LIVRE SECOND
représenté ces régions comme étant d'une étendue mer immense. Ctésias assure que l'Inde est un pays aussi vaste que tout le reste de l'Asie. Qnésicrite, suivi par Pline le naturaliste * , prétendait qu'elle était égale à un tiers de la terre habitable , et Néarque dit que d'une extrémité à l'autre, en ligne droite, il y avait pour quatre mois de chemin3. Le journal de Marco-Polo qui s'était avancé à l'est beaucoup plus qu'aucunautre Européen avant lui , semblait confirmer ces exagérations des anciens. Les descriptions magnifiques qu'il fait des royaumes de Cathay et de Cipango , et de beaucoup d'autres pays dont les noms étaient inconnus en Europe, présentaient l'Inde comme une4 contrée immense. Ces notions, quelque défectueuses qu'elles fussent , étaient les plus exactes que les Européens eussent en ce temps-là sur toute cette partie orientale de l'Asie. Colomb en tirait une conséquence très juste. Il prétendait que le continent de l'Inde, en s'étendant vers l'est , devait , à raison de la figure sphérique delà terre, s'approcher davantage des îles nouvellement découvertes à l'ouest de l'Afrique ; que la distance de l'Asie à ces îles ne devait pas être très considérable, et que la route la plus directe et en même temps la plus courte de l'Europe aux parties les plus orientales de ce grand pays était en naviguant
(0 Nat. Hist. lib. VI, cap. 17.
(■>.) Strabo, lib. XV, pag, ion,
4hG7 à l'ouest1. L'autorité de quelques écrivains anciens, secours nécessaire alors pour faire recevoir une opinion dans quelque matière que ce fût , appuyait cette idée de la proximité de l'Inde à l'égard des parties occidentales de notre continent. Aristote penchait à croire qu'elle n'était pas fort éloignée des colonnes d'Hercule ou détroit de Gibraltar , et qu'on pouvait aller par mer du détroit aux Indes 2. Sénèque, s'exprimant encore d'une manière plus positive, assure que par un vent favorable on peut aller en peu de jours d'Espagne aux Indes3. La fameuse Atlantide de Platon , que beaucoup de personnes regardaient comme un pays réel et au-delà de laquelle ce philosophe place un vaste continent, est représentée par lui comme peu éloignée de l'Espagne. Après avoir pesé toutes ces raisons , Colomb , qui unissait la modestie et la défiance du génie avec l'enthousiasme d'un créateur de projets, ne s'en reposa entièrement ni sur ses propres raisonnements , ni sur l'autorité des anciens. Il crut aussi devoir consulter ceux de ses contemporains qui étaient capables d'apprécier les arguments sur lesquels il fondait son opinion. Dès l'an i474 il communiqua ses idées sur la probabilité de découvrir de nouvelles terres en naviguant à l'ouest , à Paul , médecin florentin , célèbre par ses
(1) Voyez la note 16.
(2) Aristot. de Cœloy lié. II, cap. 14. édit. Du Val, 162 9, vol. I, p. 472.
(3) Seneca , Quœst. Nalur. lib. I, in proœm.