‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 44 sur 174 · LIVRE PREMIER. l\Ô · texte numérisé non relu

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également et le nom et la puissance, reçut cette -1256 injonction avec le mépris qu'elle méritait, mais il renvoya sans leur faire aucun mal les moines qui l'avaient apportée. Comme ces missionnaires étaient arrivés par différentes routes et avaient suivi quelque temps les camps des Tartares , qui étaient touj ours en mouvement, ils avaient eu occasion de parcourir une grande partie de l'Asie. Carpini, qui avait pris la route de Pologne et de Russie, traversa les provinces septentrionales de l'Asie jusqu'aux extrémités du Thibet. Ascolino * , qui paraît avoir débarqué sur la cote de Syrie , s'avança dans les provinces méridionales jusque dans l'intérieur de la Perse 2.

Peu de temps après cette époque, Louis IX, roi 1255 de France , contribua à étendre les connaissances que les Européens commençaient à acquérir sur les contrées lointaines. Un imposteur adroit, tirant avantage des notions imparfaites que les chrétiens s'étaient formées sur l'état et le caractère des nations asiatiques, l'informa qu'un khan des Tartares très puissant avait embrassé la religion chrétienne. Le monarque adopta ce conte avec une pieuse crédulité, et résolut à l'instant d'envoyer des ambassadeurs à

(i) Ascolino, Ascelin ou Anselme ( 1247 ), suivit le sud de la mer Caspienne , traversa la Syrie et la Perse , et se présenta devant Baju- Novian (Bajothtnoï ), l'un des chefs Mongols. Son journal ne nous est pas parvenu en entier ; ce que nous en avons nous a été conservé par Vincent de Beauvais , qui tenait cet extrait de Simon de Saint-Quentin , compagnon d' Ascelin, et qui l'inséra dans son Miroir historique. (D.L.R.)

(;) Hakluyt, tom. I, pag. 21. Bergeron , tom. I.

1253 cet illustre converti pour l'engager à attaquer d'un coté leurs ennemis communs, les Sarrasins, tandis que Louis tomberait sur eux de l'autre. Comme il n'y avait que des moines qui eussent les connaissances nécessaires pour exécuter une commission de cette espèce , il en chargea un père André , jacobin , auquel se joignit ensuite le père Guillaume de Rubruquis % franciscain. Il n'est resté aucune relation du voyage du premier; mais on a publié le journal de Rubruquis. Ce moine fut admis à l'audience de Mangu, le troisième khan des Tartares depuis Gengis; il fit ensuite un long circuit dans les parties intérieures de l'Asie , qu'il parcourut avec plus de détail qu'aucun autre Européen n'avait fait avant lui5.

Ces voyageurs, qu'un zèle religieux avait conduits en Asie, furent suivis par d'autres, que des intérêts de commerce ou des motifs de pure curiosité engagèrent à voyager dans les pays lointains. Le premier

1269 et le plus célèbre de ceux-ci fut Marco Polo, noble vénitien. Engagé dès ses jeunes ans dans le commerce, selon l'usage de son pays, son esprit entreprenant chercha une sphère d'activité plus étendue que celle qui lui était offerte par le trafic établi dans les différents ports d'Europe et d'Asie fréquentés par les Vénitiens. Ce motif le détermina à voyager dans les pays inconnus, dans la vue d'y

( i ) Son véritable nom esl Guillaume de Rupbroeck.

{">) Hakluyt, tom. hpag. 7 t. Rcc. de voyages par Bergeron, tom. I.

former des relations de commerce plus conformes 4 269 aux espérances et aux idées hardies d'un jeune aventurier. Comme son père avait déjà porté des marchandises d'Europe à la cour du grand khan des Tartares et les y avait vendues avec un bénéfice considérable, Marco Polo s'y rendit. Assuré de la protection deKublay-Khan, le plus puissant de tous les successeurs de Gengis, il continua ses expéditions mercantiles en Asie pendant plus de vingt-six ans ; et dans cet espace de temps il s'avança dans les parties de l'est , fort au-delà des lieux où les autres voyageurs européens avaient pénétré avant lui. Au lieu de suivre la route de Garpini et de Rubruquis , le long des vastes déserts de la Tartarie ? il passa par les principales villes commerçantes des parties les plus cultivées de l'Asie , et arriva à Cambalu ou Pékin, capitale du grand royaume duCathay ou delà Chine, soumise alors à la domination des successeurs' de Gengis. Il fît plusieurs voyages sur la mer des Indes; il trafiqua dans plusieurs des îles d'où les Européens recevaient depuis long- temps les épiceries et d'autres denrées dont ils faisaient le plus grand cas , quoiqu'ils ne connussent pas les lieux particuliers où croissaient ces précieuses productions ; il se procura des informations sur différents pays qu'il ne put pas visiter lui-même, particulièrement sur l'île de Zipangri, qui est probablement le Japon \ A son retour,

(r) Viaggi di Marco Polo, Ram., II, 2. Bergeron, tom. IL II ne peut

4 269 il excita l'admiration de ses contemporains par la description de ces vastes contrées, dont le nom était ignoré en Europe , et par les récits pompeux qu'il fit de leur fertilité, de leur population, de leur opulence, de leurs diverses manufactures et de l'étendue de leur commerce ; récits qui surpassaient toutes les idées d'un peuple ignorant et grossier.

Environ un demi-siècle après, le chevalier John Mandeville, Anglais, encouragé par l'exemple de

\ 022 ]YïarCo p0}0 ? voyagea en Orient , parcourut la plupart des pays que celui-ci avait décrits, et comme lui publia à son retour la relation de ses voyages1. Les récits de ces premiers voyageurs sont pleins de contes absurdes de monstres, de géans et d'enchanteurs a; mais cela même ne les rendait que plus intéressans pour un siècle ignorant où tout ce qui était merveilleux ne pouvait manquer de plaire. Les choses extra-

maintenant exister aucun doute à cet égard d'après les relations de Ksempfer , Martini, etc. (D. L. R.)

(i) Voyages andTravels, bj sir John Mandeville.

(2) Robertson n'aurait pas dû confondre Carpini , Ascelin , Rubruquis et Marco Polo avec Mandeville. Ce dernier a copié des pages entières de la relation d'Oderic de Portenau , moine italien ; il a mis à contribution la géographie d'Hayton, et a transcrit des morceaux entiers des romans de chevalerie et des vieilles chroniques du temps. Ses récits offrent des îles habitées par des géants qui ont cinquante pieds de haut , des diables qui du haut des montagnes vomissent des flammes sur les pauvres voyageurs, des agneaux engendrés par des melons, etc. , etc. Carpini , Ascelin , Rubruquis et Marco Polo au contraire n'ont retracé que ce qu'ils ont vu eux-mêmes , et on ne peut leur reprocher les contes absurdes qui se trouvent dans l'ouvrage de Mandeville. ( D. L. R. )

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