‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 55 sur 174 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tions. D'ailleurs tous les prinees chrétiens auraient 4438 craint de disputer aux Portugais les pays que ceuxci avaient découverts , et de troubler les progrès de leur navigation et de leurs conquêtes1.

Le bruit des expéditions des Portugais ne tarda pas à se répandre dans toute l'Europe. Les peuples , découverte accoutumés dès long-temps à circonscrire l'activité des Portugaiset les lumières de l'esprit humain dans les limites où elles avaient été jusque là renfermées , furent étonnés de voir la sphère de la navigation s'agrandir ainsi tout à coup , et de concevoir l'espérance de connaître des régions dont l'existence n'était pas même soupçonnée auparavant. Les savants et les philosophes faisaient des raisonnements et combinaient des théories sur des découvertes inattendues, tandis que le vulgaire faisait des questions et s'étonnait. Des aventuriers hardis vinrent en foule de toutes les parties de l'Europe pour solliciter le prince Henri de les employer à ce service honorable. Les Vénitiens et les Génois , qui surpassaient alors tous les autres peuples darïs la connaissance et la pratique de la marine, fournirent surtout un grand nombre de marins qui entrèrent à bord des vaisseaux portugais , et acquirent à cette nouvelle école de navigation une connaissance de leur art plus exacte et plus étendue. Les Portugais, animés par l'exemple de ces étrangers , s'empressèrent d'exer-

(1) Voyez la note i3.

t>8 IIISTOTRE DE L'AMÉRIQUE.

4Wf6 cor leurs propres talents et leur activité. La nation seconda les desseins du prince. Des négociants formèrent des associations pour concourir à la recherche des pays inconnus. On découvrit les îles du cap Vert qui gisent à la hauteur de ce cap dont elles portent le nom , et , peu de temps après , celles qu'on W9 a nommées Açores. Gomme les premières sont à plus de trois cents milles de la côte d'Afrique et les dernières à neuf cents milles de tout continent, il est évident que les Portugais n'avaient pu s'abandonner ainsi dans les hautes mers, sans avoir déjà fait des progrès surprenants dans l'art de la navigation. Mort du Cette passion pour les nouvelles découvertes était p"n?fL*er?' au plus haut degré de chaleur et d'activité, lorsqu'elle éprouva un revers funeste par la mort du prince Henri, qui avait jusque là dirigé les entreprises des navigateurs par ses grandes connaissances , et qui les avait encouragées et soutenues par son pouvoir et son crédit. Il est vrai que pendant sa vie les Portugais , dans leurs courses les plus avancées vers le sud, n'avaient pénétré qu'à cinq degrés de la ligne équinoxiale ; et qu'après une suite d'expéditions continuées pendant un demi -siècle, à peine avaient-ils découvert quinze cents milles de la cote d'Afrique. Ces essais de l'art naissant doivent paraître bien faibles et bien timides aux hommes qui connaissent les progrès que la navigation a faits

(1) Voir la note au bas de la page 57.

dans son état de maturité; mais, quelque peu con- 4^65 sidérables que fussent ces premiers efforts, c'en était assez pour tourner la curiosité des nations de l'Europe vers de nouveaux objets , pour y exciter le goût des entreprises, et pour frayer la route à d'autres découvertes.

Alphonse , assis sur le trône à la mort du prince L'ardeup

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Henri , était alors fort occupé à soutenir ses tes se ralentit prétentions à la couronne de Castille , et à pour- Pendant quel-

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suivre ses expéditions contre les Maures de Barbarie ; les forces du royaume étant employées à d'autres opérations , ce prince ne put pas mettre beaucoup d'ardeur à suivre les découvertes en Afrique. Il en laissa la conduite à Fernand Gomez , négociant de Lisbonne, auquel il accorda le droit exclusif de commercer avec tous les pays dont le prince Henri avait pris possession. Les gênes et l'oppression de ce monopole ne pouvaient manquer de ralentir l'esprit de découverte, parce que cessant d'être un objet national, ce n'était plus que l'affaire d'un particulier plus attaché à l'intérêt de sa fortune qu'à la gloire de son pays. On fît cependant quelques nouveaux progrès. Les Portugais se hasardèrent enfin à traverser la ligne, et, à leur grand étonnement, ils trouvèrent que cette région de la zone torride , qu'on supposait embrasée d'une chaleur intolérable , était non-seulement habitée, mais encore très peuplée et très fertile.

\k7\ Jean II, qui succéda à son père Alphonse, avait Elle se ra- toug jeg taien^s nécessaires pour former et pour exé-

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nouvelle force, cuter de grands desseins. Gomme une partie de ses revenus f tandis qu'il était prince royal , provenait des droits établis sur le commerce qu'on faisait avec les pays nouvellement découverts , son attention se tourna naturellement vers cet objet ; il en sentit bientôt l'importance , et , à mesure qu'il acquit plus de connaissances sur ces nouvelles contrées, la possession lui en parut d'un plus haut intérêt. Tant que les Portugal s côtoyèrent les bords de l'Afrique , depuis le cap Non jusqu'à la rivière de Sénégal , ils ne trouvèrent sur cette longue étendue de cotes qu'un terrain sablonneux , stérile , habité par des peuples misérables et très peu nombreux, professant la religion mahométane , et soumis au vaste empire de Maroc ; mais au sud de cette même rivière, la puissance et la religion des mahométans n'étaient plus connues. Le pays était divisé en petites principautés indépendantes ; la population y était considérable et le sol fertile ', et les Portugais reconnurent bientôt qu'il produisait de l'ivoire, des gommes, de l'or et d'autres denrées précieuses. Cette découverte, en étendant le commerce, encourageait à de nouvelles tentatives ; et des hommes, dont l'audace et l'activité étaient excitées

(i) Navigatio ÂtoYsii Cadamusù apud Novum Orbem Grynœi, p. 2, îtt. Nàvigat. ail Isola dï San Tome per un pilotto Poftugh. Ramusio, J, u5.

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