LVI1I, p. 91, etc. D'ailleurs si les Gallois avaient fait quelque établissement en Amérique vers la fin du douzième siècle, on aurait dû retrouver parmi leurs descen-
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 36j
dants quelques indices de la religion chrétienne lorsqu'on les découvrit, environ trois cents ans après leur émigration, période trop courte pour qu'on puisse supposer que dans cet espace de temps on y ait perdu toute idée des arts et des mœurs de l'Europe. Lord Lyttelton , dans les notes dont il a accompagné le 5e livre dans son Histoire d'Henri II, pag. 271 , a examiné ce que dit Powell sur les découvertes faites par Madoc , et il a opposé aux raisonnements de cet écrivain d'autres arguments d'un très grand poids pour prouver la fausseté de son récit.
Les prétentions des Norwégiens à la découverte de l'Amérique paraissent mieux fondées que celles des Allemands et des Gallois. Les peuples de la Scandinavie se faisaient remarquer dans le moyen âge par la hardiesse etl'étendue de leurs excursions maritimes. En 874, les Norwégiens découvrirent l'Islande, où ils établirent une colonie. En 982 , ils se rendirent au Groenland , où ils s'établirent pareillement. De là quelques-uns de leurs navigateurs s'avancèrent vers l'ouest et y trouvèrent un pays plus agréable que ces horribles régions dont ils n'ont pas perdu la connaissance. Suivantleur rapport, les côtes de ce pays étaient sablonneuses, mais l'intérieur était uni et couvert de bois; c'est pourquoi ils lui donnèrentle nom de Hellelandet Mark-land, et ensuite celui de Win-land, à cause de quelques plants de vignes qu'ils y trouvèrent garnis de grappes de raisin. L'authenticité de cette histoire est fondée , à ce que je crois, sur l'autorité du Saga ou chronique du roi Olaûs , composée par Snorro
Sturlonides ou Sturl usons , publiée par Perinskiold à Stockholm en 1697. Comme Snorro était né en 1 179, sa chronique n'a pu être compilée qu'environ deux siècles après l'événement qu'il rapporte. Rien n'est plus grossier ni plus confus que le conte qu'il fait de la navigation et des découvertes de Biorn et de Lie/son compagnon;/?^. 104, 110, 326. Il est impossible d'apprendre de lui dans quelle partie de l'Amérique les- Norwégiens sont descendus. Suivant le rapport qu'il fait de la longueur des jours et des nuits , ce ne peut être que vers le cinquante-huitième degré de latitude nord , sur quelque partie de la cote du Labrador , près de l'entrée du détroit d'Hudson , où certainement les raisins ne sont pas une production du pays. Torfeus prétend qu'il y a une erreur dans le texte, et qu'en le rectifiant on peut supposer que l'endroit où les Nurwégiens descendirent était situé au quarante-neuvième degré de latitude. Mais ce n'est pas la région du vin en Amérique. En parcourant le conte de Snorro , je serais porté à croire que la situation de Terre-Neuve correspond mieux avec celle du pays découvert par les Norwégiens; mais ce n'est pas dans une île stérile que l'on trouve des plants de vigne. M. Mallet, dans son Introduction à l'histoire de Danemark, pag. 175, etc. , cite plusieurs autres conjectures; mais je ne suis pas assez versé dans la littérature du nord pour les discuter. Quoiqu'il en soit, il est manifeste que si les Norwégiens ont découvert dans le dixième siècle quelque partie de l'Amérique, leurs tentatives pour y établir une colonie ont été infruclueuses5etquela connaissance enactébientôtperdue.
Note xxiii, page 146.
Pierre Martyr , abAngleria, gentilhomme milanais, qui résidait à cette époque à la cour d'Espagne , et dont les lettres contiennent le récit des faits de ce temps , suivant leur ordre chronologique , dépeint d'une manière fort vive les sentiments dont lui-même et ses savants correspondants étaient affectés : « Prœ « lœtitiâ prosiluisse te , vixque à lachrymis prœ gaudio « tempérasse , quandô litteras adspexisti me as quibus , « de antipodum orbe latenti hactenhs , te certioremfeci , « mi suavissime Pomponi , insinuasti. Ex tuis ipse lit- « teris colligo quid senseris . Sensisti autem , lantiquerem «Jecisti, quanti virum summâdoctrinâ insignitum decuit. « Quis namque cibus sublimibus prœstari potest ingeniis « isto suavior? Quod condimentum gratius? A mefacio « conjecturam. Beari sentio spiritus meos , quandô ac- « citos allô quor prudentes aliquos ex his quiab eâ redeunt « provinciâ. Impliccnt animos pecuniarum cumulis au- « gendis miseri avari , libidinib<us obscœni; no stras nos « mentes , postquàm Deo pleni aliquandô fuerimus } con- « templando , hujuscemodi rerum notifia demulciamus. » Epist. 152 , Pomponio Lœto.
Note xxiv, page 161.
Les savants de ce siècle étaient si fortement persuadés que les pays qu'avait découverts Colomb faisaient partie des Indes orientales , que Bernaldes , curé de Los Palacios , qui paraît avoir été un des hommes les plus instruits de son temps dans la cosmographie, pré tend que Cuba n'était pas une île , mais une partie du
continent, et qu'elle appartenait à l'empire du grand Khan. Il communiqua cette opinion à Colomb même, qui pendant quelque temps logea chez lui au retour de son voyage , et il la soutint par plusieurs arguments pour la plupart fondés sur l'autorité de Jean Mandeville. Manuscrit entre les mains de V auteur. Antoine Gallo , qui était secrétaire du magistrat de Gênes, vers la fin du quinzième siècle , a publié un court récit des voyages et découvertes de son compatriote Colomb , qui se trouve joint à ses Opuscula historica de rébus populi genuensis : il nous apprend, d'après des lettres de Colomb, qu'il dit avoir vues, que son opinion , fondée sur des observations nautiques , était qu'une des îles qu'il avait découvertes ne se trouvait qu'à deux heures ou trente degrés de Cattigara, qui dans les cartes de géographie de ce temps était marquée , sur l'autorité de Ptolémée lib. VII , cap. 3, comme le lieu de l'Asie le plus avancé vers l'orient ; d'où il concluait que , si quelque continent n'arrêtait point la navigation , on devait trouver un passage court et facile vers cette extrémité orientale de l'Asie, en naviguant à l'ouest. Muratori, Scriptores rer. italicarum, vol. XXIII , pag. 304.
Note xxv, page 167.
Bernaldes , curé de Los Palacios , auteur contemporain , dit que cinq cents de ces captifs furent envoyés en Espagne et vendus publiquement comme esclaves à Séville ; mais que le changement de climat et l'impuissance où ils étaient de supporter les
fatigues du travail les firent tous mourir en fort peu de temps. Manuscrit entre les mains de l'auteur. Note xxvi, page 181.
H paraît que Colomb s'était formé des idées singulières sur les pays qu'il venait de découvrir. Les houles violentes et l'agitation singulière des eaux sur la eote de la Trinité lui firent croire que c'était là la partie la pins haute du globe, et il pensait que plusieurs circonstances concouraient à prouver que la mer y était visiblement élevée. Après avoir posé ce principe erroné , la beauté du pays lui fit adopter 1 idée de Jean Mandeville , cap. 102, que le paradis terrestre était Je lieu le plus élevé de la terre • et il s'imagina avoir été assez heureux pour découvrir ce fortuné séjour. Nous ne devons pas être surpris qu'un homme d'une si grande sagacité se soit laissé séduire par les opinions et les récits d'un auteur aussi fabuleux que l'était Mandeville. Colomb et les autres navigateurs devaient nécessairement suivre les seuls guides qu'ils pouvaient consulter ; et il paraît par plusieurs passages du manuscrit de Bernaldes l'ami de Colomb, que le témoignage de Mandeville' n était pas d'un médiocre poids dans ce siècle. Bernaldes le cite souvent et toujours avec respect. Note xxvii, page 196.
Il est surprenant que ni Gomara ni Oviedo, les plus anciens historiens espagnols, ni Herrera même n'aient regardé Ojeda- ou son compagnon Vespuce comme ayant fait la première découverte du conti-
nent de l'Amérique. Tous attribuent unanimement cet honneur à Colomb. Quelques auteurs ont 'supposé qu'un ressentiment national contre Vespuce , qui avait quitté le service d'Espagne pour passer à celui des Portugais , avait engagé ces historiens à ne point parler des découvertes qu'il a faites. Mais Martyr et Benzoni , tous deux Italiens , ne pouvaient être gouvernés par ce préjugé. Martyr était un auteur contemporain qui résidait à la cour d'Espagne , et qui était à portée d'être exactement informé de ces faits publics ; cependant il n'attribue pas à Vespuce la gloire d'avoir le premier découve.vt l'Amérique , ni dans ses Décades , qui sont la première histoire générale qu'on ait publiée du Nouveau-Monde , ni dans ses lettres, où il parle des principaux événements qui sont arrivés de son temps. Benzoni passa comme aventurier en Amérique en 1541, et y demeura fort long-temps. Il paraît avoir été animé d'un zèle ardent pour la gloire de l'Italie , sa patrie ; cependant il ne parle ni des exploits ni des découvertes de Vespuce. Herrera , qui a compilé son histoire générale de l'Amérique d'après les témoignages les plus authentiques, suit non-seulement le sentiment de ces auteurs antérieurs, mais il accuse même Vespuce d'avoir falsifié les dates des deux voyages qu'il a faits dans le Nouveau-Monde , et d'avoir confondu l'un avec l'autre , afin de pouvoir s'arroger la gloire d'avoir découvert le continent. Herrera,, Decad. I, lib. IV, cap. 2. Il assune que dans un examen judiciaire de cette matière, fait par le fiscal du roi, il fut
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 3j I
prouvé par le témoignage d'Ojeda lui-même qu'il toucha à l'Espagnola en revenant en Espagne à son premier voyage ; au lieu que Vespuce dit qu'ils retournèrent directement de la cote de Paria à Cadix , et qu'ils ne touchèrent à l'Espagnola qu'à leur second voyage. Ojeda ajoute qu'ils firent le trajet en cinq mois, tandis que Vespuce prétend avoir employé dix-sept mois à le faire. Viaggio primo di Am. Vespucci, pag. 36. Viaggio secundo , pag. 45. Herrera nous donne , dans un autre endroit de son histoire, un récit plus circonstancié de cette enquête et tendant au même but. Herrera, Dccad. I , lib. VII , cap. 5. Colomb se trouvait à l'Espagnola lorsqu' Ojeda y arriva, et s'était déjà réconcilié alors avec Roldan, qui s'opposa aux efforts d' Ojeda pour exciter une nouvelle révolte; par conséquent son voyage doit avoir été postérieur à celui de l'amiral. Vie de Colomb, chap. 84. Suivant le rapport de Vespuce il entreprit le premier voyage le 10 mai 1497. Viaggio primo , pag. 6. C'était dans ce même temps que CoJomb se trouvait à la cour d'Espagne pour faire les préparatifs de son voyage, et qu'il paraissait y jouir d'une grande faveur. La direction des affaires du Nouveau-Monde était alors entre les mains d'Antoine Torrès , l'ami de Colomb. Il n'est donc pas probable que dans ces circonstances on ait accordé une commission à une autre personne qui aurait pu prévenir l'amiral dans un voyage qu'il était sur le point d'entreprendre. Fonseca, qui protégeait Ojeda et qui lui fit obtenir la permission de faire le voyage , ne fut rappelé à la
cour et rétabli dans sa charge de directeur des affaires des Indes qu'à la mort du prince Jean, qui arriva au mois de septembre de l'année 1497 , P. Martyr, Ep. 182, c'est-à-dire, plusieurs mois après le temps que Yespuce prétend avoir mis en mer. En 1745 l'abbé Bandini publia à Florence une vie de Vespuce , in-4°. Cet ouvrage , qui n'a aucun mérite, est écrit avec aussi peu de jugement que de vérité. L'auteur soutient les prétentions de son compatriote à la découverte du Nouveau- Monde avec tout le zèle aveugle qu'inspire une prévention nationale ; mais il ne produit aucune nouvelle preuve pour les appuyer. Il dit que le récit du voyage de Vespuce fut publié dès l'an 1510, et peut-être même plus tôt. Vita di Am. Vesp., pag. 52. On n'a rien de certain sur l'époque à laquelle le nom d'Amérique fut donné pour la première fois au Nouveau- Monde.
Note xxvni, page 25o.
Le formulaire employé à cette occasion a servi de modèle aux Espagnols dans toutes leurs conquêtes postérieures en Amérique. Il est d'une nature si extraordinaire , et donne une telle idée des procédés des Espagnols et des principes sur lesquels ils fondaient leurs droits au vaste empire qu'ils acquirent dans le Nouveau-Monde, que cette pièce mérite toute l'attention du lecteur. « Moi , Âlonzo d'Ojeda , « serviteur des très hauts et très puissants rois de « Cas tille et de Léon, vainqueurs des nations bar-
« bares, leur ambassadeur et capitaine, je vous no- « tifie et vous déclare, avec toute l'étendue des pou- « voirs que j'ai, que le Seigneur notre Dieu, qui est « un et éternel , a créé le ciel et la terre , ainsi qu'un « homme et une femme , de qui sont descendus vous « et nous , et tous les hommes qui ont existé ou qui « existeront dans le monde. Mais comme il est arrivé « que les générations successives, pendantplus de cinq « mille ans, ont été dispersées dans les différentes « parties du monde , et se sont divisées en plusieurs «royaumes et provinces, parce qu'un seul pays ne « pouvait ni les contenir ni leur fournir les subsi- « stances nécessaires ; c'est pour cela que le Seigneur « notre Dieu a remis le soin de tous ses peuples à un « homme, nommé saint Pierre, qu il a constitué sei- « gneur et chef de tout le genre humain , afin que « tous les hommes, en quelques lieux qu'ils soient nés « ou dans quelque religion ou dans quelque endroit « qu'ils aient été instruits , lui obéissent. Il a soumis la « terre entière à sa juridiction , et lui a ordonné d'é- « tablir sa résidence à Rome ; comme le lieu le plus « propre pour gouverner le monde. IWuiapareillement « promis et accordé le pouvoir d'étendre son autorité « sur quelque autre partie du monde qu'il voudrait, « et de juger et gouverner tous les chrétiens, mau- « res , juifs , idolâtres, et tout autre peuple de quelque « secte ou croyance qu'il puisse être. On lui a donné « le nom de pape , qui veut dire admirable , grand, « père et tuteur, parce qu'il est le père et le gou- « verneur de tous les hommes. Ceux qui ont vécu
« du temps de ce saint père lui ont obéi en le re- « connaissant pour leur seigneur et leur roi et pour « le maître de l'univers. On a obéi de même à ceux a qui lui ont succédé au pontificat , et cela continue « aujourd'hui et continuera jusqu'à la fin des siècles. « L'un de ces pontifes, comme maître du monde, « a fait la concession de ces îles et de la terre-ferme « de l'Océan à leurs majestés catholiques les rois « de Castille, don Ferdinand et dona Isabelle de « glorieuse mémoire , et à leurs successeurs nos « souverains , avec tout ce qu'elles contiennent , « comme cela se trouve plus amplement expliqué « par certains actes qu'on vous montrera si vous le « desirez. Sa majesté est donc , en vertu de cette « donation , roi et seigneur de ces îles et de la terrece ferme , et c'est en cette qualité de roi et de sei- « gneur que la plupart de ces îles à qui on a fait « connaître ces titres ont reconnu sa majesté et lui « rendent aujourd'hui foi et hommage de bon gré « et sans opposition , comme à leur maître légitime. « Et du moment que les peuples ont connu sa vo- « Ion té , ils ont obéi aux hommes saints que sa ma- « jesté a envoyés pour les prêcher et pour les in- « struire dans notre sainte foi ; et tous , de leur plein « gré et sans le moindre espoir de récompense, se « sont rendus chrétiens et continuent de F être. Sa « majesté , les ayant reçus avec bonté sous sa pro- « tection , a ordonné qu'on les traitât de la Même « manière que ses autres sujets et vassaux. Vous êtes « tenus et obligés de vous conduire de même ; c'est
« pourquoi je vous prie et vous demande aujourd'hui « de prendre le temps nécessaire pour réfléchir mû- « rement à ce que je viens de vous déclarer, afin que « vous puissiez reconnaître l'église pour la souveraine « et le guide de l'univers , ainsi que le saint-père , « nommé le pape , par sa propre puissance , et -sa « majesté, par la concession du pape, pour rois et « seigneurs souverains de ces îles et de la terre- « ferme , et afin que vous consentiez à ce que ^fc « susdits saints pères vous annoncent et vous prê- « chent la foi. Si vous vous conformez à ce que je « viens de vous dire , vous ferez bien et vous remet plirez les devoirs auxquels vous êtes obligés et « tenus. Alors sa majesté , et moi en son nom, nous « vous recevrons avec amour et bonté , et nous vous « laisserons, vous, vos femmes et vos enfants, exempts « de servitude, jouir de la propriété de tous vos biens, « de la même manière que les habitants des îles. Sa « majesté vous accordera en outre plusieurs privilé- « ges, exemptions et récompenses. Mais si vous re- « fusez ou si vous différez malicieusement d'obéir « à mon injonction, alors, avec le secours de Dieu, a j'entrerai par force dans votre pays , je vous ferai « la guerre la plus cruelle, je vous soumettrai au joug « de l'obéissance envers l'église et le roi, je vous « enlèverai vos femmes et vos enfants pour les faire « esclaves , les vendre ou en disposer selon le bon a plaisir de sa majesté ; je saisirai tous vos biens et je a vous ferai tout le mal qui dépendra de moi , comme « à des sujets rebelles qui*refusent de reconnaître
?>nÇ) NOTES
<i leur souverain légitime et de se soumettre à ses vo- « lontés. Je proteste d'avance que tout le sang qui « sera répandu et tous les malheurs qui seront la « suite de votre désobéissance ne pourront être « imputés qu'à vous seuls , et non à sa majesté, ni « à moi , ni à ceux qui servent sous mes ordres ; c'est « pourquoi vous ayant fait cette déclaration et ré- « quisition , je requiers le notaire ici présent de m'en « donner un certificat dans la forme requise. » Herrera 0)ecad. I, lib. VII, cap. 14.
Note xxix, page 268.
Balboa , dans sa lettre au roi , dit que de cent quatre-vingt-dix hommes qu'il avait emmenés avec Jui, il n'y en eut jamais quatre-vingts à la fois en état de servir, tant ils souffraient de la fatigue, de la faim et des maladies. H errera , Decad. I, lib. X, cap. 16. P. Martyr, Decad., pag. 226.
Note xxx, page 283.
Fonseca, évêque de Palencia et principal directeur des affaires de l'Amérique , avait huit cents Indiens en propriété ; le commandeur Lope de Conchillos,son premier associé dans ce département, en possédait onze cents, et on en avait donné en grand nombre aux autres favoris. Ils envoyaient des intendants aux îles pour louer ces esclaves aux colons. H errera , Decad. I, lib. IX, cap. 14 , pag. 325.
Note xxxi, page 294.
M, Grégoire a essayé de réfuter l'accusation por-
tée contre Las Casas, dans un mémoire intitulé : Apologie de Las Casas , inséré au tome IV des Mémoires de la classe des sciences morales et politiques de l'Institut. Suivant lui , Raynal, Paw , Robertson et les autres historiens qui ont accusé l'évêque de Chiapa de cette inconséquence , ont tous écrit sur la foi de Herrera, historien élégant , mais partial, ou d'après les assertions du Père Charlevoix , qui, lorsqu'il parle des colonies espagnoles, ne fait que traduire Herrera sans le citer. Il ajoute que les Espagnols achetaient des esclaves nègres des Portugais longtemps avant la découverte du Nouveau-Monde, et qu'ils en amenèrent avec eux dès le commencement de leur établissement à Saint-Domingue.
Il existe , dit M. Danxion Lavaysse (article Las Casas , dans la Biographie universelle ), trois volumes manuscrits in-folio de Las Casas, dans la bibliothèque de Mexico : et dans celle de l'Académie espagnole , une copie de ces volumes qui contiennent les Mémoires , les lettres officielles et familières et les autres ouvrages politiques et théologiques de l'évêque de Chiapa; et loin de trouver dans ces divers écrits un seul mot d'où l'on puisse conclure qu'il ait conseillé de substituer l'esclavage des noirs à celui des Indiens, on y voit au contraire , dans trois ou quatre endroits où il a occasion de parler des esclaves nègres, qu'il compatit vivement à leurs maux.
Cependant, si Las Casas présenta un mémoire au grand chancelier des Indes , pour proposer de permettre à chaque habitant des îles découvertes, d'em-
mener deux nègres et deux négresses, et que ce mémoire soit inséré dans la collection manuscrite de Muîioz, comme on ne saurait en douter puisque M. de Navarrete l'affirme \ il faut reconnaître que les reproches faits au prélat espagnol sont fondés, quand bien même il serait certain que les Espagnols auraient fait le commerce des nègres avant le premier voyage de Chr. Colomb. Avant la demande de Las Casas, nous écrit M. de Navarrete , on avait bien transporté des nègres en Amérique; mais c'était par contrebande. Las Casas est le premier qui ait obtenu un ordre ou permission royale autorisant ce transport. (Note extraite de notre traduction de la Collection des voyages et découvertes des Espagnols , depuis la fin du XVe siècle.) (D. L. R.)
Note xxxn, page 3 12.
Quoiqu'il y ait plus d'eau en Amérique que dans aucune autre partie du globe, on ne trouve cependant ni ruisseau ni rivière dans le Yucatan. Cette péninsule s'avance dans la mer à une distance de cent lieues depuis le continent, mais elle n'a pas plus de vingtcinq lieues dans sa plus grande largeur. C'est une plaine unie où il n'y a point la moindre montagne. Les habitants font usage de l'eau de puits, et ils en trouvent en abondance dans tous les endroits où ils creusent la terre. Il est probable d'après toutes ces circonstances que ce pays fut autrefois couvert par la mer. Nerrera, Descript. Ind. Occident., pag. 14. Hist. natur. par M. de Buffon, tom. ï, pag. 593.
Note xxxin , page 3 1 s.
Robertson prétend dans la note précédente , qu'on ne trouve ni ruisseau ni rivière dans le Yucatan. 11 a dit le contraire dans le texte , puisqu'il fait découvrir aux Espagnols l'embouchure d'une rivière auprès de Gampêche. Dampier dit que les pluies commencent dans cette contrée au mois de juin et sont continuelles jusque vers la fin d'août; et que pendant ce temps les rivières débordent ; et toutes les savanes sont couvertes d'eau; vers le mois d'octobre, suivant le même voyageur, il vient un vent de nord si violent, qu'il trouble le cours des marées , arrête celui des rivières et fait augmenter les débordements. Il diminue vers la mi-janvier; les eaux s'écoulent dans les lieux bas et tout est sec à la mi-février. Au mois de mars on a peine à trouver de l'eau pour boire , même dans les savanes , qui , six semaines auparavant , semblaient être une mer. Vers le mois d'avril tous les étangs sont à sec ; et les étrangers , qui ne connaissent point les ressources du pays , sont tourmentés par la soif, etc. Les naturels du pays , ou ceux qui y demeurent depuis long-temps , vont dans les bois chercher de l'eau, qu'on trouve dans les feuilles d'un arbre que Dampier nomme pin sauvage , parce qu'il a quelque ressemblance avec le véritable pin. Son fruit croît sur les bosses, les nœuds et les excrescences de l'arbre; il est environné de feuilles épaisses et longues de dix ou douze pouces , si serrées qu'elles retiennent l'eau de pluie et que chacune en contient
38o NOTES
une pinte et demie. On enfonce un couteau dans le bas pour la faire sortir.
M. le baron de Humboldt, dans son Essai politique sur la Nouvelle-Espagne,tom. II, pag. 327, donne 5977 lieues carrées d'étendue à l'intendance de Méridaqui renferme la péninsule de Yucatan à l'exception du Yucatan anglais. D'après ce savant voyageur, c'est une plaine traversée dans son intérieur du nord-ouest au sud-ouest par une chaîne de collines peu élevées. Le Yucatan est l'un des pays les plus chauds et les plus sains de l'Amérique équinoxiale, et cette salubrité doit être attribuée à l'extrême sécheresse du sol et de l'atmosphère. Sur toute la cote depuis Gampêche ou depuis l'embouchure du Rio de San Francisco jusqu'au cap Gatoche , le navigateur ne trouve pas une source d'eau douce. Nous ajouterons qu'outre le Rio San Francisco dont nous venons de parler , les meilleures cartes placent plusieurs atrtres rivières dans le Yucatan espagnol. Nous nous bornerons à citer la carte générale des Etats-Unis mexicains et des provinces unies de V Amérique centrale, que M. Brué a rédigée sous l'inspection de M. le baron de Humboldt , ce qui offre une double garantie d'exactitude. Tous les voyageurs s'accordent à représenter le Yucatan anglais , comme mieux arrosé que la partie de la même péninsule qui appartenait à l'Espagne. On peut consulter , pour plus de développements , Y Histoire du Yucatan par le père Cogollado Tizana, et l'article Yucatan dans le Dictionnaire es-
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 38 r
pagnol d'Alcedo, et le Théâtre mexicain; Mexico, 1787. Nous croyons cependant devoir ajouter qu'un Américain né à Campêche a assuré à M. Malte-Brun qu'il n'y a pas de rivière proprement dite dans le Yucatan, et que ce pays ne renfermait aucune colline : que ce qui avait fait croire aux voyageurs qu'il y existait des collines, provenait de ce que le pays était formé de deux plaines dont l'une s'élevait insensiblement jusqu'au point où elles se réunissaient. (D.L. R. )
Note xxxiv, page 5 16.
Robertson avait dit dans la première édition de son histoire d'Amérique , que les Espagnols crurent voir dans la Nouvelle-Espagne des tours et des coupoles (cupolas). Dans la dernière édition publiée de son vivant et qui nous a servi de guide , au lieu de cupolas , il a employé le mot pinacles (créneaux).
Clavigero fait observer à ce sujet qu'il n'a lu dans aucun historien du Mexique, que les Espagnols aient cru voir des coupoles dans le Yucatan ; que ce n'est pas à eux , mais à Robertson seul que cette idée appartient. Les Espagnols ont vu des tours et de grandes maisons , parce qu'il y en avait réellement sous leurs yeux. Les temples du Yucatan , comme ceux d'Anahuac, étaient bâtis pour la plupart en forme de tours et fort élevés. Bernai Diaz , écrivain très véridique et témoin oculaire de tout ce qui est arrivé aux Espagnols dans leurs premiers voyages au Yucatan, lorsqu'il parle du débarquement qu'ils firent
38s NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
dans leur premier voyage à la côte de Campêche , s'exprime ainsi : « Ils ( les Indiens) nous conduisirent « dans quelques maisons qui étaient grandes et assez « passablement bâties en pierre et en chaux. » Il paraît d'après ce passage qu'ils virent non-seulement les maisons à une certaine distance , mais qu'ils en approchèrent et y entrèrent même. L'usage de la chaux ayant été si commun parmi ces peuples, il n'est pas étonnant que l'usage de les blanchir fût également très commun. Dans tous les cas , nous ne concevons pas comment une maison vue à une certaine distance paraîtrait blanche si elle ne l'était pas réellement. (D. L. R.)