LIVRE PREMIER
promontoire qu'ils avaient déjà passé , ils n'osèrent le tourner, et revinrent à Lisbonne plus satisfaits d'être allés jusque là que honteux de n'avoir pas tenté d'aller plus avant.
Quelque peu considérable que fût ce voyage , il ne Le prince fit que donner plus d'activité à ce goût pour les dé- en" d,nge
n. r o i les decouver-
couvertes qui avait commencé à se développer en tes des Portu- Portugal. Le succès extraordinaire de l'expédition gaisdu roi contre les Maures de Barbarie fortifia encore UH5 l'esprit entreprenant des Portugais , et les encouragea à de nouvelles tentatives. Mais, afin d'en assurer le succès , ils avaient besoin d'être conduits par un homme qui , doué des qualités propres à discerner ce qui était praticable , eût le loisir de former un système régulier d'opérations pour la poursuite des découvertes, et eût en même temps assez d'ardeur et de persévérance pour se mettre au-dessus des revers et des obstacles. Heureusement pour le Portugal ces qualités se trouvèrent réunies dans Henri, duc de Viseu ', quatrième fils du roi Jean , qui l'avait eu de Philippine de Lancastre, sœur de Henri IV, roi d'Angleterre. Ce prince avait, dès sa première jeunesse, accompagné son père dans l'expédition de Barbarie , et s'y était signalé par différentes actions de bravoure. A l'esprit guerrier
(i) Il naquit à Porto, le 4 mars 1394, et mourut à Sagres le i3 novembre 1460, suivant Ant. Gaet de Sousa. (Hist. généal. da Casa réal portugueza.) Le P. Freire {Vida do Inf. D. Henri que) place sa mort au a3 novembre 1460, el Jean de Barros la recule jusqu'à l'année r ',63. ' D. L. R.)
58 HISTOIRE DE l' A MEXIQUE.
i h\ 5 qui , dans ces temps de chevalerie , caractérisait tout homme d'une naissance distinguée, Henri joignait toutes les qualités d'un siècle plus poli et plus éclairé. Il cultivait les arts et les sciences , alors ignorés et méprisés des personnes de son rang. Il s'appliqua avec un goût particulier à l'étude de la géographie; instruit par les leçons de maîtres habiles et par les relations des voyageurs , il acquit bientôt assez de connaissance du globe habité pour apercevoir la probabilité de découvrir de nouvelles et riches contrées en naviguant le long de la cote d'Afrique. Cette espérance était bien faite pour exciter l'ardeur et l'enthousiasme d'un j eune homme, et il résolut de protéger de toutes ses forces un projet qui pouvait devenir aussi utile qu'il paraissait brillant et honorable. Afin de pouvoir procéder sans interruption à cette grande entreprise, il se retira de la cour immédiatement après son retour d'Afrique, et fixa sa résidence à Sagres, près du cap Saint- Vincent , où la vue de l'Océan Atlantique , portant continuellement ses pensées vers son projet favori, l'encourageait à en préparer l'exécution. Quelques-uns des plus savants hommes de son pays l'avaient accompagné dans sa retraite et l'aidaient dans ses recherches. Il demanda des éclaircissements aux Maures de Barbarie , qui étaient accoutumés à voyager par terre dans les provinces intérieures de l'Afrique , où ils allaient chercher de l'ivoire , de la poudre d'or et d'autres denrées précieuses. Il consulta les