‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 53 sur 174 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

lorsqu'ils approchèrent pour la première fois de cette K ^33 région inconnue et redoutable, tendaient à confirmer l'opinion des anciens sur l'action violente des rayons directs du soleil. Jusqu'à la rivière de Sénégal , les Portugais avaient trouvé la cote d'Afrique habitée par des peuples à peu près semblables aux Maures de Barbarie; mais, lorsqu'ils pénétrèrent au sud de cette rivière , l'espèce humaine se présenta à eux sous une nouvelle forme ; ils virent des hommes qui avaient la peau noire comme de l'ébène, a vécues cheveux courts et bouclés , des nez aplatis , des lèvres épaisses, et tous les traits particuliers qui distinguent la race des nègres. Ils durent naturellement attribuer ce changement extraordinaire à l'influence de la chaleur , et ils commencèrent à craindre qu'en avançant plus près de la ligne les effets n'en fussent encore plus terribles. Des grands du royaume, qui, par ignorance , par envie , ou par cette froide et timide prudence qui rejette tout ce qui a l'air de nouveauté ou de projets hardis , avaient jusqu'alors condamné les projets du prince Henri, exagérèrent les dangers qu'on courait à porter ces recherches plus loin , et proposèrent d'autres objections contre l'idée de tenter de nouvelles découvertes. Ils représentèrent qu'il était absolument chimérique d'espérer quelque avantage de la recherche de pays situés dans une partie du monde que la sagesse et l'expérience des anciens leur avaient fait reconnaître pour inhabi-

4*133 table ; que leurs ancêtres, contents de cultiver le territoire qui leur avait été assigné par la Providence , ne songeaient pas à prodiguer les forces du royaume en vains projets pour chercher de nouveaux applaudissements; que le Portugal était déjà épuisé par les frais des tentatives qu'on avait faites pour découvrir des terres qui n'existaient pas ou que la nature avait destinées à rester inconnues ; enfin que ces tentatives avaient déjà causé la perte d'un grand nofflbre d'hommes qui auraient pu être employés à des entreprises dont le succès beaucoup plus facile aurait produit de plus grands avantages. Mais ni ces réclamations fondées sur l'autorité des anciens, ni ces raisonnements sur les intérêts du Portugal, ne purent faire aucune impression sur l'ame courageuse et vraiment philosophique du prince Henri. Les découvertes qu'il avait faites lui prouvaient que les anciens n'avaient guère qu'une connaissance conjecturale de la zone torride ; et il savait que les frivoles arguments de ses adversaires, relativement aux intérêts politiques du Portugal, n'avaient pour motifs que la malveillance et la jalousie. Il fut puissamment secondé dans ces dispositions par dom Pédre , son frère , qui gouvernait le royaume en qualité de tuteur

4/i38 de son neveu Alphonse V, lequel avait succédé à la couronne étant mineur ; loin de se relâcher de ses efforts , Henri continua de poursuivre avec une nouvelle ardeur l'exécution de ses projets.

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