LIVRE PREMIER
et d'un grand nombre d'autres qu'il loua à des étran- 1 *M 2 gers. Ce grand armement fut destiné à attaquer les Maures établis sur la cote de Barbarie. Pendant qu'on faisait ces préparatifs, on détacha quelques vaisseaux chargés de naviguer le long de la cote occidentale de l'Afrique , bornée par l'Océan Atlantique , et de découvrir les pays inconnus qui s'y trouvaient situés. C'est à cette entreprise peu importante qu'on peut rapporter l'époque où l'esprit de découverte brisa les barrières qui avaient si long - temps dérobé aux hommes la connaissance de la moitié du globe terrestre.
A l'époque où Jean expédia ses vaisseaux pour ce nouveau voyage , l'art de la navigation était encore très imparfait. Quoique l'Afrique fût très près du Portugal, et que la fertilité des pays que, l'on connaissait déjà sur ce continent invitât à y faire de nouvelles découvertes , les Portugais ne s'étaient jamais hasardés à passer le cap Non : ce promontoire, comme son nom l'indique, avait été regardé jusque là comme une borne qu'on ne pouvait franchir ; mais les nations de l'Europe avaient alors acquis assez de connaissances pour oser enfin secouer les préjugés et réformer les erreurs de leurs ancêtres. Le long règne de l'ignorance, cette ennemie constante de toute recherche et de toute entreprise nouvelle, touchait à son dernier période; l'aurore de la science jetait ses premiers rayons ; les ouvrages des Grecs et des Romains com-
4iii2 mençaient à être lus avec admiration et avec fruit. Les sciences cultivées par les Arabes avaient été introduites en Europe et par les Maures établis en Espagne et en Portugal, et par les Juifs qui étaient en grand nombre dans ces deux royaumes. La géométrie , l'astronomie et la géographie , qui sont la base de l'art de la navigation , devinrent des objets d'attention et d'étude. La mémoire des découvertes des anciens se ranima, et l'on rechercha les progrès de leur navigation et de leur commerce. Quelques-unes des causes qui pendant le dernier siècle et dans celuici ont arrêté la culture des sciences en Portugal, ou n'y existaient pas dans le quinzième siècle, ou n'y produisaient pas les mêmes effets '; les Portugais alors paraissaient marcher dans la carrière des sciences et des lettres d'un pas égal avec les autres peuples qui habitent en-deçà des Alpes.
Comme l'esprit du siècle favorisait l'exécution de la nouvelle entreprise à laquelle les Portugais se trouvaient invités par la situation particulière de leur pa-ys , elle ne pouvait manquer d'avoir du succès. Les vaisseaux équipés pour cette expédition doublèrent ce cap formidable qui avait borné la course des navigateurs précédents, et s'avancèrent a cent soixante milles au-delà jusqu'au cap Boyador. Les rochers qui forment ce cap et qui s'étendent fort avant dans la mer ayant paru plus dangereux aux Portugais que le
(i) Voyez la note ri,