‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 45 sur 174 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ordinaires qu'ils racontaient, vraisemblablement sur 4 322 des ouï-dire, frappaient d'admiration le vulgaire, tandis que les faits qu'ils rapportaient d'après leurs propres observations fixaient l'attention des hommes plus éclairés. Les premières circonstances doivent être regardées comme les fables et les traditions populaires des pays où ils passaient, et elles ont été rejetées à mesure que les lumières se sont répandues en Europe ; mais quelque incroyables qu'eussent pu paraître dans le temps plusieurs des faits qu'ils ont rapportés, leurs récits ont été confirmés par l'autorité des voyageurs modernes. Ces deux relations tournèrent la curiosité des hommes vers la connaissance des parties lointaines du globe, étendirent leurs idées , et non-seulement les disposèrent insensiblement à tenter de nouvelles découvertes , mais encore leur donnèrent des lumières et des moyens propres à les diriger dans le choix des routes qu'ils avaient à suivre.

Tandis que cet esprit de recherche se développait invention en Europe , il se fit une découverte heureuse qui de la bous" contribua plus que les efforts de l'industrie des siècles précédents à perfectionner et à étendre la navigation. On observa la merveilleuse propriété qu'a l'aimant de communiquer à une légère verge de fer ou aiguille la vertu de se diriger constamment vers les pôles de la terre. On ne tarda pas à sentir l'usage qu'on pouvait en faire pour régler la naviga-

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4 322 tion, et l'on construisit cet instrument si utile et devenu si commun qu'on a appelé compas de marine ou boussole. Cette invention donnant aux navigateurs un moyen aussi sûr que facile de reconnaître dans toutes les saisons et dans tous les • lieux le nord et le sud ? ils ne furent plus réduits à se guider par la lumière des étoiles ou par l'observation des cotes maritimes. Ils abandonnèrent par degrés la méthode lente et timide de côtoyer le rivage; ils se lancèrent hardiment en pleine mer? et? sur la foi de leur nouveau guide ? naviguèrent au milieu de la nuit la plus sombre et dans le temps le plus nébuleux, avec une sécurité et une précision dont on n'avait pas encore eu d'idée. On peut dire que la boussole a ouvert à l'homme l'empire de la mer et qu'elle lui assure la possession du globe, en le mettant à portée d'en parcourir toutes les parties. Flavio Gioïa ? bourgeois d'Amalfi ? ville considérable de commerce dans le royaume de Naples , fit cette grande découverte vers l'an i3o2 '. Tel a été trop souvent le destin de ces illustres bienfaiteurs de l'humanité ? qui ont enrichi la science et perfectionné les arts par leurs inventions ? qu'ils ont retiré plus de gloire que d'avantage des heureux efforts de leur génie-; mais le sort de Gioïa a été encore plus cruel ; car l'inattention ou l'ignorance des écrivains contemporains l'a privé même de la célébrité à la-

(x) Voyez la note 9.

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