LIVRE SECOND
de son système diminua point , et son désir de la 4 ^8 démontrer par l'expérience n'en fut que plus vif. Après avoir sollicité sans succès la protection des souverains , il s'adressa aux ducs de Médina-Sidonia et de Médina-Céli, qui, quoique simples sujets, étaient assez puissants et assez riches pour mettre son projet à exécution; mais cette tentative ne lui réussit pas mieux , car ces seigneurs , soit qu'ils ne fussent pas plus convaincus par les arguments de Colomb que leurs souverains , soit qu'ils craignissent de blesser l'orgueil de Ferdinand , refusèrent de seconder une entreprise que le monarque avait rejetée \
Au chagrin que Colomb ressentait du mauvais Négociation succès de ses tentatives se joignit de l'inquiétude e ,so" reie
J ° l en Angleterre.
sur le destin de son frère Barthélemi , qu'il avait envoyé à la cour de Londres , et dont il n'avait aucune nouvelle. Le vaisseau qui portait Barthélemi avait été pris par des pirates , et lui-même, dépouillé de tout, était demeuré captif pendant plusieurs années. A la fin il avait trouvé le moyen de s'échapper, et était arrivé à Londres, mais dans un tel état d'indigence qu'il fut obligé pendant long-temps de dessiner et de vendre des cartes , jusqu'à ce qu'il eût gagné assez d'argent pour pouvoir s'habiller décemment et paraître à la cour. Enfin il parvint à mettre les offres de son frère sous les yeux du roi,
(r) Vie de Colomb, chap. i3. Herrera, ctecad. /, Ub. /, cap 7.
4'48rl qui, malgré son extrême économie et sa défiance; pour toute entreprise dispendieuse et nouvelle , accueillit le projet de Colomb plus favorablement que n'avait fait jusque là aucun des princes à qui il avait été présenté.
Colomb en- Cependant Colomb, ignorant ce qu'était devenu
(revoit quel- c x , 1 , , ,
que espérance son *rere •> et n ayant plus aucune espérance de la en Espagne, part de l'Espagne , était déterminé «à se rendre en Angleterre. Il se préparait à partir et avait disposé de ses enfants pour le temps de son absence , lorsque Jean Pérès, prieur du couvent de Rabida, près de Palos , où les fils de Colomb avaient été élevés , le sollicita vivement de différer son voyage de quelques jours. Ce religieux, homme très savant, et jouissant de quelque crédit auprès de la reine Isabelle qui le connaissait personnellement , était très attaché à Colomb , dont il avait eu plusieurs occasions d'apprécier les talents et la vertu. Soit par curiosité , soit par amitié, il se livra à un examen suivi de son système , conjointement avec un médecin du voisinage , habile dans les mathématiques. Cet examen les convainquit si pleinement de la solidité des principes d'où partait Colomb et de la probabilité du succès , que Pérès , voulant conserver à sa patrie la gloire et les avantages de cette grande entreprise, se hasarda d'écrire à Isabelle, la conjurant d'examiner l'affaire de nouveau et avec l'attention qu'elle méritait.
Isabelle fut frappée des représentations d\\n