‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 66 sur 174 · LIVRE «SECOND · texte numérisé non relu

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constances paraissaient lui promettre que ses offres in&7 seraient goûtées. Il s'adressait à un monarque d'un génie actif, assez bon juge lui-même d'une entreprise maritime , et flatté de protéger toutes les tentatives qui avaient pour objet la découverte de nouvelles terres. Ses sujets étaient les plus babiles navigateurs de l'Europe et les moins capables de se laisser effrayer par la nouveauté ou la hardiesse d'une expédition maritime. L'habileté de Colomb dans la navigation et ses qualités personnelles étaient bien connues en Portugal; l'une suffisait pour empêcher qu'on ne regardât son projet comme tout-à-fait chimérique, et les autres ne permettaient aucune défiance sur la droiture de ses intentions. Le roi l'écouta donc avec bonté , et renvoya l'examen de son plan à Diego Ortiz, évêque de Ceuta, et à deux médecins juifs, estimés pour leurs connaissances dans la cosmographie , et qu'il avait coutume de consulter dans les affaires de ce genre. L'ignorance avait empêché les Génois d'adopter le projet de Colomb; à Lisbonne il eut à combattre un ennemi non moins redoutable, le préjugé. Les personnes dont les suffrages devaient décider cette question dirigeaient depuis long-temps tous les projets de navigation des Portugais , et avaient donné le conseil de chercher un passage aux Indes par la route opposée à celle que Colomb regardait comme la plus courte et la plus sûre. Ils ne pouvaient par conséquent approu-

jin67 ver son plan sans recevoir la double mortification de condamner leur propre théorie et de reconnaître la supériorité d'un étranger. Après l'avoir fatigué de questions insidieuses et d'objections sans nombre, dans la vue de lui faire expliquer son projet avec assez de détail pour le connaître à fondais différèrent de prononcer un jugement définitif, et en même temps ils conspirèrent pour lui enlever la gloire et les avantages qui pouvaient lui revenir du succès de son entreprise , en conseillant au roi de faire partir un vaisseau qui devait l'exécuter en suivant la route que Colomb avait indiquée. Le roi Jean , oubliant en cette occasion les sentiments d'un souverain , eut la bassesse d'adopter ce perfide conseil ; mais le pilote choisi pour suivre le plan de Colomb n'avait ni le génie, ni le courage de l'inventeur. Ayant trouvé des vents contraires , et n'apercevant aucune indication du voisinage de quelques terres , il se laissa effrayer et retourna à Lisbonne, décriant le projet comme extravagant autant que dangereux l.

u quitte le Colomb , ayant découvert cette trahison , en res- Portugal et sentit l'indignation naturelle à une ame franche ,

passe en Es- ° . t

pagne. et dans la chaleur de son ressentiment il se deter-

W\&\ mina à n'avoir plus aucune relation avec une nation capable d'un si indigne procédé. Il quitta sur-lechamp le Portugal et aborda en Espagne vers la fin de l'année \[\%l\. Comme il pouvait désormais

(i) Vie de Colomb, chap, u. Herrera, decad. I, lib. I, cap. 7.

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