‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 30 sur 174 · LIVRE PREMIER. l · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. l

de l'exécution ; mais malheureusement le temps a détruit toutes les traditions originales et authentiques des voyages que les Phéniciens et les Carthaginois entreprirent, soit par ordre public, soit pour le compte des particuliers. Ce que nous trouvons sur cet objet dans les auteurs grecs et romains est non-seulement obscur et inexact, mais, si nous en exceptons un récit très court de l'expédition de Hannon , l'authenticité en est même très suspecte \ Les Phéniciens et les Carthaginois, animés d'une jalousie mercantile, cachaient avec soin aux autres peuples la connaissance des pays éloignés avec lesquels ils avaient formé des liaisons. Toutes les circonstances de leur navigation étaient non-seulement des mystères de commerce, mais encore des secrets d'état. On raconte des traits extraordinaires des précautions qu'ils prenaient pour empêcher les autres nations de pénétrer ce qu'ils avaient intérêt de leur cacher \ En effet, la connaissance d'une partie de leurs découvertes semble avoir été renfermée dans l'enceinte de leur territoire. La navigation autour de l'Afrique, en particulier, est citée par les auteurs grecs et romains plutôt comme une histoire amusante et extraordinaire , difficile à comprendre ou à croire, que comme un fait réel , propre à leur donner des idées et des lumières nouvelles3. Comme les Phé-

(i) Voyez la note 2.

(2) Strabo, Geogr. lib, III, p. 1 6 5; lié. XVIII, p. n 54,

(3) Voyez la note 3.

l4 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.

niciens et les Carthaginois n'ont fait connaître au reste du inonde ni les progrès de leurs découvertes , ni l'étendue de leur navigation, toutes les traces de leurs travaux et de leurs connaissances dans cet art semblent avoir disparu en grande partie, lorsque la puissance maritime des premiers fut anéantie à la conquête de Tyr par Alexandre, et que l'empire des derniers fut détruit par les armes romaines. Dos Grecs. Il faut donc abandonner à la curiosité et aux conjectures des savans les récits obscurs et pompeux des expéditions phéniciennes et carthaginoises : l'historien doit se contenter de rechercher les progrès de la navigation et des découvertes chez les Grecs et les Romains; la tradition en a moins d'éclat, mais plus de certitude et de lumière. Il est évident que les Phéniciens, qui ont été les maîtres des Grecs dans les arts et dans les sciences utiles , ne leur ont pas communiqué toutes les connaissances qu'ils avaient acquises dans l'art de la navigation , et les Romains d'un autre coté n'avaient pas adopté cet esprit de commerce et cette ardeur pour les découvertes qui distinguaient les Carthaginois. Quoique la Grèce fût presque entièrement environnée de la mer, qui formait sur ses cotes un grand nombre de baies spacieuses et de havres commodes; quoiqu'elle fût entourée de tous cotés d'îles fertiles, et qu'une situation si favorable dût inviter ses industrieux habitans à s'adonner à la navigation; cependant il

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