‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 43 sur 174 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Cette communication qui s'était ouverte entre l'Eu- Découvertes rope et les provinces occidentales de l'Asie, encou- es v°yaseurs

r . ' par terre.

ragea différents voyageurs à s'avancer fort au-delà des pays où les croisés avaient porté leurs armes, et à pénétrer par terre jusque dans les régions les plus éloignées et les plus riches de l'Orient. Le bizarre fanatisme qui dans ce période semble avoir influé sur tous les projets des individus autant que sur les conseils des nations, fut le motif qui fit d'abord entreprendre ces longues et périlleuses expéditions : on les répéta ensuite pour des intérêts de commerce ou par des motifs de pure curiosité. Un Juif de Tudéla, dans le royaume de Navarre, nommé Benjamin1, plein d'un respect superstitieux pour la loi de Moïse , et désirant visiter ses frères établis en Orient, où il espérait les trouver dans un état de crédit et d'opulence qui pourrait relever l'honneur de ses co-reli- \ \ 60 gionnaires, partit d'Espagne en 1160. Il alla par terre à Constantinople, et traversa les pays qui sont au nord du Pont-Euxin et de la mer Caspienne jusqu'à la Tartarie chinoise. De là il prit sa route vers le sud , et , après avoir traversé différentes provinces de l'intérieur de l'Inde, il s'embarqua sur l'Océan indien, visita plusieurs des îles qui s'y trouvent, et, au bout de treize ans, revint par l'Egypte en Europe, avec de grandes connaissances sur une

(1) J. B. Muîioi {Histor. del Nuevo Mundo J l'appelle Benjamin ben Jonah. ( D. L. R. )

M 60 portion considérable du globe, inconnue alors aux peuples occidentaux1.

Le zèle du chef de l'église chrétienne concourut avec la superstition du juif Benjamin à faire découvrir les provinces intérieures et éloignées de l'Asie. Toute la chrétienté ayant été alarmée des bruits qui se répandaient sur les progrès rapides des armes ^ 2kQ tartares sous Gengis-Khan, le pape Innocent IV, qui avait la plus haute idée de la plénitude de son pouvoir et de la soumission due à ses commandements, envoya le père Jean de Piano Carpini à la tête d'une mission de moines franciscains, et le père Ascolino à la tête d'une autre mission de dominicains , pour exhorter Cayuk-Khan , petit-fils de Gengis et qui lui avait succédé au trône de Tartarie â, à embrasser la foi chrétienne , et à cesser de désoler la terre par ses armes. Le fier descendant du plus grand conquérant que l'Asie eût jamais Vu, étonné d'un message aussi étrange de la part d'un prêtre italien dont il ignorait

(i) Bergeron, Rec. de voyages, etc., tom.'I, pag. i.

Baratier, qui a donné la meilleure traduction de V Itinéraire de Benjamin de Tudéla, cherche à établir, dans un commentaire plein d'érudition et de saine critique, que Benjamin ne voyagea point , et qu'il ne fit que compiler les relations de ses contemporains. (D. L.R.)

(2) Il est fort difficile de concilier les différentes opinions qui ont été émises à ce sujet ; il paraît cependant que l'ambassade fut envoyée vers Batu-Khan, et que celui-ci l'envoya ensuite versKaïouk, grand khan, qui avait succédé à Oktaï son père, fils de Djenguyz-Khan. Consulter les Mémoires sur les relations politiques des princes chrétiens avec les empereurs mongols, par M. Abel-Remusat. Paris, 1822 ,in-4°, p. 26 et suiv. (D. L. R.)

Page 1