LIVRE PREMIER
tribuant partout leurs marchandises ? ils donnèrent aux différentes nations de l'Europe la connaissance des productions précieuses de l'Orient et quelque idée des arts et des manufactures qui n'étaient connus qu'en Italie.
Tandis que les villes de cette région étendaient Les croisa-
, . , . . des favorisent
ainsi leur commerce et leur industrie, un des plus jes progrès du extraordinaires événements que nous offre l'histoire commerce et du genre humain , au lieu de retarder les progrès liou du commerce des Italiens, les rendit encore plus rapides. L'esprit guerrier des Européens, enflammé par un zèle religieux , leur fît prendre la résolution de délivrer la Terre-Sainte de la domination des infidèles. De vastes armées, tirées de toutes les nations de l'Europe, se rassemblèrent pour cette étrange entreprise, et marchèrent vers l'Asie. Les Génois, les Pisans et les Vénitiens fournirent les bâtiments de transport sur lesquels s'embarquèrent ces troupes, et les approvisionnèrent de vivres et de munitions de guerre. Outre les sommes immenses que ces peuples reçurent pour cet objet, ils obtinrent encore des privilèges et des établissements de commerce de la plus grande importance, soit dans la Palestine, soit dans les autres parties de l'Asie dont les croisés s'emparèrent. Ce furent des sources de richesses prodigieuses pour les villes commerçantes d'Italie. Elles acquirent en même temps un égal accroissement de pouvoir; et, à la fin de la guerre sainte , Venise en
particulier devint un état maritime, possesseur de vastes territoires, et jouissant d'un commerce fort étendu '. L'Italie ne fut pas le seul pays où les croisades contribuèrent à ranimer et à répandre cet esprit d'activité qui préparait l'Europe à de nouvelles découvertes. Les expéditions en Asie firent connaître aux autres nations européennes des pays éloignés, qu'elles ne connaissaient auparavant que de nom ou par les relations de quelques pèlerins ignorants et crédules : elles eurent par-là une occasion d'observer les mœurs , les arts et les usages de peuples plus civilisés qu'elles ne l'étaient encore elles-mêmes. Cette communication entre l'Orient et l'Occident subsista pendant près de deux siècles. Les aventuriers qui revenaient d'Asie communiquaient à leurs concitoyens les connaissances qu'ils avaient acquises et les habitudes qu'ils avaient contractées en visitant des nations plus avancées dans la civilisation. Les Européens commencèrent à éprouver de nouveaux besoins; leurs désirs furent excités par des objets nouveaux , et le goût des commodités et des arts des autres contrées se répandit bientôt parmi eux, au point que non -seulement ils encouragèrent les étrangers à venir dans leurs ports, mais qu'ils commencèrent à sentir les avantages et la nécessité de s'adonner eux-mêmes au commerce*.
(i) Essai sur l'histoire du commerce de Venise^ pag. 52. (i) Histoire de Charles V, lntrod.