‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 57 sur 174 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

turer par la teneur de la bulle du pape, avait conçu de bonne heure l'idée de cette navigation. Tous les pilotes et mathématiciens portugais s'accordaient maintenant à la regarder comme praticable. Le roi entra avec chaleur dans leurs idées , et commença de concerter les mesures nécessaires pour cette difficile et importante entreprise.

Avant que les préparatifs de cette expédition fussent achevés, on apprit d'Afrique que différentes nations établies le long de la cote avaient indiqué un royaume puissant ? situé à une grande distance vers l'est de leur continent, et dont le souverain, suivant les détails qu'elles en donnaient, professait la religion chrétienne. Le roi de Portugal en conclut surle-champ que ce devait être l'empereur d' Abyssinie , auquel les Européens , trompés par une méprise de Rubruquis , de Marco-Polo et de quelques autres voyageurs , avaient ridiculement donné le nom de Prête ou Prêtre- Jean 5 et comme il espéra de recevoir des lumières et des secours d'un prince chrétien pour le succès d'un plan qui tendait à propager leur doctrine commune, il résolut d'établir, s'il était possible, une correspondance avec cet empire. Il choisit pour cet objet Pierre de Covilhan et Alphonse de Payva,qui entendaient parfaitement la langue arabe; il les envoya à l'est du continent de l'Afrique , pour chercher la résidence de ce potentat inconnu , et lui faire des propositions d'alliance et d'amitié. Les deux dé-

■\k8'4 putes étaient chargés aussi de se procurer dans les pays qu'ils visiteraient tous les éclaircissements qu'on pourrait leur donner sur le commerce de l'Inde et sur le cours de navigation qu'il faudrait suivre pour y pénétrer ' .

Voyage de Tandis que Jean faisait cette tentative par terre B e pour obtenir quelque connaissance d'un pays qu'il

i486 désirait si ardemment de découvrir, il s'occupait en même temps des moyens de suivre par mer ce grand dessein. La conduite de cette expédition , la plus difficile et la plus importante que les Portugais eussent encore projetée, fut confiée àBarthélemi Diaz, officier qui avait toute la sagacité, l'expérience et le courage qu'exigeait une pareille entreprise. Il s'avança hardiment vers le sud , et franchissant les limites où jusqu'alors ses compatriotes avaient arrêté leur course , il découvrit plus de mille milles de terres nouvelles. Ni les dangers auxquels il se vit exposé par une suite de tempêtes violentes dans des mers inconnues et par les fréquentes mutineries de son équipage, ni les détresses de la famine où il fut réduit par la perte du vaisseau qui portait ses provisions, ne purent l'empêcher de poursuivre son entreprise. Pour fruit de ses travaux et de sa persévérance, il reconnut enfin le promontoire élevé qui borne l'Afrique vers le sud; mais tout ce qu'il

(t) Faria y Sousa, Port. Asia, vol. J, pag. 26. Lafitau, Découverte* des Porfi/g., 1. I, j>. 46,

Page 1