LIVRE PREMIER. ig
nemark, de Suède , de Prusse, de Pologne, et l'empire de Russie. Les régions plus stériles situées sous le cercle arctique n'avaient jamais été visitées. En Afrique , leurs recherches ne s'étendaient guère audelà des provinces qui bornent la Méditerranée et de celles qui sont situées sur la cote occidentale du golfe Arabique. En Asie, ils n'avaient, comme je l'ai déjà fait observer, aucune connaissance des riches et fertiles contrées qui sont au-delà du Gange et d'où viennent les denrées précieuses qui dans les temps modernes ont été le grand objet du commerce des Européens dans l'Inde : il ne paraît pas non plus qu'ils aient jamais pénétré dans ces régions immenses , occupées alors par les tribus errantes , auxquelles ils donnaient le nom général de Sarmates ou de Scythes, et possédées aujourd'hui par différentes nations tar tares et par les sujets asiatiques de la Russie.
Une opinion généralement établie parmi les anciens nous donne une idée plus frappante du peu de progrès qu'ils avaient fait dans la connaissance du globe habitable que tout ce qu'on pourrait conclure du détail de leurs découvertes. Ils regardaient la terre comme divisée en cinq régions , auxquelles ils donnaient le nom de zones. Ils appelaient zones glacées celles qui étaient les plus voisines des pôles, et croyaient que le froid excessif qui y régnait continuellement les rendait inhabitables. Ils appelaient
3o HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
zone torricle celle qui est située sous la ligne, et qui s'étend d'un et d'autre coté jusqu'aux tropiques, la croyant continuellement embrasée d'une chaleur brûlante qui la rendait également inhabitée. Ils donnaient le nom de tempérées aux deux autres zones qui occupaient le reste de la terre , et prétendaient que celles-ci, étant les seules régions où les êtres vivans pussent subsister, avaient été destinées pour l'habitation naturelle de l'homme. Cette étrange opinion n'était pas un préjugé du vulgaire ignorant ou une vaine fiction des poètes : c'était un système adopté par les philosophes les plus éclairés, les meilleurs historiens, et les géographes les plus instruits de la Grèce et de Rome. Dans cette hypothèse, il y avait une grande partie de la terre habitée aujourd'hui où l'on croyait que l'espèce humaine ne pouvait pas subsister : on regardait comme le siège éternel de la stérilité et de la solitude ces régions fertiles et peuplées de la zone torride, qui non-seulement fournissent à leurs habitans avec la plus grande profusion les choses les plus nécessaires et les plus agréables de la vie, mais encore communiquent au reste de la terre le superflu de leurs richesses. Comme toutes les parties du globe que les anciens avaient découvertes se trouvent dans la zone tempérée du nord, s'ils croyaient que la zone tempérée du sud était habitée , c'était une opinion fondée sur le raisonnement et les conjectures, non sur l'observation. Ils regardaient