‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 46 sur 174 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

quelle il avait de si justes droits. Ils ne nous ont 4 321 laissé aucune lumière sur sa profession , sur son caractère, sur le temps précis où il fit cette importante découverte, et sur les hasards ou les observations qui l'y ont conduit. Les annales de l'esprit humain ne nous offrent aucun événement qui ait produit de plus grands effets que cette invention , dont la connaissance nous a été cependant transmise sans aucune des circonstances propres à satisfaire la curiosité qu'elle doit naturellement exciter'. Quoique l'usage de la boussole mît les Italiens en état d'exécuter avec plus de promptitude et de sécurité les petits voyages qu'ils étaient accoutumés de faire, cependant cette nouveauté n'eut pas une influence assez subite et assez générale pour exciter sur-lechamp l'esprit de découverte et le désir d'entreprendre des navigations hardies. Plusieurs causes concoururent à empêcher cette invention utile d'avoir tout son effet. Les hommes n'abandonnent que lentement et avec répugnance les anciennes habitudes : ils craignent les nouvelles tentatives et ne s'y livrent qu'avec timidité. Il est probable aussi que la jalousie de commerce engagea les Italiens à cacher aux autres nations l'heureuse découverte de leur compatriote. On n'acquit) que par degrés l'art de naviguer avec la boussole , en l'employant avec assez

(i) Collinas et Trombellus de Acûs nauticœirwentore. Instit. Bonon., loin. II, part. III, pag. 372.

5o HISTOIRE DE L'AMERIQUE.

4 322 d'habileté pour donner une entière confiance dans sa direction. Les marins , accoutumés à ne jamais perdre de vue la terre , n'osèrent pas tout d'un coup s'abandonner au milieu des mers inconnues; ainsi ce ne fut que près de cinquante ans après la découverte de Gioïa que les navigateurs se hasardèrent à entrer dans des mers qu'ils n'avaient pas encore fréquentées.

La naviga- Les voyages des Espagnols aux îles Fortunées ou non prcn canaries fut la première époque où la navigation prit

un caractère . .

plus hardi, un essor plus hardi. Les écrivains contemporains ne nous ont point appris quelles furent les circonstances qui préparèrent la découverte de ces petites îles ', situées à près de cinq cents milles de la cote d'Espagne, et à plus de cent cinquante milles de celle d'Afrique. Mais on sait que, vers le milieu du quatorzième siècle, les habitants des différents royaumes dont l'Espagne était composée étaient dans l'habitude de faire des excursions dans ces îles, pour y piller les naturels ou les mener en esclavage. Clément YI , en vertu du droit que le saint-siége prétendait avoir de disposer de tous les pays possédés par les infidèles , érigea ces îles en royaume dans l'année 1 344 ? et les donna en souveraineté à Louis de La Cerda , descendu de la famille royale de Castille a ; mais ce prince infortuné , manquant de forces

(x) Voy. la note 10.

(2) Il était arricrc-petit-fds du roi Alphnnse-le-Sage , et c'est de lui que descendent les ducs de Médina Céli. (D. L R.)

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