LIVRE PREMIER
qu'au bord du Nil, et descendaient ce fleuve jusqu'à la Méditerranée; mais l'attention que les Égyptiens donnèrent dans les premiers temps au commerce ne fut pas de longue durée. La fertilité du sol et la douceur du climat de l'Egypte leur fournissaient toutes les choses nécessaires et agréables, avec une profusion qui les rendait indépendans de tous les autres pays : aussi ce peuple , dont les idées et les institutions diffèrent presqu'en tout point de celles des autres peuples, eut pour maximes de renoncer à toute communication avec les étrangers ; en conséquence les Egyptiens ne sortirent bientôt plus de leur pays; ils détestèrent tous les navigateurs comme des impies et des profanes; ils fortifièrent leurs ports, et n'y admirent aucun étranger * : ce ne fut que lors du déclin de leur puissance qu'ils les rouvrirent, qu'ils reprirent et rétablirent quelque communication avec les autres peuples.
Le caractère et la situation des Phéniciens étaient Des Phéniaussi favorables à l'esprit de commerce et de découverte que ceux des Égyptiens y étaient contraires : leurs mœurs et leurs institutions n'étaient distinguées par aucune particularité marquée ; ils n'avaient aucune forme de culte , aucune superstition contraire à la sociabilité; ils pouvaient enfin, sans scrupule et sans répugnance , se mêler avec les autres peuples.
(1) Diod. Cicul. lib. I, p. 78, Ed. JVessclingi. Âmst. 17 56. Strabo , lib. XVII, p. 11 42. Ed. Amsl. 1707.
ciens.
Le territoire qu'ils possédaient n'était ni grand ni fertile ; le commerce était donc l'unique source qui pouvait leur donner la puissance et la richesse : aussi les Phéniciens de Sidon et de Tyr établirent-ils le commerce le plus étendu et le plus hardi que l'on connaisse chez les anciens. Le génie de ce peuple , la nature de son gouvernement, l'esprit de ses lois, se rapportaient entièrement au même but : c'était une nation de marchands, qui prétendit à l'empire de la mer et qui l'obtint. Leurs vaisseaux fréquentèrent tous les ports de la Méditerranée ; ils osèrent même franchir les anciennes limites de la navigation, et, passant le détroit de Gadès, ils visitèrent les cotes occidentales de l'Espagne et de l'Afrique.
Dans plusieurs des lieux où ils abordèrent ils fondèrent des colonies, et communiquèrent aux grossiers habitans du pays quelque connaissance de leurs arts et de leur industrie. Tandis que d'un coté ils poussaient leurs découvertes au nord et à l'ouest, ils ne négligèrent pas de pénétrer dans les régions plus riches et plus fertiles de l'est et du midi. Après s'être rendus maîtres de plusieurs ports commodes au fond du golfe Arabique, ils établirent, à l'exemple des Égyptiens, une correspondance régulière avec l'Arabie et le continent de l'Inde d'une part, et avec la cote orientale d'Afrique de l'autre. Ils tirèrent de ces contrées différentes denrées précieuses, inconnues au reste du monde, et pendant un long période
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de temps ils jouirent seuls de cette branche lucrative de commerce \
Les richesses immenses que les Phéniciens acqui- Des Juifs, rent par le commerce exclusif qu'ils faisaient sur la mer Rouge excitèrent leurs voisins, les Juifs, sous les règnes prospères de David et de Salomon, à entreprendre d'en partager les bénéfices. Ils y réussirent en partie par la conquête de l'Idurnée, qui s'étend le long de la mer Rouge, et en partie par l'alliance qu'ils contractèrent avec Hiram, roi de Tyr. Salomon équipa des flottes qui, sous la conduite de pilotes phéniciens, naviguèrent de la mer Rouge à Tarsis et à Ophir, qui probablement étaient des ports de l'Inde ou de l'Afrique, fréquentés par leurs conducteurs. Ces flottes en revinrent avec des cargaisons si précieuses, qu'elles répandirent tout d'un coup la richesse etla magnificence dans le royaume d'Israël \ Les institutions singulières que le divin législateur des Juifs avait établies, dans la vue de préserver ce peuple de la contagion de l'idolâtrie en le séparant des autres, lui avaient donné un caractère national incapable de se prêter à cette communication franche et ouverte avec les étrangers , que le commerce exige. L'esprit insociable des Juifs, joint aux désastres qui tombèrent sur le royaume d'Israël, empêcha
(i) Voyez la note i , à la fin du volume.
(2) Voyez un mémoire sur le pays d'Ophir, par M. d'Anville , dans les mémoires de l'Académie des inscriptions, tom. XXX, p. 83,
les progrès de l'esprit de commerce que leurs rois avaient cherché à introduire parmi eux; ainsi ce peuple ne peut être compté parmi les nations qui ont contribué à perfectionner la navigation et à étendre les découvertes.
Dos Cartha- Si l'instruction et les exemples des Phéniciens ne furent pas assez puissans pour modifier les mœurs et le caractère des Juifs et lutter contre la tendance de leurs lois, il n'en fut pas de même des Carthaginois, qui, descendant des Phéniciens, reçurent d'eux l'esprit de commerce et s'y adonnèrent, ainsi qu'aux arts de la navigation , avec une ardeur , une industrie et un succès dignes de leurs maîtres. La république de Carthage fut bientôt la rivale de Tyr , et la surpassa ensuite en puissance et en richesse ; mais il ne paraît pas qu'elle ait cherché à partager le commerce de l'Inde. Les Phéniciens s'en étaient emparés, et avaient dans la mer Rouge une force qui leur assurait la possession exclusive de cette branche lucrative de commerce. L'activité des Carthaginois se porta d'un autre coté. Ne voulant pas disputer à leur métropole le commerce de l'Orient, ils dirigèrent particulièrement leur navigation vers l'occident et le nord. Ils suivirent la route que les Phéniciens s'étaient ouverte : passant le détroit de Gadès et poussant leurs découvertes beaucoup plus loin , ils visitèrent non-seulement toutes les cotes d'Espagne, mais encore celles des Gaules , et s'avancèrent à la