LIVRE PREMIER. 6l
à laquelle ils donnèrent le nom de Madeira , {Ma- Madère. dère) ' . Comme le principal objet de Henri était de rendre ses découvertes utiles à sa nation , il équipa sur-le-champ une flotte pour aller établir une colonie portugaise dans ces deux îles. Il eut soin d'y faire porteries semences, les plantes et les animaux domestiques communs en Europe ; mais \ comme il prévit que la chaleur du climat et la fertilité du sol ne pouvaient manquer d'être favorables à d'autres productions, il se procura des plants de vigne de l'île de Chypre , dont les vins étaient alors très renommés , et des cannes à sucre qu'il tira de Sicile où l'on en avait introduit depuis peu. Ces précieux végétaux prospérèrent rapidement dans les deux nouvelles îles ; on ne tarda pas à reconnaître les grands avantages de leur culture ; et le sucre et le vin de Madère devinrent bientôt des articles considérables du commerce du Portugal 2.
Dès que l'on commença à sentir les avantages qui résultaient de ce premier établissement à l'ouest du continent de l'Europe, l'esprit de découverte parut moins chimérique et augmenta d'audace et d'activité. Les Portugais , en continuant leurs voyages à Madère , s'étaient accoutumés par degrés à une navigation plus hardie , et , au lieu de se traîner timi-
(i) Historical relation of the first discovcry of Madeira, translated from the Portuguese of Franc. Alcaforado, pag. i5, etc. (a) Lud. Guicciardini Dcscrit. di Paesi Bassi, pag. 180, r8i.
^20 Jement le long de la cote, ils ne craignirent pas de se lancer en pleine mer. Gilianez J, qui commandait un des vaisseaux du prince Henri , doubla par cette nouvelle route le cap Boyador, qui pendant plus de vingt ans avait arrêté la navigation portugaise , et était regardé comme une barrière 4 ^35 impossible à franchir. Cet heureux voyage , que l'ignorance du siècle faisait comparer aux plus fameux exploits transmis par l'histoire , ouvrit une nouvelle carrière aux navigateurs , parce qu'il leur découvrit le vaste continent de l'Afrique, qui, baigné par l'Océan Atlantique, s'étendait au loin vers le sud. On eut bientôt reconnu une partie de ce continent; les Portugais s'avancèrent dans les tropiques, et, dans l'espace de quelques années , ils découvrirent la rivière de Sénégal et toute la cote qui s'étend du cap Blanc au cap Vert.
Les Porm- Jusque là les Portugais avaient été guidés et engais sont eton- couragés'dans leurs découvertes par les lumières et
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qu'ils décou- les instructions qu'ils avaient trouvées dans les ouvrent aux tro- vranres des mathématiciens et géographes anciens.
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Mais lorsqu'ils commencèrent à entrer dans la zone torride, le préjugé reçu chez les anciens que la chaleur excessive et perpétuelle qui régnait dans cette zone la rendait inhabitable à l'espèce humaine , leur ôta pendant quelque temps le courage d'aller plus avant. Les observations qu'ils firent eux-mêmes,
(i) Le P. Freire l'appelle Gil Eannés. (D. L. R.)