LIVRE PREMIER
la puissance romaine ; mais ? dans les temps anciens , la connaissance des pays étrangers était bien plus le fruit des voyages de terre que des expéditions de mer ' ; et quoique celles-ci offrissent un moyen plus prompt et plus facile de faire des découvertes , on peut dire qu'elles ont été absolument négligées des Romains qui avaient un éloignement particulier pour les occupations maritimes; mais la marche de leurs armées victorieuses contribua beaucoup à étendre les découvertes par terre, et ouvrit même à la navigation des mers nouvelles et inconnues. Avant les conquêtes des Romains, les nations civilisées de l'antiquité n'avaient aucune communication avec les pays qui forment aujourd'hui les royaumes les plus riches et les plus puissans de l'Europe. Les parties intérieures de l'Espagne et des Gaules étaient peu connues; l'Angleterre, séparée du reste du inonde, n'avait jamais été visitée que par ses voisins les Gaulois et par quelques négocians carthaginois ; à peine avait-on entendu parler de la Germanie; les armes des Romains pénétrèrent dans tous ces pays : ils subjuguèrent entièrement l'Espagne et les Gaules; ils conquirent la partie la plus considérable et la plus fertile de l'Angleterre ; ils s'avancèrent dans la Germanie jusqu'aux bords de l'Elbe. En Afrique, ils acquirent une connaissance assez exacte des provinces qui s'étendent le long de la Méditerranée, depuis l'ouest de l'Egypte jusqu'au
1 Voyez la note 7 .
détroit tic Gaclès. En Asie, non-seulement ils soumirent à leur domination la plupart des provinces qui composaient les empires de Perse et de Macédoine, mais même, après leurs victoires sur Mithridate et sur Tygrane, ils paraissent avoir observé les pays contigus au Pont-Euxin et à la mer Caspienne avec plus d'attention qu'ils ne l'avaient fait auparavant, et avoir établi un commerce plus étendu que celui des Grecs avec les nations riches et commerçantes qui habitaient alors autour du Pont-Euxin.
imperfec- L'esquisse que je viens de tracer du progrès des taon des con- découvertes et de la navigation depuis les premières
naissances geo- o i i
graphiques traditions que nous a laissées l'histoire jusqu'à Penchez les an- tjer établissement de la puissance romaine , prouve
cieus. •••!■'/ • •
combien il a été lent et timide. Il semble qu'on avait droit d'attendre de plus grandes choses de l'activité entreprenante de l'esprit humain et de la puissance des grands empires qui ont successivement gouverné le monde. En rejetant toutes les traditions fabuleuses et obscures, en s'attachant uniquement à la lumière et aux faits authentiques de l'histoire , sans y substituer les conjectures de l'imagination ou les rêves des étymologistes , il faut donc conclure que les anciens n'avaient qu'une connaissance très bornée du monde habitable. En Europe, ils avaient à peine quelque idée des provinces étendues situées à l'est de l'Allemagne : ils connaissaient encore moins les vastes pays qui composent aujourd'hui les royaumes dcDa-