LIVRE SECOND. 8l
nois dans le commerce, il avait acquis des richesses 1^07 et de la célébrité. Colomb le suivit dans ses expéditions pendant plusieurs années , en se distinguant autant par son courage comme homme de guerre, que par son habileté comme homme de mer. A la fin il livra un combat opiniâtre sur la cote de Portugal à quelques caravelles vénitiennes , qui retournaient des Pays-Bas richement chargées; le vaisseau sur lequel il était prit feu en même temps que le vaisseau ennemi auquel le sien était fortement attaché par les grappins. Dans une si terrible extrémité , sa présence d'esprit et son intrépidité ne l'abandonnèrent pas. Il se jeta à la mer, se saisit d'une rame flottante, et, comme il nageait parfaitement, à l'aide de ce secours il gagna le rivage , qui était éloigné d'environ deux lieues , et sauva une vie réservée à de plus grandes choses1.
Dès qu'il eut recouvré ses forces , il se rendit à il entre au Lisbonne, où plusieurs de ses compatriotes étaient ^lvtlc c
7 A r Portugais.
établis. Ils conçurent bientôt une opinion si avantageuse de son mérite et de ses talents , qu'ils le pressèrent vivement de rester en Portugal, où son habileté et son expérience dans la navigation ne pouvaient manquer de le faire remarquer. Le service portugais était alors plus attrayant qu'aucun autre pour tout aventurier animé du désir de voir des pays nouveaux, ou cherchant à se distinguer : Colomb se
(i) Vie de Colomb, chap. 5.
14G7 laissa facilement séduire par ses amis , et J ayant obtenu l'affection d'une Portugaise , il l'épousa et fixa son séjour à Lisbonne. Son mariage , au lieu de le détacher du genre de vie qu'il avait suivi jusqu'alors, contribua à étendre ses connaissances dans la navigation, et lui donna le désir de les augmenter encore. Sa femme était la fille de Barthélemi de Perestrello, l'un des capitaines employés parle prince Henri dans ses premières expéditions, et qui avait découvert et colonisé les îles de Porto-Santo et de Madère l. Colomb devint possesseur des journaux et des cartes de ce navigateur expérimenté. Il y apprit les routes qu'avaient tenues les Portugais dans leurs découvertes , et les diverses circonstances qui les avaient encouragés et dirigés ; cette étude flattait et enflammait sa passion dominante. Les cartes de Perestrello et les descriptions des nouvelles contrées que ce navigateur avait vues augmentèrent tellement son impatience de voyager, qu'il ne put y résister. Pour la satisfaire il fit un voyage à Madère, et entretint pendant plusieurs années un commerce avec cette île, avec les Canaries, les Açores, les établissements que
(i) A. C. de Sousa, Historia genealogica da Casa real Portugnezu et le père F. J. Freire, Vida do Infante D. Henrique, affirment que l'île de Madère fut découverte par Jean Gonçalves Zarco , qui prit depuis le nom de Camara; le dernier écrivain ajoute ét'pdr Tristan Vaz. Perestrello, qui avait accompagné plusieurs fois Zarco, n'a pas non plus découvert Porto-Santo; mais il en était cependant capitaine propriétaire. (D. L. R.)