LIVRE PREMIER
civile, l'Europe commença à sortir de son état d'inaction et d'engourdissement. Ce fut en Italie qu'on aperçut les premiers symptômes de cette renaissance. Les tribus septentrionales qui s'emparèrent de ce pays se civilisèrent plus promptement que les peuplades qui s'étaient établies dans les autres parties de l'Europe. Différentes causes, que le plan de cet ouvrage ne me permet ni d'exposer ni de développer, concoururent à rendre aux villes d'Italie l'indépendance et la liberté ' : l'acquisition de ces avantages y excita l'industrie, et donna le mouvement et la vigueur à toutes les facultés actives de l'esprit bumain. Le commerce étranger se ranima; on s'appliqua à la navigation, et elle se perfectionna. Constantinople devint le marché principal où se rendaient les négociants italiens ; et non- seulement ils y trouvaient un accueil favorable, mais encore ils y obtenaient des privilèges qui les mettaient en état de faire le commerce avec un plus grand avantage. On leur fournissait et les denrées précieuses de l'Orient et des productions de manufactures curieuses, restes des arts anciens qui s'étaient conservés chez les Grecs. La peine et la dépense qu'exigeait le transport des productions de l'Inde jusqu'à Constantinople par la route longue et détournée que j'ai décrite, rendant ces marchandises extrêmement rares et d'un prix excessif l'industrie des Italiens découvrit bientôt
(1) Hist. du règne de Charles V, Introd.
d'autres moyens de se les procurer en plus grande abondance et à unprix plus modéré. Ils en achetaient quelquefois à Alep, à Tripoli , et en d'autres ports de la cote de Syrie, où elles arrivaient par une route qui n'était pas inconnue des anciens. On les apportait de l'Inde par mer jusqu'au golfe Persique, et, après avoir remonté l'Euphrate et le Tygre jusqu'à Bagdad, on les transportait par terre à travers les déserts jusqu'à Palmyre, et de là aux villes situées sur la Méditerranée. Mais la longueur du voyage et les périls auxquels les caravanes étaient exposées rendaient encore cette opération pénible et souvent incertaine. Enfin les soudans d'Egypte ayant rétabli le commerce de l'Inde par l'ancienne route du golfe Arabique, les négociants italiens, malgré la violente antipathie qui animait alors les chrétiens et les mahométans les uns contre les autres, se rendirent à Alexandrie, et l'amour du gain leur faisant supporter l'insolence et les exactions des mahométans, ils établirent dans ce port un commerce très lucratif. A cette époque , l'esprit de commerce acquit une activité singulière en Italie. Venise, Gênes, Pise, qui n'étaient que des bourgs peu considérables, devinrent des villes riches et peuplées. Leur puissance maritime s'étendit : leurs vaisseaux fréquentèrent tous les ports de la Méditerranée ; ils osèrent même quelquefois franchir le détroit et visiter les places maritimes d'Espagne, de France, des Pays-Bas et d'Angleterre; enfin, en dis-