LIVRE PREMIER. I I
fin jusqu'en Angleterre. En même temps qu'ils acquéraient la connaissance de contrées nouvelles dans cette partie du globe , ils étendaient par degrés leurs recherches vers le midi : ils pénétrèrent très avant par terre dans les provinces intérieures de l'Afrique , établirent un commerce avec quelques-unes , et en soumirent d'autres à leur empire. Ils naviguèrent le long de la cote occidentale de ce grand continent, presque jusqu'au tropique du Cancer, et y fondèrent plusieurs colonies, dans la vue de civiliser les naturels du pays et de les accoutumer au commerce. Ils découvrirent enfin les îles Fortunées, connues aujourd'hui sous le nom de Canaries, lesquelles formaient la dernière limite de la navigation des anciens dans l'Océan atlantique \
Les progrès que firent les Phéniciens et les Carthaginois dans la connaissance du globe ne furent pas uniquement l'effet du désir d'étendre leur trafic d'un pays à un autre. Le commerce eut chez ces deux peuples l'influence qu'il a eue partout; il éveilla la curiosité, agrandit les idées et les désirs des hommes, et les excita aux entreprises hardies. On fit des voyages, dont le seul objet était de découvrir de nouvelles contrées et de parcourir des mers inconnues : telles furent, pendant la prospérité de la république carthaginoise, les navigations fameuses de Hannon et de Himilcon. On leur donna des flottes équipées par
(r) Plinii Nat. Wst. lib. FI, cap. 37, cdit.inusumDclph. 4 to. 168 5.
ordre du sénat et aux frais du public : Hannon fut chargé de cingler vers le sud, le long des cotes d'Afrique, et semble s'être avancé beaucoup plus près de la ligne équinoxiale qu'aucun navigateur précédent \ Himilcon eut ordre de naviguer vers le nord, et d'examiner les cotes occidentales du continent d'Europe \ La navigation extraordinaire des Phéniciens autour de l'Afrique était de la même nature. On. nous dit qu'une flotte phénicienne équipée par Necho, roi d'Egypte, partit d'un port de la'mer Rouge, environ 6o4 ans avant l'ère chrétienne, doubla le cap méridional d'Afrique, et, après un voyage de trois ans, revint par le détroit de Gadès à l'embouchure du Nil 3. On prétend qu'Eudoxe de Cyzique a exécuté aussi cette périlleuse navigation en suivant la même route 4.
Si ces expéditions se sont réellement faites de la manière que je viens d'exposer, on peut avec raison les regarder comme le plus grand effort de la navigation chez les anciens; et en réfléchissant à l'état d'imperfection où l'art était alors, il est difficile de juger si l'on doit admirer davantage ou la hardiesse et la sagacité du projet, ou la sagesse et le bonheur
(t) Plinii Nat. Hist. lib. V, cap. i. Hannonïs Periplus ap. Geograp. Minores, edit. Hudsoni , vol. I, p. I.
(2) Plinii Nat. Hist. lib. II, cap. 67. Festus Avienus apud Bochart. Gcograpli. sacr. lib. I, cap. 60 , p. 652. Opcr. vol. III, L. Bat. 1707.
(3) Herodot. lib. IV, cap. 42.
(4) Plinii Nat. Hist. lib. II, cap. 67.