LIVRE SECOND. I OO
raient. Colomb cingla droit aux Canaries, et y arriva 1 z*02 sans aucun événement qui, dans toute autre circon- i3 Août, stance, fût digne d'être remarqué; mais, dans un voyage dont les suites devaient être si intéressantes , tout attirait l'attention. Le gouvernail de la Pinta se rompit le lendemain du jour où elle avait quitté le port. Cet accident alarma les équipages, aussi superstitieux que peu habiles à réparer cet accident, et fut regardé comme un augure assuré du mauvais succès de l'expédition. D'ailleurs, dans le court trajet d'Espagne aux Canaries, on éprouva que les navires étaient si mauvais et si mal en ordre, qu'on jugea qu'ils résisteraient difficilement à une navigation qu'on s'attendait devoir être en même temps longue et dangereuse. Colomb les fit rétablir de son mieux , et , ayant embarqué des provisions fraîches , il partit de Gomera, l'une des plus occidentales des Canaries, le sixième jour de septembre.
C'est à cette époque que commence proprement La route le voyage entrepris pour la découverte du Nouveau- q,u Slut* Monde; car dès ce moment Colomb, faisant voile directement à l'ouest , abandonna toutes les routes suivies jusque là par les navigateurs, et se jeta dans une mer entièrement inconnue. Il fit peu de chemin le premier jour, faute de vent, mais le second il perdit de vue les Canaries. Aussitôt plusieurs de ses matelots, abattus et consternés en considérant la hardiesse de leur entreprise , commencèrent à dé-
1 402 plorer leur sort et à verser des larmes comme s'ils ne devaient plus revoir la terre dont ils s'éloignaient. Colomb les rassura par les raisons qui lui donnaient lieu d'espérer une heureuse issue , et par la considération des richesses qui les attendaient dans les régions opulentes auxquelles il les conduisait. Ce découragement, qui se montrait de si bonne heure, annonçait à Colomb qu'il aurait à combattre nonsëulementles difficultés inséparables d'une entreprise de la nature de celle qu'il tentait, mais encore les difficultés qui naîtraient de l'ignorance et de la pusillanimité des hommes à qui il avait affaire; et il reconnut que l'art de manier les esprits ne lui serait pas moins nécessaire pour réussir que tout son courage et toute son habileté dans la navigation. Heureusement pour lui et pour le pays qui l'employait, il joignait au caractère ardent et au génie inventif d'un homme à projets les qualités d'une autre espèce qui s'y trouvent rarement unies , une grande connaissance des hommes , un esprit insinuant , une persévérance infatigable à suivre un plan, un grand empire sur lui-même et le talent de diriger et de maîtriser les passions des autres. Ces qualités , qui le rendaient très propre à commander, étaient accompagnées de toutes les connaissances de son art vigilance, et qui inspirent la confiance dans les dangers. Des na~
attention de vigateurs espagnols qui, jusqu'alors, n'avaient fait Colomb. . , A i i t»t ' i- '
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