‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 51 sur 174 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

juifs établis en Portugal. Il sut par des promesses, \Mb des récompenses , des marques d'estime et de confiance , attirer à son service plusieurs habiles navigateurs, tant étrangers que portugais. Dans la disposition de ces préparatifs , les grands talents du prince étaient heureusement secondés par ses vertus personnelles. Sa probité , son affabilité , son respect pour la religion et son zèle pour la gloire de son pays , engagèrent des personnes de tous les rangs à donner des applaudissements à son projet et à en favoriser l'exécution. Ses compatriotes voyaient que ses vues n'étaient dirigées ni par l'ambition ni par le désir des richesses , mais par la bienveillance active d'une ame ardente à concourir au bonheur des hommes , et qui justifiait la devise qu'il avait prise pour désigner la seule ambition de son ame : Talent de bien faire.

L'effet de sa première tentative ne fut pas d'une Découverte grande importance; c'est le sort de toute entreprise nouvelle. Il équipa un seul vaisseau dont il donna le commandement à Jean Gonzales Zarco ' et à Tristan 1 *M 6 Vaz, deux gentilshommes de sa maison qui s'offrirent volontairement pour diriger l'expédition : il leur recommanda d'employer tous leurs efforts pour doubler le cap Boyador, et de gouverner de là vers le sud. Fidèles à la manière de naviguer généralement adoptée, ils firent route en longeant la cote, et en suivant

(i) Le P. Freire et A C. de Sousa l'appellent Jean Gonçalves Zareo; il avait seul le commandement du vaisseau, ( D. L. R. )

de Porto-Santo.

tio HISTOIRE DE È' AMERIQUE.

^^\6 cette direction ils durent rencontrer des difficultés presque insurmontables pour doubler le cap ; mais la fortune vint au secours de leur inexpérience, et empêcha leur voyage d'être entièrement infructueux. Un coup de vent qui s'éleva tout à coup les jeta en pleine mer, et, tandis qu'ils s'attendaient à tout moment à périr, ils touchèrent à une île inconnue qu'ils nommèrent Porto-Santo, en mémoire del'heureuse délivrance du danger qu'ils venaient de courir. Dans l'état où était la navigation , la découverte de cette petite île parut une affaire si importante qu'ils retournèrent sur-le-champ en Portugal pour en porter la nouvelle à Henri, de qui ils reçurent les éloges et les distinctions que méritait une expédition si heureuse. L'ardeur avec laquelle ce prince suivait son objet favori lui fit trouver dans ce petit succès les motifs les plus encourageants pour en espérer de plus considérables i\ }\ 1 9 et pour tenter de nouveaux efforts. L'année suivante, Henri équipa trois vaisseaux sous le commandement des mêmes officiers , auxquels il associa Barthélemi Pérestrcllo , et il leur ordonna de prendre possession de l'île qu'ils avaient découverte. A peine commencaient-ils à s'établir à Porto-Santo , qu'ils observèrent à l'horizon , vers le sud , une espèce de tache fixe semblable à un petit nuage noir. Ils en vinrent peu à peu a conjecturer que ce pouvait bien être une terre ; ils se remirent en nier pour s'en assurer, et ils arrivèrent à une grande ne inhabitée cl couverte de hbis,

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