LIVRE PREMIER. 3l
même l'excessive chaleur de la zone torride comme une barrière insurmontable, qui empêcherait à jamais toute communication entre les habitans respectifs des deux zones tempérées. Cette extravagante théorie ne prouve pas seulement que les anciens ignoraient le véritable état du globe ; elle tendait encore à rendre leur ignorance perpétuelle, en leur représentant comme impraticable toute tentative pour s'ouvrir une route vers les régions éloignées de la terre I .
Mais quelque bornées et imparfaites que les connaissances géographiques des Grecs et des Romains doivent nous paraître, en les comparant à l'état actuel de la géographie, nous ne pouvons pas nous dispenser d'admirer les découvertes qu'ils ont faites et le degré d'étendue auquel ils ont porté la navigation et le commerce, si nous comparons leurs travaux avec l'ignorance des temps anciens. Tant que l'empire romain conserva assez de force pour maintenir son autorité sur les nations conquises et pour les tenir unies, on regarda comme un objet de police publique aussi bien que de curiosité particulière, d'examiner et de décrire les pays divers dont ce grand corps était composé. Lors même que les autres sciences commencèrent à être négligées, la géographie s'enrichissait d'observations nouvelles, et, s'éclairant par l'expérience de chaque siècle et
(t) Voyez h note 8.
les observations de chaque voyageur, continuait de faire des progrès : elle fut portée , par le génie et les soins de Ptolémée, au plus haut point d'exactitude et de perfection qu'elle ait atteint chez les anciens. Ce philosophe florissait dans le second siècle de l'ère chrétienne, et il a public une description du globe terrestre , plus ample et plus exacte que celles d'aucun de ses prédécesseurs, invasion de Ce fut peu de temps après cette époque que des l'empire ro- sec0Usses violentes vinrent agiter l'empire romain : Barbares. ^a fatale ambition ou le caprice de Constantin, qui voulut changer le siège du gouvernement, diminua sa force en la divisant: les nations barbares, que la Providence préparait comme des instrumens destinés à renverser le grand édifice de la puissance romaine , commencèrent à rassembler et à passer en revue leurs armées sur sa frontière : l'Empire fut ébranlé jusqu'en ses fondemens. Dans ce période de la vieillesse et de la décadence du grand empire , il était impossible que les sciences fissent des progrès : les efforts du génie étaient aussi faibles et aussi languissans que ceux du gouvernement. Après Ptolémée, il ne paraît pas qu'il se soit fait aucune découverte en géographie, et il n'y eut auciÉte révolution importante en commerce, si ce n'est que Constantinople devint, par les avantages de sa situation et par les encouragemens des empereurs d'Orient, une ville commerçante du premier ordre.